

L'histoire remonte à 2014 quand le businessman Vincent Bolloré avance ses premiers pions de l'autre côté des Alpes : il y achète 10% de Telecom Italia, n°1 du marché transalpin de télécommunications. Depuis, Bolloré détient plus de 20% de l'entreprise et un autre acteur est entré dans le jeu : Xavier Niel, patron de Free fait lui aussi de l'?il à l'opérateur italien. En octobre 2015, il acquiert 11% du capital de Telecom Italia et signe le début d'une longue lutte d'influence au sein de la firme. Le 7 juillet 2016, Xavier Niel annonce son intention de céder ses parts chez Telecom Italia pour se consacrer à l'implantation de Free en Italie.
2014 : Telecom Italia, objet de convoitise
Cela fait maintenant deux ans que le n°1 de Vivendi s'est lancé à la conquête du leader des télécommunications italiennes. En 2014, le groupe fait face à un surendettement de 13 milliards. Il cède alors ses parts chez SFR-Numéricâble à Patrick Drahi ainsi que celles du géant brésilien GVT à Telefonica (plus gros actionnaire de Telecom Italia) et se retrouve donc avec 5% de Telecom Italia, sous forme d'actions, entre les mains. Les spéculations vont bon train sur la stratégie du groupe qui est alors enveloppée de mystère.
Premier actionnaire de Vivendi, Vincent Bolloré joue sur de nombreux tableaux : média avec Canal + et DirectMatin, publicité avec Havas, transports avec les Autolib de Paris et les Bluely de Lyon. Mais pourquoi une telle appétence pour l'entreprise transalpine ? En 2014, l'Italie est en retard par rapport à la France et le gouvernement italien manifeste son intention de développer la fibre. De plus, Telecom Italia reste leader national dans son secteur et bénéficie d'une implantation au Brésil avec TIM Brazil.
2015 : Xavier Niel entre dans la partie
En octobre 2015, un deuxième gaulois pointe le bout de son nez. Ce n'est autre que Xavier Niel, vice-président du groupe Iliad, la maison mère de Free, celui qu'on surnomme le « trublion des télécommunications ». Et pour cause, il avait provoqué un un tremblement de terre avec le lancement de Free dans l'hexagone : il casse littéralement les prix et propose l'offre « triple play » (fixe, mobile, internet) qui sera vite copiée par ses concurrents. Le 29 octobre donc, Niel annonce l'achat de 11% du capital de Telecom Italia sur fonds propres, avant d'enchérir le lendemain pour 4% supplémentaires.
Bolloré a anticipé et a monté à 20% sa part de Telecom Italia quelques jours plus tôt, il reste ainsi l'actionnaire de référence. Entre les deux français, l'affrontement a commencé.
Du côté des acteurs italiens, cette lutte d'influence est vue d'un mauvais ?il. Le directeur de Télécom Italia de l'époque, Marco Patuano, a envisagé de transformer les actions d'épargne de l'entreprise en actions ordinaires, avec pour conséquence d'augmenter le capital de 570 millions d'euros et de diluer le pouvoir des deux Français. Mais Bolloré n'avait pas dit son dernier mot : mi-novembre il propose de nommer quatre administrateurs au conseil d'administration dont trois venant de chez Vivendi. En décembre, il sort gagnant sur les deux fronts : ses trois collaborateurs entrent au CA et les actions ne seront pas converties.
2016, fin de la saga ?
Récemment, le fondateur de Free a conclu un accord entre Hutchison et Vimpelcom qui tentent de fusionner leurs filiales Wind et H3G, ce qui permettrait à Niel de récupérer une partie de leurs actifs et d'envisager l'installation d'un réseau de téléphonie mobile en Italie.
Le « trublion » se voit déjà entrer dans le marché comme 4ème opérateur italien mobile mais doit alors céder ses parts Telecom Italia. Les perspectives sont en effet prometteuses pour Free en Italie, alors que la 4G est encore peu développée et que les offres « quadruple play » (fixe, mobile, internet, télévision) n'ont pas été importées. Même si les prix sont déjà moins élevés qu'en France, la concurrence y est peu structurée. De plus, ce serait pour Free un premier développement à l'international, alors que ses tentatives d'implantations au Royaume-Uni et aux Etats-Unis se sont montrées infructueuses.
La conquête va donc continuer, mais sur un tout autre terrain.
Manon Botticelli (Lepetitjournal.com de Rome) - Lundi 11 juillet 2016
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