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Trois itinéraires sur les années romaines d’Artemisia Gentileschi

Née en 1593 à Rome, Artemisia Gentileschi est devenue une figure incontournable de la peinture caravagesque. Ces trois itinéraires retournent sur les pas de l’artiste dans sa ville natale.

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© Wikimedia Commons autoportrait d'Artemisia Gentileschi, château de Windsor, Londres.
Écrit par Thomas Bidault
Publié le 1 juillet 2026

Artemisia Gentileschi, maîtresse incontestée du caravagisme dont peu de traces subsistent dans la ville éternelle. Au XVIIe siècle, elle s’impose comme l’une des plus grandes peintres de l’époque baroque alors que les femmes peinent encore à se faire reconnaître dans le monde de l’art. Privées de modèles nus et en marge des institutions, le périmètre des artistes féminines reste circonscrit aux genres mineurs.

Fille du peintre maniériste Orazio Gentileschi, Artemisia reçoit une formation artistique dans l’atelier paternel où elle apprend à manier les couleurs et le dessin. A seulement dix-sept ans, la jeune femme démontre une grande virtuosité en peignant Suzanne et les Vieillards. L’huile sur toile conservée en Allemagne est, à ce jour, identifiée comme sa première œuvre.

 

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© Wikimedia Commons Suzanne et les Vieillards, château Weissenstein, Allemagne. 

 

Premier itinéraire de via di Ripetta à via Margutta : du berceau au pinceau

Bien qu’il subsiste un doute sur la naissance d’Artemisia Gentileschi, la peintre serait née via di Ripetta le 8 juillet 1593 à quelques pas de la piazza del Popolo. Ses parents la baptisent à la Basilique San Lorenzo di Lucina. La famille Gentileschi déménage ensuite place d’Espagne, puis via del Babuino avant d’arriver via Margutta réputée pour ses peintres. La mère d’Artemisia meurt lorsque cette dernière est âgée de douze ans. La jeune fille est élevée par son père qui lui donne une éducation artistique. Artemisia fait ses premiers pas dans l’art et rencontre des figures de premier plan comme Guido Reni, les Carrache et Le Caravage. Ces peintres influencent durablement sa pratique à l’image du clair-obscur caravagesque qu’Artemisia fait sien.

 

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© Wikimedia Commons, Judith décapitant Holopherne, musée de Capodimonte, Naples.


Deuxième itinéraire des Archives d’État à l’église Santo Spirito in Sassia : des années sombres

En 1612, Orazio Gentileschi accuse le peintre Agostino Tassi d’avoir violé sa fille. S’ouvre alors un procès à Rome dont les minutes sont encore conservées aux Archives d’État de Rome, Corso del Rinascimento. Ce sont sept mois éprouvants pour Artemisia Gentileschi à qui l’on fait subir la torture pour mettre à l’épreuve ses allégations. La justice enquête sur la réputation de la peintre. Certains témoins l’accusent d’immoralité et de mœurs légères. A l’époque, le cadre juridique restreignait la qualification de viol aux rapports sexuels extraconjugaux imposés aux femmes vierges. Agostino Tassi est finalement condamné à l’exil, une peine jamais appliquée.

Deux jours après la sentence, Artemisia Gentileschi se marie à l’église Santo Spirito in Sassia avec Pierantonio Stiattesi. La même année, elle peint l’une de ses œuvres les plus célèbres : Judith décapitant Holopherne exposée au musée de Capodimonte à Naples. Dans une obscurité funeste, trois personnages se détachent de la toile. Judith, le poing crispé sur la tempe d’Holopherne, lui tranche la gorge d’où le sang jaillit. Les étoffes sont empourprées et les visages sévères. Nombre d’histoires de l’art voient un écho à l’histoire personnelle d’Artemisia Gentileschi. Sous le poids de cette affaire, la peintre quitte Rome pour Florence. L’artiste partage principalement sa vie entre la capitale toscane et Naples. Artemisia Gentileschi s’éteint vers 1656 dans la cité parthénopéenne.

 

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© Wikimedia Commons Nate Bergin, Palais Barberini, 2026.


Troisième itinéraire du Palais Barberini à la Galleria Spada : l’héritage d’Artemisia Gentileschi

De nos jours, peu de traces subsistent d’Artemisia Gentileschi à Rome. A la Galerie nationale d’Art ancien dans le Palais Barberini, le public peut admirer un autoportrait d’Artemisia peint entre 1630 et 1635, probablement à Naples. L’artiste se représente en plein travail un pinceau à la main.

Deux autres tableaux de la peintre caravagesque sont conservés à la Galerie Spada. Est exposée la Sainte-Cécile d’Artemisia Gentileschi. L’artiste peint une figure chère à l’art du Seicento. La dépouille mortelle de la sainte redécouverte à la fin du XVe siècle dans le Trastevere inspire les artistes de l’époque. L’autre œuvre à découvrir à la Galerie Spada est une Vierge à l’Enfant. Cette huile sur toile célèbre la tendresse maternelle à travers la douceur des gestes, du trait et des couleurs. Marie, légèrement somnolente, allaite le Christ qui pose délicatement sa main sur le cou de sa mère. Ces tableaux sont les rares témoins des années romaines d’Artemisia Gentileschi.

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