Rencontre avec Olivier Lamoril, proviseur de l’Institut du Sacré-Cœur de Rome, « une école italienne avec une forte âme internationale et un lien étroit avec la culture française ».
Fondé en 1828 au cœur de Rome, l’Institut du Sacré-Cœur Trinité-des-Monts jouit d’une solide réputation éducative presque bicentenaire, alliant tradition et modernité, et capable de réunir l’excellence académique, l’ouverture à l’internationale et l’inclusion, pour créer une véritable communauté ouverte au monde. Rencontre avec Olivier Lamoril, proviseur de l’Institut du Sacré de Cœur de Rome, « une école italienne avec une forte âme internationale et un lien étroit avec la culture française ».
Membre de la Communauté de l’Emmanuel, Olivier Lamoril est arrivé à la tête de l’établissement en septembre 2024, après avoir été chef d’établissement en France pendant neuf ans, et responsable d’un réseau d’écoles entre l’Afrique, Haiti et la France.
L’Institut du Sacré-Cœur Trinité-des-Monts s’apprête à fêter ses 200 ans. Comment la tradition éducative de l’école répond-elle aux défis du monde d’aujourd’hui ?
Né en 1828, l’établissement est, depuis toujours, garant d’une tradition, et d’une ouverture à l’international très forte. Toutes les écoles du Sacré-Cœur font partie d'une communauté multiculturelle et internationale présente dans 44 pays à travers le monde.
A Rome, l’histoire bicentenaire témoigne d’une stabilité et d’un enracinement local très fort, et en lien avec la culture française puisque historiquement, l’école a été fondée pour le développement et le rayonnement de la culture française dans le milieu romain. Cela reste l’un des axes de l’écoles, mais il n’est pas le seul.
Depuis 200 ans, entre les congrégations du Sacré-Cœur puis les communautés monastiques de Jérusalem et aujourd’hui la communauté d’Emmanuel, il y a une tradition éducative qui poursuit les mêmes valeurs : former des personnes compétentes, capables d'aborder avec un esprit critique les défis du monde et de participer avec espoir et responsabilité à la transformation de la société.
Cette tradition éducative reste d’une grande modernité concernant le rapport à l’enfant, l’éducation à la liberté, à l’esprit critique, un regard déjà il y a 200 ans sur l’importance à former les intelligences. Et une ouverture à l’international qui fait encore partie de la culture de l’école et qui est encore très moderne.
Comment cette vocation internationale se traduit-elle dans l’offre éducative ?
La place des langues est très importante. Dès la maternelle on parle de trilinguisme – anglais, français et italien -, et ce sur l’ensemble du parcours jusqu’au lycée. Si la culture est le trilinguisme, l’école est ouverte au multilinguisme avec l’enseignement de l’espagnol, de l’allemand ou encore du russe. Les enseignants sont tous de langue maternelle.
La volonté de développer cette ouverture à l’international se fait non seulement à travers l’apprentissage des langues mais aussi à travers la dimension culturelle et humaine. En effet, sur les quelque 470 élèves, l’école compte 80% d’Italiens et 20% d’élèves venant d’Asie, de toute l’Europe et d’Amérique du Sud.
Le lien avec l’extérieur est permanent grâce à l’intégration au réseau des écoles du Sacré Cœur et depuis peu au réseau des écoles confiées à la communauté d’Emmanuel, ces deux réseaux étant présents sur tous les continents. Chaque année, nous accueillons de nombreux jeunes venant de l’étranger, et les élèves de l’Institut peuvent également partir étudier d’un mois à un an dans une autre école à l’étranger. Au-delà de la langue, ce multiculturalisme offre un véritable universalisme culturel et donc humain.
Forts de cette ouverture à l’international, la plupart des élèves choisissent d’ailleurs de poursuivre leurs études supérieures à l’étranger, aux Etats-Unis, Canada, Australie, France, Angleterre.

L’Institut du Sacré-Cœur Trinité-des-Monts est une école italienne, mais conserve un lien fort avec la langue et la culture françaises. Comment cela se traduit-il dans l’enseignement ?
L’enseignement de la langue française constitue un pilier essentiel du projet éducatif de l’institut avec des cursus bilingues italien–français. Par ailleurs, l’institut est labélisé FrancÉducation - un label géré par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), en lien avec le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères – au primaire et au collège. Au lycée, le parcours ESABAC est proposé, permettant l’obtention du double diplôme, le baccalauréat français et la maturità italienne.
L’Institut du Sacré-Cœur a également la particularité d’offrir la formation du Lycée linguistique européen. De quoi s’agit-il et quels sont les atouts de cette filière pour affronter le monde d’aujourd’hui ?
Il s’agit d’un lycée très généraliste, avec beaucoup de matières, des sciences à la philosophie, qui a le mérite de répondre aux exigences de la mobilité des jeunes et de la formation contemporaine.
Deux filières sont proposées. Le « linguistique » est centré sur l’enseignement de quatre langues – italien, français, espagnol, anglais –, mais avec également une place importante pour les autres matières comme la physique, les maths, la philosophie ou l’histoire de l’art.
Avec l’option « Droit/Économie », les élèves approfondissent trois langues (français, anglais et italien), en plus du droit et de l’économie, et des autres matières classiques.
Et dès l’année prochaine, nous allons développer davantage encore la dimension anglophone dans le droit international en proposant, en plus des ateliers « laboratori legali » une option « Nations Unies et géopolitique ». Cela pour une bonne raison : nous participons de manière soutenue à des projets des Nations Unies, à Singapour, aux Etats-Unis, à Bruxelles et à Rome, dont les plaidoyers se font en anglais. C’est une manière concrète pour les élèves de s’impliquer dans les grands enjeux géopolitiques contemporains, dans la langue de Shakespeare, en se confrontant oralement à des jeunes du monde entier. Nous voulons développer cette formation et en faire un parcours d’excellence.

L’école est une communauté ouverte, mais l’inclusion est aussi autre pilier de l’identité de l’Institut.
Sans la dimension de fraternité, cette vocation internationale n’aurait pas de sens. Ce qui nous permet de rester dans la réalité, c’est l’accueil des enfants qui ont des besoins particuliers. Ils représentent environ 20% de nos effectifs. Et il est impressionnant de voir que même les enfants qui ont des besoins spécifiques ont un niveau extraordinaire aux examens.
De manière générale, nous accueillons tous les enfants avec leur vie et leur personnalité. Nous sommes nourris par la diversité des élèves qui composent l’école.

Entre internationalité et inclusion, comment l’établissement entretient-il le lien avec la ville ?
L’Institut a la chance d’être situé au cœur de Rome, au sein du site de la Trinité-des-Monts, l’un des lieux symboles de la capitale. On est porté par la beauté de la ville que le campus surplombe, par la richesse des chefs-d’œuvre artistiques conservés dans certaines salles, mais aussi par la tranquillité et la nature qui l’entourent. Le campus offre de vastes espaces comprenant jardins décoratifs, potagers pédagogiques et installations sportives entièrement équipées – terrains de football, de volley-ball et de tennis, en extérieur comme en intérieur. Un environnement unique qui permet aux élèves de vivre pleinement leur parcours, entre culture, nature et bien‑être.
Un lieu formidable, certes, mais qui reste un cadre. Ce qui est important est le cœur de ce que l’on vit, à savoir la dimension humaine et la qualité de la relation éducative.
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