

Ecrivain camerounais, Léonora Miano sera présente au Centre Culturel Saint Louis de France vendredi 7 novembre. Auteur d'Intérieur de la nuit, elle viendra présenter Contours du jour qui vient, prix Goncourt des lycéens 2006, édité en italien par Epoché. Rencontre
Le Petit Journal : De quelle envie est née ce roman ?
Léonora Miano : Je me suis intéressée à la situation des enfants sorciers chassés de chez eux par leur propre famille. Surtout après les conflits de 1997 qui avaient appauvri le Congo-Kinshasa. On les accusait d'avoir le mauvais ?il. En Afrique, c'est loin d'être anecdotique. Dans certaines villes, on en comptait jusqu'à 10 000.
On sent un décalage entre votre héroïne ? adolescente de 12 ans ? et les propos qu'elle tient. Elle a une analyse froide de ce qu'elle vit, un regard d'adulte ? Pourquoi avoir souhaité une telle différence ?
Si on pouvait, dans un seul corps, mettre les pensées de 10 000 enfants qui ont subi la même chose, c'est sans doute le regard qu'elle aurait. Musango incarne une génération qui n'a pas eu le temps d'être des petits.
(Photo : Laurent Zabulon)
Comme dans Intérieur de la nuit, Contours du jour qui vient se déroule au Mboasu, un pays imaginaire. Pourquoi avoir choisi de ne pas faire dérouler vos romans dans une contrée connue de tous ?
D'abord parce que je fais de la fiction. Ensuite parce que dans Intérieur de la nuit, il y a une scène de meurtre rituel. Celle-ci ne peut se dérouler dans un pays existant. J'aurais stigmatisé la population de ce pays. Les scènes décrites dans ce roman se sont produites dans différents pays d'Afrique. C'est donc en quelque sorte par soucis de justice que je ne les ai attribuées à aucun.
Dans votre roman la corruption et le détournement de la religion sont pointés du doigt. N'adressez-vous pas directement un message aux africains pour dire qu'il faut qu'ils prennent leur responsabilité, qu'ils sont seuls acteurs de leur vie ?
Si je parle de ces sujets, c'est parce qu'en Afrique centrale, c'est un vrai sujet. Par contre, il est vrai que tous mes romans sont un travail sur la perception de soi-même. Il n'y a pas de liberté possible sans responsabilité. Nous devons travailler sur nos propres responsabilités. C'est un thème très présent dans tous mes textes.
Avez-vous des points communs avec Musango ?
Il y a toujours une partie de l'auteur dans tous ses textes. Il est très difficile de se soustraire à soi-même. Néanmoins, aucun personnage de mes romans n'est mon double parfait. J'ai sans doute le regard lucide non dénué d'amour de Musango. Il se trouve que j'ai une sensibilité d'artiste un peu écorchée. Quand j'écris une histoire, la peinture est assez sombre. Néanmoins, les thèmes de mes romans sont universels.
Propos recueillis par Sara Fredaigue (www.lepetitjournal.com - Rome) mercredi 5 novembre 2008
Son site : www.leonoramiano.com
La 4ème de couverture
Après la guerre qui a ravagé le Mboasu, cet état imaginaire et ô combien réel d'Afrique, le pays est exsangue. Les parents, incapables de prendre soin de leurs enfants, les chassent loin de chez eux, les accusant d'être la cause de leurs malheurs. Décidée à retrouver sa mère, la jeune Musango traverse un pays frappé de folie. Des rivages du fleuve Tubé aux bas-fonds de Sombé, métropole d'Afrique en proie à l'anarchie, Musango retrouvera-t-elle cette mère, symbole d'une Afrique à la dérive ? Sa rencontre avec le petit Mbalè, marquera-t-elle les prémices d'un jour nouveau pour tout un continent ?
Les extraits de Contours du jour qui vient
La première phrase
Il n'est que des ombres alentour, c'est à toi que je pense.
La phrase à retenir
Nommer un être, c'est le définir, lui indiquer une direction. On est le nom qu'on porte, et il ne faut pas vivre là où ce nom n'est rien, là où sa vibration est étouffée.
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Bio express
Leonora Miano est camerounaise. Elle est venue s'installer à Paris à 18 ans pour y étudier notamment les Lettres anglo-américaines. Dès l'âge de 8 ans, elle a écrit ses premières poésies. Elle s'est fait remarquer par la critique lors de la publication de son premier roman Intérieur de la nuit qui a reçu de nombreux prix. Le magazine Lire l'a notamment classé comme meilleur premier roman français pour l'année 2005. Ce roman initie la trilogie qui se déroule au Mboasu et qui comprend Les eaux écarlates (non publié) et Contours du jour qui vient. Léonora Miano a publié en 2008 Tels les astres éteints et Afropean Soul. Elle publiera en 2009 un recueil de textes dont Paris sera le décor.



































