Édition internationale

FREEDOM OF MOVEMENT - Le marathon de 1960 à Rome comme source d'inspiration

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 29 mars 2017

 

A quelques jours du Marathon de Rome, une nouvelle exposition nous ramène en arrière, en 1960, quand Abebe Bikila, coureur éthiopien, devient le premier champion de l'Afrique noire à remporter la médaille d'or du marathon Olympique de Rome. Dans Freedom of Movement, Nina Fischer et Maroan El Sani puisent leur inspiration dans le passé pour transmettre un message à la fois humaniste, actuel et symbolique, au MAXXI jusqu'au 17 avril.

Dans ce flux migratoire actuel, nombreuses sont les différences culturelles mais une chose nous rassemble indéniablement, l'histoire.

Le 10 septembre 1960 restera à jamais ancré dans l'histoire. Abebe Bikila, coureur éthiopien, devient le premier africain noir à remporter la médaille d'or du marathon Olympique de Rome. Il réalise l'exploit de parcourir pieds nus 42 km en seulement 2 heures et 15 minutes. Ce nouveau record mondial représente bien plus qu'une victoire personnelle, il est le symbole d'une Afrique libérée du colonialisme italien. 

 

Retour en arrière : Mussolini lance en octobre 1935 la campagne d'Abyssinie en Éthiopie. Désireux de restituer à son peuple l'Empire romain d'autrefois, il met en place une politique de colonisation agressive. Rodolfo Graziani dit « le boucher d'Éthiopie », est chargé de mener l'offensive, les Italiens possèdent un arsenal technologique plus moderne, ils sont mieux préparés. L'Italie utilise également des armes chimiques (gaz moutarde). Le conflit cause de nombreux morts et la déportation de dizaines de milliers de personnes dans des conditions effroyables. 

Haïlé Sélassié 1er , empereur d'Éthiopie s'exile à Londres et sollicite la communauté internationale, la Société des Nations, « Moi, Haile Selassie I, empereur d'Éthiopie, suis ici aujourd'hui pour réclamer cette justice qui est due à mon peuple, et l'aide promise il y a huit mois, quand cinquante nations ont affirmé la violation des traités internationaux.  » Après ce discours, qui a joué un rôle capital, il obtiendra approbation. Le 5 mai 1941, le pays est libéré grâce aux Arbegnoch (résistance éthiopienne) et aux britanniques. 

Le régime de Mussolini laisse des traces tant au niveau social qu'architectural, en mars 1937 l'armée fasciste profane Axoum, le lieu le plus important de l'Éthiopie antique, en s'appropriant une stèle géante, (24mètres) afin de l'exposer à Rome. 

Lors du marathon Olympique de 1960, Abebe Bikila donne symboliquement le coup de grâce à son principal concurrent, le marocain Rhadi Ben Abdesselam, au niveau du virage où se trouve l'obélisque d'Axoum. Après sa victoire, le champion déclare « Je voulais montrer au Monde que mon pays, l'Éthiopie, a toujours gagné avec détermination et héroïsme. » 

L'Obélisque d'Axoum 

Cet exploit est une source d'inspiration pour les artistes et producteurs de film allemands Nina Fischer et Maroan El Sani. A travers trois projections simultanées de vidéos et de photographies prises dans des lieux emblématiques, le lien entre architecture et crise migratoire actuelle prend son sens. L'exposition Freedom of Movement, commandée et coproduite par le MAXXI, permet de « donner une vision profonde et originale de Rome, de ses habitants et de son architecture. » 

Nina Fischer, Maroan El Sani et Hou Hanru. 

La première projection présente un coureur africain parcourant de nombreux paysages naturels et urbains, dévoilant ainsi des étapes du marathon historique de Rome et des plans d'architectures spécifiques au régime fasciste de Mussolini. « Les bâtiments restent les mêmes mais les temps changent » a notamment déclaré Nina Fischer. 

 

Cette déclaration appuie la portée de la deuxième vidéo tournée dans le Colisée carré ou Palazzo della Civilità situé dans le quartier d'affaire EUR de Rome. Là, une chorale d'adolescents africains entonne en parcourant les lieux une version revisitée de la célèbre phrase taillée dans la façade du bâtiment  : « Un peuple de poètes, d'artistes, de héros, de saints, de penseurs, d'hommes de science, de navigateurs, de migrants ». Mussolini l'a notamment prononcée après la condamnation de l'Italie par la Société des Nations. Les adolescents, de l'école Chrétienne Emmaüs de Maenza, rendent ainsi hommage à leur identité africaine et au pays qui les a accueillis. 

 

La dernière installation projette des séquences d'une course nocturne superposée à des images d'archives du marathon des années 1960 et de la construction de l'EUR. Une voix off en anglais intensifie l'impact de la vidéo, « La victoire d' Abebe Bikila est un cadeau silencieux (?) c'est une opportunité pour changer, pour aimer et pour avoir un langage commun. » 


L'architecture omniprésente dans cette exposition rappelle la nécessité d'un espace pour les populations arrivant massivement en Europe, afin qu'elles puissent s'exprimer à travers la culture et le sport. Le sport est source de paix et d'intégration, il assure le développement des communautés et le progrès civil.

Dans des lieux chargés d'histoire où le langage reste muet, l'architecture suffit à témoigner des crises passées. Freedom of Movement aux nouveaux Abebe Bikila sans chaussures, que nous voyons chaque jour dans les rues de notre chère capitale Romaine. 

Céline Vergnac  (Lepetitjournal.com de Rome) -  Mercredi 29 mars 2017

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Publié le 28 mars 2017, mis à jour le 29 mars 2017
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