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Luc Roger : « La santé n’est pas un commerce, mais un droit »

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 17/10/2018 à 00:15 | Mis à jour le 17/10/2018 à 00:15
Photo : Luc Roger, directeur d'Harmonie Italie
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Système sanitaire public saturé, assurances privées, système mutualiste en pleine expansion... Luc Roger, directeur d’Harmonie Italie, décrypte le panorama et le fonctionnement de la couverture sociale dans la péninsule, comparé à celui français.

Lepetitjournal.com/Milan : Expatrié à Milan depuis 10 ans, qu’est-ce qui vous a emmené en Italie ?

Luc Roger : A l’époque, Harmonie mutuelle avait été sollicitée par la fédération de la mutuelle italienne pour les aider à se renforcer sur leur marché. Je suis donc venu pour étudier une possible collaboration avec les systèmes mutualistes. On s’est rendu compte que le mode de fonctionnement politique est le même (conseil d’administration...) mais que le champ d’action est différent et n’a pas non plus la même force que les mutuelles françaises.

Vous avez ainsi développé le système mutualiste en Italie ? A quels besoins répond-il ?

Oui, pour aider les Italiens et à leur demande, on a étudié la possibilité de créer une société coopérative européenne. Et c’est ainsi qu’il y a 10 ans, Cesare Pozzo, qui a 140 ans d’histoire et Harmonie ont créé Fondo salute, la première société coopérative dans le domaine de la protection sociale. Cette société agit pour le compte des deux actionnaires pour développer des services. Le plus concret : développer un réseau conventionné. A ce jour, Fondo salute a plus de 3.200 structures (centres de radiologie, cliniques...) donc 777 en Lombardie, dans lesquelles les adhérents sont pris en priorité. Cela répond à un réel besoin car en Italie, le système sanitaire public est saturé. C’est gratuit, mais cela prend des mois pour obtenir un rendez-vous. Et dans le privé, les prix sont très élevés.
Dans la foulée de Fondo salute, on a créé Harmonie Italie en 2014.

Les Italiens ont peu l’habitude de souscrire à une mutuelle, comparé à la France. Comment l’expliquez-vous ?

En France, les mutuelles représentent 30 millions de personnes protégées. En clair, un Français sur deux est mutualiste. En Italie, le taux de couverture reste marginal, il ne représente que 10% du marché, environ un Italien sur 10 ou sur 15. Cela vient du rôle historique des mutuelles dans la péninsule, bien différent de celui français. En Italie, les mutuelles sont des sociétés de secours qui ne font pas comme en France de la couverture santé mais réalisent des actions de solidarité entre anciens et jeunes, issues d’organisations syndicales et professionnelles. En France au contraire, l’activité sanitaire est l’activité principale des mutuelles.
La Cesare Pozzo par exemple est au départ une société de secours créée pour les cheminots. Par ailleurs, les mutuelles ne peuvent pas faire d’activités d’assurance en Italie, leur champ d’action est limité.

Cette pour cette raison que vous avez créé Harmonie Italie ?

Les mutuelles ne pouvant pas faire d’activités d’assurance, il fallait que l’on complète l’activité de la Cesare Pozzo. Cesare Pozzo est spécialiste de la gestion des fonds sanitaires, Harmonie apporte l’ensemble de la palette de l’assurance à la personne : prévoyance, décès, dépendance, grandes interventions chirurgicales.

Quel est votre rôle majeur en Italie ?

Il y a 10 ans, on n’est pas venu ouvrir un business mais pour renforcer le modèle mutualiste, en collaboration avec une mutuelle (la Cesare Pozzo) qui a les mêmes valeurs que nous. Mais on ne peut pas faire de solidarité si on n’a pas de résultats économiques. A la différence d’une assurance, quand on a des résultats, ça ne profite pas à un actionnaire mais à nos adhérents.
La santé n’est pas un commerce mais un droit. Quand on a besoin de voir, tout le monde a besoin de lunettes de qualité. On a aussi apporté en Italie la couverture dépendance, devenue pour nos populations un enjeu majeur. En France, Harmonie est leader sur la dépendance. En Italie, on a donc facilement transposé ce produit, apportant ainsi immédiatement notre savoir-faire.
Nous avons ainsi montré que dans la protection sociale il existe d’autres opérateurs, pas uniquement le tout privé comme le font les assurances. D’ailleurs, à la différence de ces dernières, nous n’avons pas de questionnaire médical, nous n’excluons donc personne.

Au bout de quatre ans, comment se positionne Harmonie Italie dans le pays ?

Depuis la création d’Harmonie Italie, on a fait 48 millions de chiffre d’affaire et créé 33 emplois, tous de droit italien, tous en contrat à durée indéterminée. On est venu pour montrer que la protection sociale n’est pas un commerce mais un droit et qu’il existe d’autres solutions que le tout privé ou la recherche du lucratif. Aujourd’hui, Harmonie Italie a 250.000 adhérents et 250 entreprises clientes, ce qui fait de nous avec Cesare Pozzo, la première mutuelle en Italie. Un résultat qui montre que le monde mutualiste reste petit. Mais le marché se développe. Les assurances privées proposent en général leurs services uniquement aux cadres et dirigeants. Nous, notre cœur de cible c’est bien entendu les cadres et dirigeants mais surtout l’ensemble de la population.

Au-delà de la couverture sociale, vous développez l’offre de soins. Comment ?

Nous appliquons notre philosophie aux soins pour permettre à tout le monde de se faire soigner de la meilleure manière qu’il soit. Nous avons ainsi inauguré le 13 septembre dernier le premier centre dentaire mutualiste à Milan (via A. Cappellini) et d’autres sont en projet de création. On entend aussi créer un centre mutualiste de radiologie.

Quels sont les projets d’Harmonie en Italie pour le futur ?

Nous entendons créer comme en France, une mutuelle d’étudiants, gérée par les étudiants et pour les étudiants. Car beaucoup trop de jeunes en Italie renoncent à leurs soins à cause de problèmes financiers. Et c’est intolérable.
Parallèlement, en partenariat avec la fédération de la mutuelle italienne et avec la Cesare Pozzo, on a créé il y a 2 ans, un master de la mutualité qui permet à des jeunes de venir se former (université de Sienne). Si les jeunes italiens connaissent bien le monde du no profit et des ONG, ce n’est pas le cas pour la mutualité qui historiquement peu développée.
Enfin, après le développement de la mutualité en Italie, notre objectif est de faire la même chose ailleurs. Avec le directeur général de Cesare Pozzo, Ferdinando Matera, nous partageons les mêmes valeurs pour développer la mutualité à l’extérieur de nos frontières en commençant par la Roumanie, la Pologne et les PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale). Un développement au Maroc serait aussi envisagé.

 

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