

Depuis samedi 12 novembre, Silvio Berlusconi n'est plus président du Conseil et l'avenir est encore incertain. Les Italiens ont cependant l'impression de vivre un moment historique, la fin d'une époque. Retour en arrière sur les années du "berlusconisme"
Le 26 janvier 1994, Silvio Berlusconi annonce officiellement son intention d'entrer dans la vie politique. Depuis 1992, l'Italie traverse une période difficile : l'opération "Mains propres" a révélé un système généralisé de corruption et de financement illicite des partis politiques connu sous le nom de Tangentopoli. C'est la fin d'une époque et de la Démocratie chrétienne qui gouverne le pays depuis la fin de la guerre. Silvio Berlusconi (photo Presidenza della Repubblica) qui, à 58 ans, est à la tête d'un véritable empire économique (télévisions, presse, édition?) incarne les espoirs de bien des électeurs à l'aube de ce que la presse et le monde politique nommeront la IIe République, tant la sensation de changement est forte. Populiste et populaire, Il Cavaliere est un grand communicateur. L'ascension politique de Sua Emittenza semble alors irrésistible.
Le 12 novembre 2011, Silvio Berlusconi présente sa démission au chef de l'Etat Giorgio Napolitano. L'agonie du gouvernement aura été longue. Les ennuis personnels du président du Conseil, du procès Mills aux nombreux scandales sexuels qui l'ont éclaboussé, ont miné sa crédibilité politique. Les scissions au sein du PDL, avec le départ de Gianfranco Fini et de ses fidèles, ont rendu sa majorité extrêmement fragile au Parlement. Une majorité trop faible pour prendre les décisions douloureuses réclamées par l'Europe pour éviter que le pays ne s'enfonce de manière irrémédiable dans une crise économique trop longtemps niée.
De 1994 à 2001, quatre gouvernements Berlusconi
Entre ces deux dates, de 1994 à 2011, Silvio Berlusconi a été l'acteur absolu de la vie politique italienne, de la création de Forza Italia à la naissance du Popolo delle Libertà. En 17 ans, quatre gouvernements Berlusconi se sont succédé. Le premier a été très bref, du 10 mai 1994 au 22 décembre 1994, en raison de la défection d'Umberto Bossi et de la Ligue du nord. Silvio Berlusconi devient donc le chef de file de l'opposition jusqu'en 2001. Après la victoire de sa coalition (la Casa delle Libertà) aux élections de 2001, le voilà de nouveau président du Conseil, charge qu'il exercera jusqu'en 2006 au sein de deux gouvernements successifs (en effet, suite à l'échec de sa coalition lors des élections régionales de 2005, Berlusconi remanie son gouvernement). Enfin, le quatrième et dernier gouvernement Berlusconi se met en place au lendemain des élections d'avril 2008 suite à une victoire écrasante aux élections législatives. Trois ans plus tard, c'est la déroute?
Le temps des gaffes
Malgré les scandales publics et privés, tout au long de ces dix-sept dernières années, la popularité de Silvio Berlusconi a été sans faille. En Italie où il déchaîne les passions, il ne laisse jamais indifférent, mais qu'on l'aime ou qu'on le déteste, on en revient sans cesse à lui. Cet aspect n'a pas manqué de frapper les observateurs internationaux choqués par les gaffes à répétition du président du Conseil italien : Martin Schulz comparé à un kapo en 2003 ( "Monsieur Schulz, je sais qu'en Italie il y a un producteur qui en train de réaliser un film sur les camps de concentration nazi : je vous proposerai pour le rôle de kapo. Vous êtes parfait !"), Barack Obama qualifié de "jeune, beau et bronzé" en 2008, les plaisanteries grivoises et les commentaires peu flatteurs sur les femmes de pouvoir, à commencer par Angela Merkel, n'ont pas été très bien perçues à l'étranger. L'isolement international de Silvio Berlusconi a été manifeste lors du G20 de Cannes, alors que les personnalités présentes l'évitaient soigneusement. Place désormais aux analyses du phénomène Berlusconi. Une grande question demeure cependant : l'après-Berlusconi marquera-t-il la fin du berlusconisme ?
Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) lundi 21 novembre 2011
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