Édition internationale

FRANCOPHONIE – "Les pays francophones et francophiles représentent 16 % du PIB mondial"

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 juin 2015

La francophonie est une source de richesse et de croissance pour les pays qui la composent. Telle est la thèse soutenue par Hervé Cronel, conseiller spécial chargé de l'économie et du développement durable à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et présentée lors d'une conférence qui s'est tenue pendant la semaine du développement durable à Milan et organisée par l'Institut français Italia pour un public de lycéens et universitaires. L'occasion de proposer une réflexion sur les enjeux de l'économie dans les pays francophones, en lien avec la langue française et son utilité dans le monde de l'innovation, du développement durable, et des affaires.

"Dans les décombres de la colonisation, nous avons ramassé ce trésor", disait le président sénégalais Senghor, en parlant de la beauté de la langue française. Il ne croyait pas si bien dire, car le français s'avère être aujourd'hui également un véritable trésor économique. Elle représente en effet dans le monde la 3e langue des affaires après l'anglais et le chinois, "avec un taux de croissance moyen de 7 %, et près de 14 % des réserves mondiales de ressources minières et énergétiques", d'après le rapport Jacques Attali 2014. Seulement, la francophonie est un ensemble disparate qui préconise ?davantage un état d'esprit que des révolutions économiques spécifiques immédiates?, explique Hervé Cronel. Elle comporte en effet aussi bien des pays membres du G20, G8 et G7, que des pays émergents : le Maroc, l'Ile Maurice et le Vietnam. Auxquels s'ajoutent aussi près de 25 Pays Moins Avancés (PMA).

Hervé Cronel, conseiller spécial chargé de l'économie et du développement durable à l'Organisation internationale de la Francophonie (Crédits : SN pour lepetitjournal.com)

Majoritairement en Afrique de l'ouest et subsaharienne, où la population vit avec moins de 800 dollars par tête et par an, ?donc entre 1 et 2 dollars par jour par personne?, précise Hervé Cronel. D'un point de vue démographique, même hétérogénéité. Il y a des pays comme le Kongo (le plus peuplé de la francophonie) avec 120 millions d'habitants et d'autres comme les Seychelles, avec 100.000 habitants. ?Faire fonctionner la francophonie n'est pas une chose simple?, conclut Hervé Cronel. Sans compter que depuis sa création en 1997, l'OIF fonctionne sur un système décisionnel de consensus positif (il faut que tout le monde soit d'accord). Lourde responsabilité qui revient aujourd'hui à la canadienne Michaëlle Jean.??

Le français accroît de 6% la richesse par habitant??

Si la francophonie est composée de 80 pays, l'espace économique francophone est lui constitué de 32 pays membres auxquels il faut ajouter deux pays francophiles non membres que sont l'Algérie et Israël. Sont considérés comme francophiles les pays où le français est la langue officielle et/ou ceux où le français est parlé quotidiennement par 25% de la population. Un détail qui a toute son importance, car une étude récente du FERDI (fondation pour les études et recherches sur le développement international) montre que les échanges commerciaux sont plus intenses entre les pays qui parlent la même langue qu'entre les pays de même niveau économique. Deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65 % plus que s'ils n'en avaient pas. L'usage de la langue française permet d'augmenter de 22% le commerce de marchandises entre une trentaine de pays francophones. Ce qui accroît de 6% en moyenne la richesse par habitant de ces pays et diminue le taux de chômage de 0.2 point. En 2012, l'Algérie, le Liban et le Maroc sont venus à la rencontre de l'OIF pour demander la création d'une union des banques francophones, car le français est pour eux un argument de travail.

L'OIF travaille à améliorer le fonctionnement économique de ces pays, notamment en misant sur les compétences, par le biais de formations parallèles. Par exemple, un médecin canadien peut exercer en France et vice-versa. L'OIF, aide également les pays grâce à son fond multilatéral unique. Une réserve d'argent alimentée par les contributions (obligatoires et volontaires) de tous les pays, s'élevant de 20.000 à 1 million d'euros. Une partie est ensuite reversée pour des causes spécifiques aux chambres de commerce des pays concernés. ?Nous défendons un nouveau modèle économique avec une dynamique humaine et dans le respect du développement durable?, explique Hervé Cronel.

Le respect de l'environnement est une dimension très importante. Au Sahel, par exemple, des bâtiments modernes ont été créés en verre, ce qui provoque une situation invivable : très climatisés, ces immeubles sont un gaspillage d'énergie, d'argent et nuisent à la santé des personnes avec le choc thermique intérieur-extérieur. L'OIF a pour projet de construire des bâtiments en terre, inspirés des édifices traditionnels, avec de nouvelles technologies comme le géobéton. Plus durables et plus agréables. L'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) a versé un budget de 5 millions d'euros à l'OIF pour son programme d'amélioration des bâtiments de ses pays.

Une intégration économique méditerranéenne

L'Afrique connait une croissance de 18%, ?donc on apprend le français pour faire des affaires là-bas?, raconte Hervé Cronel. Le français est la deuxième langue la plus apprise dans le monde dans les pays d'Asie, par exemple, qui ont besoin de matières premières comme le bois. ?L'Afrique, c'est l'Eldorado?, poursuit Hervé Cronel. Le continent compte, en effet, 1 milliard d'habitants (alors que l'Europe en comporte 500 millions). D'ici 25 ans, ils seront deux milliards en Afrique. Autant de consommateurs potentiels et de besoins d'infrastructures, d'entreprises. Hervé Cronel, insiste : ?il faut former ces gens?, les aider à devenir de la main d'oeuvre qualifiée.? L'Afrique c'est également un vrai minerai de sources naturelles. Le Nigéria représente 3% des réserves mondiales de charbon, pétrole, gaz et métaux. L'Egypte 1%. ?Pour pouvoir optimiser ces ressources économiques, l'OIF a dressé un certain nombre de préconisations pour l'avenir.

Développer la libre circulation des personnes, la création d'un institut de l'économie francophone, qui regrouperait une base de données pour les experts francophones dans différents secteurs. Un outil comparatif et une source d'inspiration. Et surtout développer les clusters, les grappes d'entreprises. L'OIF a ainsi aidé une dizaine de tailleurs africains à obtenir une identité juridique au près de leur gouvernement afin de pouvoir s'associer et emprunter de l'argent à la banque pour investir dans une boutonnière commune. Pour l'intégration économique, l'OIF vise 5 secteurs où la dimension linguistique est très importante : l'énergie, l'agroalimentaire (notamment pour la traçabilité, les appellations d'origine), la banque, la communication et l'information (presse). A en croire Hervé Cronel : ?l'intégration économique générale n'a pas de sens et n'est pas possible? Mais il y aura une intégration méditerranéenne. Et très bientôt?.

2015, l'année de l'économie durable

?2015 est une année de grands rendez-vous pour le développement durable". En juillet se tiendra la 3ème conférence internationale sur le financement du développement. Celle-ci devrait dresser le bilan des objectifs du nouveau millénaire engagés lors du consensus de Monterey en 2000, qui stipulaient entre autres que les pays riches devaient doubler leur aide publique au développement (APD) pour la porter à plus de 100 milliards de dollars par an. Ceci afin de réduire de moitié d'ici 2015 l'extrême pauvreté dans le monde. Deuxième grand rendez-vous en septembre, la 7ème assemblée ordinaire des nations unies qui devrait fixer 17 objectifs pour le développement durable. ?Afin d'éviter que les déséquilibres du monde atteignent un tel point de tension, qu'ils débouchent sur des conflits majeurs concernant l'eau, l'alimentation et l'énergie".

Du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris se déroulera la Cop21. Près de 40.000 participants tenteront de parvenir à un accord universel, en vigueur dès 2020, de lutte contre le dérèglement climatique. L'objectif principal étant de maintenir le réchauffement global à 2°C. Enfin, c'est aussi l'année d'Expo 2015 ?qui permet de donner à la francophonie et à ses valeurs une visibilité incroyable?, précise Claudie Pion, attachée de coopération pour le français. ?L'OIF souhaite un modèle économique humain. ?Une façon de faire équitable et solidaire?, affirme Hervé Cronel. Pour plus de justice sociale, à la conférence de 2012 Rio+20, l'OIF a défendu la création d'un quatrième pilier de l'économie durable : la diversité culturelle. Un souhait non obtenu, mais un combat, ?un travail de fourmi qui continue?, soutient Hervé Cronel. Car comme l'écrit le poète algérien Yacine Kateb : ?les principes de la France sont plus grands que la France?.??

Sanaa Nabi (Lepetitjournal.com de Milan) ? mercredi 10 juin 2015

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Publié le 9 juin 2015, mis à jour le 10 juin 2015
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