Vendredi 14 mai 2021

Une enquête des juges italiens embarrasse l’OMS et secoue l’Italie

Par Lepetitjournal Milan | Publié le 15/04/2021 à 14:10 | Mis à jour le 15/04/2021 à 14:20
Vue sur la ville de Bergame en Italie

Un haut responsable italien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est soupçonné par le parquet de Bergame de lui avoir menti après avoir fait pression pour dissimuler l’impréparation italienne face à la première vague de Covid-19.

Une onde d’embarras secoue l’Italie et l’Organisation mondiale de la santé.  Ranieri Guerra, ancien directeur adjoint de l’Organisation et toujours conseiller spécial du directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, est visé par une enquête du parquet de Bergame. Le haut responsable italien est soupçonné d’avoir exercé des pressions pour dissimuler les responsabilités de son pays lors de la première vague de la pandémie de Covid-19.

Un défi qui a secoué l'Italie

Les faits remontent au printemps dernier, lorsque Bergame émerge difficilement de la première vague de la pandémie qui a particulièrement décimé la région du nord de la péninsule avant le reste de l’Europe.
Le 13 mai 2020, l’OMS publie un rapport intitulé « Un défi sans précédent, la première réponse de l’Italie au Covid-19 », sous la direction du chercheur italien Francesco Zambon du bureau régional de l’OMS à Venise. Alors que le document de 102 pages visait à conseiller les pays encore épargnés par le coronavirus, il mettait surtout en évidence l’impréparation de la péninsule face à la crise sanitaire. Et pour cause, son plan pandémie, vieux de près de 15 ans, se révélait largement obsolète. Le rapport a été subitement retiré dès le lendemain de sa publication, le 14 mai donc. Un geste considéré comme de la censure.
La justice italienne soupçonne Ranieri Guerra, auparavant directeur du département de la prévention au ministère italien de la Santé, et donc responsable de la préparation à une future pandémie, d’avoir effectué des pressions pour obtenir le retrait. Aussi financières puisque l’Italie avait versé quelque temps auparavant une contribution financière volontaire de 10 millions de dollars à l’OMS.

L’indépendance de l’OMS en question

L’Organisation nie toute censure. L’institution se défend en invoquant des imprécisions factuelles dans le document et affirme surtout que ce dernier n’avait pas obtenu de feu vert avant publication. Or selon l’enquête des juges de Bergame, le rapport avait bien été validé, conjointement par trois responsables différents, révèle le quotidien suisse Le Temps qui se serait procuré la commission rogatoire. Avant le retrait, Ranieri Guerra aurait préalablement cherché à convaincre le chercheur Francesco Zambon de falsifier le document, ce que ce dernier a refusé.

Depuis, l’épidémiologiste Francesco Zambon a démissionné de l’OMS le 11 avril, alors que l’institution l’enjoignait de ne pas témoigner devant la justice italienne au titre de son immunité de haut fonctionnaire. Il a en outre engagé une procédure au sein de l’institution onusienne pour manquement à l’éthique. En se confiant au journal Le Temps, il estime surtout que l’enjeu est l’indépendance de l’OMS vis-à-vis de ses Etats membres : « Si un rapport tel que le nôtre doit être révisé parce qu’il incommode un gouvernement, en l’occurrence italien, imaginez ce qu’il en est avec la Chine.»

 

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