

En 1989, le scénariste sarde Bepi Vigna crée le fumetto Nathan Never avec deux amis. Depuis, c'est une des publications les plus populaires en Italie. Bepi Vigna est aussi un grand amateur de BD franco-belge. Rencontre autour de Nathan Never, de la BD et du fumetto
Lepetitjournal.com : Qui est Nathan, le héros de la série ?
Bepi Vigna: Nathan Never est un enquêteur du futur. Il travaille dans un monde de science-fiction où la technologie est très développée et où la Lune, Mars et des satellites artificiels ont été colonisés par les hommes. L'espère humaine aussi a évolué et on trouve dans ce monde des clones, des hommes artificiels et des mutants créés pour résister aux conditions de vie extrêmes des colonies spatiales. Nathan est un personnage complet et complexe : il a plus d'épaisseur que d'autres héros. C'est peut-être dû au fait que nous sommes trois créateurs avec des caractères très différents. Nathan a du vécu et porte une histoire très dure, c'est un antihéros. C'est une des raisons de son succès : il est loin d'être parfait, il est humain et le lecteur peut s'identifier à lui. (photo.BepiVigna)
Pourquoi avoir choisi de situer la série Nathan Never dans un monde de science-fiction ?
L'éditeur Bonelli n'avait pas de science-fiction, alors on a tenté le tout pour le tout avec Michele Medda et Sergio Serra en leur proposant une nouvelle série dans ce genre dont nous étions fans. Au début de cette aventure nous étions très inspirés par le cinéma cyberpunk (Blade Runner, Matrix ndlr) et par des auteurs comme W. Gibson qui étaient très à la mode dans les années 90. La série Nathan Never était très attendue par la presse car c'était la première fois qu'un grand éditeur comme Bonelli publiait de la science-fiction. Cette attente a participé au grand succès éditorial qui caractérise les débuts de Nathan Never. Les premières années on vendait 500 000 copies par mois. Aujourd'hui avec la crise du fumetto, les chiffres ont beaucoup baissé mais on résiste bien en vendant environ 60 000 exemplaires par mois.
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La BD et le fumetto se ressemblent beaucoup au niveau de la narration, aussi parce que de nombreux scénaristes ou dessinateurs en France sont italiens. Ces deux genres ont évolué de manière parallèle. Les différences sont davantage d'ordre pratique : en France la BD est un produit de culture diffusé en librairies alors qu'en Italie le fumetto est longtemps resté un produit très populaire diffusé dans les kiosques à journaux. Le format et le prix changent également : ici on a des formats de poche avec du papier de mauvaise qualité et des planches en noir et blanc. Les fumetti, qui sont généralement publiés sur une fréquence mensuelle, coûtent en moyenne 3,50 euros. La distribution en kiosque présente de nombreux avantages. Le réseau de kiosques est très étendu en Italie et cela permet à de gros éditeur comme Bonelli de diffuser leurs albums partout sur le territoire, ce qui explique aussi les ventes importantes.
Quels fumetti pouvez-vous conseiller à nos lecteurs ?
Bonelli a des publications de grande qualité avec des séries comme Dylan Dog, Tex qui est le plus ancien et le plus vendu (depuis 1948 !), Julia et Nathan Never bien sûr !
Quels sont vos projets ?
Je prépare un roman graphique Il viaggio di Nausicaa (le voyage de Nausicaa) inspiré de l'Odyssée d'Homère avec le dessinateur Andrea Serio. Dans un autre roman graphique qui sera lui historique, je vais parler de l'attentat de Piazza Fontana à Milan qui a signé le début des années de plomb en Italie.
Propos recueillis par Eloïse Fagard (www.lepetitjournal.com/milan) mardi 12 avril 2011















































