

Cesare Battisti, condamné en Italie pour ses crimes commis au nom des Prolétaires armés pour le communisme en 1979, a été libéré. Expulsé de France et emprisonné au Brésil, ce terroriste voyageur est aussi écrivain. Retour sur « l'intouchable » qui fait enrager l'Italie depuis 40 ans
Le 9 juin, la Cour Suprême brésilienne a décidé la libération de Cesare Battisti, incarcéré depuis quatre ans. La décision a provoqué la colère de l'Italie qui demandait son extradition depuis 2007, et qui a vu dans le rejet de sa requête une négation des crimes perpétrés en 1978 et 1979, dont Battisti serait coupable.
(source: wikimedia)
La décision du Brésil a un air d'affront politique selon le gouvernement italien. Au moment où l'Italie demande à la Cour de la Haye l'ouverture de la Commission permanente de conciliation brésilienne, le président sud-américain répond NON à la requête d'extradition le dernier jour de son mandat, laissant ainsi la voie libre à la Cours suprême pour décider la libération de Cesare Battisti. Cette décision considérée comme une "grave erreur" par le Ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, a suscité de l'indifférence du côté brésilien. Le 16 juin, lors d'une conférence de presse, Lula a déclaré : "la droite italienne a pris une telle claque aux élections qu'elle est obligée d'agir de la sorte. Cela ne mérite aucun commentaire". Une réponse qui démontre que la décision brésilienne est politique et non juridique selon Roberto Calderoli, Ministre pour la simplification législative.
Cette déclaration de l'ex-président brésilien attise la colère des Italiens qui y voient une provocation politique. La crise s'est étendue aux populations des deux pays. Des villes italiennes jumelées pensent rompre les liens avec le Brésil, et lors de la Coupe du monde de Beach Volley (Fori Italico, du 13 au 19 Juin, Rome) certain supporters italiens ont accueilli les équipes brésiliennes en leur lançant des oranges. Une tension qui s'explique par l'incompréhension face à l'impossibilité de juger l'auteur présumé de quatre meurtres restés impunis.
D'une prison à l'autre
Cesare Battisti est communément connu pour ses actes de délinquance. Un vol à main armé, qui lui vaut 6 ans de réclusion en 1974, lui permet d'entrer en contact avec les militants d'extrême gauche. Dès 1976, il rejoint la branche armée du groupuscule Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC). Ce groupe violent est à l'origine de nombreux hold up et cambriolages. Mais ce qui donne à Battisti le statut d'ennemi public n°1, ce sont les quatre assassinats de 1978 et 1979 revendiqué par la PAC. Le groupuscule reprochait aux victimes (deux commerçants, un gardien de prison et un policier) d'avoir résisté à un braquage. En 1981, les quatre tireurs appartenant à la PAC sont identifiés et condamnés.
La même année, Battisti est arrêté et emprisonné pour appartenance à une bande armée. Il réussit à s'évader et fuit vers la France avant que l'un des chefs de la PAC, Pietro Mutti, ne l'implique dans les meurtres de 1979. En 1987, son procès est rouvert et, en 1988, il est condamné par contumace à la prison à perpétuité. En 2004, il est de nouveau arrêté à Paris et placé en liberté surveillée en attendant son extradition vers l'Italie. "L'affaire Battisti" commence.
(source: wikimedia)
En 2008, le procureur général de Brasilia donne un avis favorable à l?extradition de l'Italien. Mais dès 2009, le ministre de la justice Tarso Genro s'oppose à cette décision, et se déclare favorable à l'octroi du statut de réfugié politique pour le terroriste. L'affrontement judiciaire entre les deux pays s'est achevé début juin 2011 avec la libération de Battisti et le rejet de la demande d'extradition.
Cesare Battisti clame son innocence dès 1978 arguant avoir renoncé à la lutte armée après le meurtre d'Aldo Moro. S'il avouait "assumer politiquement" ses actes en 2001, dès 2004, il se défend de nouveau des accusations qui pèsent sur lui. En 2009, il crie son innocence et dénonce les quatre membres de la PAC déjà condamnés.
L'artiste terroriste
Cesare Battisti, a une particularité. Ses crimes lui ont servi d'inspiration, et bien qu'étant considéré comme fugitif international il a pu mener une vie de "terroriste bohème". Au Mexique, il créé une revue littéraire Via Libre (1986) encore consultable sur internet aujourd'hui, et organise la Biennale d'Art Graphique à Mexico. De retour en France, et protégé par François Mitterrand qui, dès 1985, s'engage à ne pas extrader les ex- activistes italiens, il s'installe à Paris après un bref séjour en prison (à la demande de l'Italie). Il débute une carrière d'écrivain qui le rendra populaire auprès du milieu littéraire de gauche. Auteur de plusieurs romans comme Les Habits d'ombre et L'Ombre rouge, il s'inspire de son propre parcours pour donner vie à des personnages exilés à Paris, ou replacer ses histoires dans un contexte historique (les années de plomb pour Dernières cartouches).
Devenu un auteur plébiscité, l'affaire Battisti n'a pas fini de faire couler de l'encre. Les Italiens désespèrent de voir leur ressortissant rentrer au pays pour exécuter sa peine, un désir qui sera difficile à réaliser si Battisti bénéficie du soutien du Brésil et de bon nombre d'intellectuels et politiques français de gauche tel que Fred Vargas, Bernard-Henri Levy ou encore François Hollande et Bertrand Delanoë qui avaient déjà protesté contre son extradition en 2004.
Elise BONNARDEL (www.lepetitjournal.com/rome) lundi 18 juillet 2011















































