Édition internationale

ROBERTO MANGÚ - Le peintre architecte du temps

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 mai 2014

 


Cette semaine, la rédaction vous invite à découvrir la deuxième exposition conçue par Dominique Stella, actuellement en cours en Lombardie. Bretonne d'origine, sa passion pour l'art contemporain l'a conduite notamment à collaborer avec le Musée du Jeu de Paume et le Centre Pompidou à Paris. Commissaire de plus de 80 expositions en 25 ans d'activité, elle poursuit son voyage en Italie avec un artiste contemporain, détracteur de la modernité, Roberto Mangù.

"Je remets en cause le fond même de ce qui constitue le fleuron des occidentaux : l'art moderne"
Rencontrer Roberto Mangù c'est sauter avec le plongeur de Paestum, ce symbole du temps suspendu. Mais la comparaison s'arrête là. Car le rapport de Roberto Mangù au temps, est tout autre. Placé au c?ur de ses recherches et de son travail depuis plus de trente ans, le temps est pour lui une continuité, une notion de longue durée. La permanenza comme il l'appelle. C'est une chose mentale. Seul le présent est un temps court. Un temps suffisant pour la construction et la déconstruction. Architecte de métier, Mangù est un bâtisseur. Un bâtisseur d'une nouvelle modernité. Et c'est à ce titre, qu'il se présente comme un héritier du peintre Pierre Bonnard. Pour lui, "Bonnard supplantera Pablo Picasso, dans le sens que Picasso et ses contemporains ont été des illustrateurs de la réalité, ancrés dans une conception du temps qui est celle de la modernité. Une modernité dépassée qui dure depuis plusieurs siècles et qui touche à sa fin?Je remets en cause le fond même de ce qui constitue le fleuron des occidentaux: l'art moderne".

Le temps est une continuité entre l'?il du peintre et sa toile


Avec ce refus, Mangù dénonce les choix qu'ont induits les travaux de Galilée au XVIème siècle. Selon lui, "en faisant du temps une valeur mathématique, il a précipité un choix exclusif de notre société. J'entends une précipitation au sens chimique du terme". "Nous sommes dans un cercle mais la modernité Galiléenne, avec sa conception mathématique, a introduit la ligne", précise l'artiste. Une forme de fuite en avant.  
Dès lors que l'on donne à la modernité une capacité de réflexivité en ne travaillant plus sur l'idée d'un temps discontinu, mais sur celle d'un temps successif, le temps se branche sur une plus longue durée. Une thèse défendue par Fernand Braudel dans son étude géo-historique centrée sur l'histoire de la Méditerranée. Une continuité que Mangù vit dans sa peinture car pour lui, lorsqu'il peint, il y a continuité entre son ?il et la toile. "La peinture est pour moi le médium efficace pour la réalisation de l'avenir".

Un temps discontinu, dans l'espace défini de la Méditerranée
Sa conception au temps, Roberto Mangù la fait évoluer dans un espace "Méditerranée". Avec son exposition Mar Adentro, l'artiste évoque le rapport qu'il entretient avec la "mer intérieure". La profondeur de la mère Nature, de sa mère Méditerranée. Une Méditerranée originelle. Une mer qui le nourrit. Un rapport à l'espace limité à l'Europe. Car, d'origine espagnol, d'éducation française et d'inspirations italiennes, Mangù se présente comme un citoyen européen. Civis europeus sum est le titre du tableau qui accueille le visiteur de cette exposition. "La Méditerrané est un emblème, un miroir, c'est le berceau de notre civilisation mais aussi un lieu de conflit entre chrétiens et musulmans".

Roberto Mangù et l'Italie

A 13 ans, Roberto Mangù vit en France. Il entre en formation auprès d'un sculpteur italien. Fils d'immigré espagnol, il a par ailleurs des origines italiennes, de par son arrière grand-mère. "Quand je suis venu en Italie, je me suis senti au bon endroit. J'ai trouvé un pays de grande tradition avec un rapport à l'histoire, tout en étant un pays inscrit dans l'industrie, surtout en Lombardie". Roberto Mangù a eu deux ateliers à Milan dans les années 80-90. Epoque où il a beaucoup travaillé avec Dominique Stella et Philippe Daverio, critique d'art et journaliste français, naturalisé italien. "C'est l'endroit du monde ou je me sens le mieux". "Je ne suis pas optimisme mais clairvoyant".

 

 

 

 

 

 

 

 

Sophie Her (www.lepetitjournal.com/milan) - jeudi 20 décembre 2012

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Informations pratiques :

Roberto Mangù - Mar Adentro
Santa Giulia
Via dei Musei, Brescia
Jusqu'au 20 janvier 2013

en partenariat avec l'Institut Français Milano

creditphotos  : SH/LPJMilan

 

 

 

lepetitjournal.com Milan
Publié le 20 décembre 2012, mis à jour le 13 mai 2014
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