

Ce mois-ci, Les Jeudis de l'Histoire vous invitent à (re)découvrir une période clef de l'Histoire de l'Italie contemporaine. Ou comment Victor Emmanuel II, premier roi de l'Italie unifiée, reçoit le trône de son père Charles Albert de Savoie. L'épopée d'un père, qui fût aussi roi de Jérusalem et qui fut à plusieurs reprises, éloigné de ses terres.
Un exil qui le porte vers la politique
Charles-Albert de Savoie-Carignano, dit il Magnanino naît à Turin en octobre 1798 d'Albertina Marie-Christine de Saxe et de Charles-Emmanuel de Savoie, Prince de Carignano et appartenant à la branche cadette de la maison de Savoie. Fervent partisan des idées révolutionnaires, son père refusera d'abandonner la capitale piémontaise à l'arrivée des armées napoléoniennes en 1796. Il s'offrira même, sans succès cependant, comme volontaire dans les armées de la France révolutionnaire. Il mourut en 1800 dans des circonstances mystérieuses.
Peu de temps avant sa disparition, Charles-Albert, accompagné de sa s?ur et de sa mère quittent le Piémont pour trouver refuge à Genève où la famille s'établira. Pendant cet exil Suisse, Charles-Albert effectue quelques études classiques, avant de s'initier à l'art militaire. A Genève, le futur Roi de Sardaigne entre également en contact avec les milieux protestants. La culture de l'Église réformée, à cette époque, est plus sensible aux influences libérales et au changement politique. Cette initiation sera pour lui déterminante puisque à l'âge de la maturité, il commencera à évoluer dans le champ politique.
En mars 1814, la famille se rend à Paris auprès des autorités impériales. Napoléon lui accorde le rang de comte de l'Empire et un viager contre les armoiries de Savoie qu'il lui défend d'utiliser. L'Empereur lui accorde alors un nouvel emblème constitué d'un cheval blanc, sur un fond azur.
Après le congrès de Vienne, Charles-Albert rentre dans ses États du Piémont. Mais la politique, l'éloigne de nouveau de la cour de Turin. Le roi est alors son cousin, Victor-Emmanuel. Parallèlement, il entretient des liens avec les jeunes libéraux piémontais, qui logent fréquemment dans le palais Carignano (aujourd'hui siège du musée du Risorgimento), au centre de Turin.
De la politique à la cour royale
Le 18 mars 1817, lors d'un voyage à Rome, Charles-Albert, fait étape à Florence où il fait la connaissance de celle qui deviendra, le 30 septembre de la même année, son épouse. Il s'agit de la princesse Maria Teresa Giuseppa Benette Ausburgo Lorena, fille du grand-duc de Toscane Léopold. Cette jeune femme plait beaucoup aux Turinois et à l'aristocratie subalpine, qui apprécient son caractère discret et sa grande ferveur religieuse. Après quelques années de vie commune, en 1820, le couple a un fils prénommé Victor-Emannuel Marie Alberte Eugénie Ferdinand Thomas, celui-là même que son destin appellera quelques décennies plus tard à achever l'unité italienne sous le nom de Victor Emmanuel II.
Charles-Félix songe alors à lui retirer son droit à la succession au trône. Mais il n'en fait cependant rien. De son côté, Charles-Albert s'engage auprès du chancelier autrichien à ne pas modifier le régime absolutiste, rétabli depuis peu au Piémont. En 1823, on le prie de participer à l'expédition française, destinée à réprimer la révolution libérale en Espagne.
Rejeté de la cour royale, il accède au trône
En 1831, Charles-Félix décède sans successeur. La branche cadette de la dynastie accède alors au trône. Dans les années suivantes, Charles-Albert poursuit la politique absolutiste et réactionnaire de son prédécesseur. Il réprime ainsi avec violence la conspiration dirigée par le mouvement de la Jeune Italie en 1833 et 1834, qui parvient à soulever la Savoie et le Piémont.
Viscéralement adversaire de l'Autriche, Charles-Albert initie également une série de réformes, qui font de son royaume le plus dynamique de la péninsule. A cette époque, les écrits de Gioberti, de Balbo ou de Azeglio font du Piémont l'espoir des patriotes italiens. Ce dernier apparaît alors comme le seul État capable de réaliser l'unification de la péninsule. En 1848, Charles-Albert, sur la vague des insurrections populaires qui bouleversent l'Europe, se fait l'organisateur d'une ligue italique formée des États de l'Église, du grand-duché de Toscane et du Piémont. Le 4 mars de la même année, il accorde une constitution (qui sera la Charte constitutionnelle en vigueur en Italie jusqu'au 1er janvier 1948 !). Le roi du Piémont-Sardaigne proclame également la fin des discriminations législatives attachées aux communautés protestante et juive. Il déclare ensuite la guerre à l'Autriche voisine, un conflit qui s'achèvera tragiquement sur le champ de bataille de Custoza, puis à Novare, le 23 mars 1849. La guerre est perdue pour le Piémont.
Le même jour, Charles-Albert de Savoie-Carignano abdique en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II.
Las et déçu du tour pris par les événements, il se résigne à l'exil dans le royaume voisin du Portugal, où il décède, à Porto, le 28 juillet 1849.
Dott. Marco Baratto pour lepetitjournal.com/milan - jeudi 6 décembre 2012
Délégué Général du Souvenir Français en Italie
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