

Un peu plus de 42 ans après le terrible attentat de la Piazza Fontana, la justice italienne n'est toujours pas parvenue à faire la lumière sur cette affaire. Un massacre qui a profondément marqué le peuple italien et traumatisé les Milanais. C'est pour la péninsule, l'entrée dans "les années de Plomb". Aujourd'hui, dans les salles de cinéma, le réalisateur des causes italiennes, Marco Tullio Giordana, nous livre son analyse des faits et entend dire toute la vérité sur cette histoire avec son dernier film : Romanzo di un strage
Les faits
Milan, le 12 décembre 1969. A 16 h 37 précises, une explosion dévaste littéralement la Banca Nazionale dell'Agricoltura, située à l'angle de la Piazza Fontana. Le bilan humain est très lourd : 17 morts ainsi que 88 blessés. Dans le même temps, 3 autres bombes explosent à Rome, ne faisant cette fois-ci aucune victime, mais blessant 7 personnes. Quelques heures après ces incidents, un nouvel explosif est découvert au sein de la Banca Commerciale Italiana, piazza della Scala. Celui-ci est alors rapidement désactivé avant d'être entièrement détruit, empêchant ainsi toutes les possibilités d'identification du terroriste. La chasse à l'homme est désormais ouverte?
Des anarchistes aux néonazis
Le jour même du drame, la police milanaise procède à l'arrestation de 84 anarchistes dont Giuseppe Pinelli, déjà suspecté d'être impliqué dans d'autres attentats survenus dans les années 60. Mais après seulement 3 jours d'interrogatoires, celui-ci est retrouvé mort suite à une chute du quatrième étage. Des premières rumeurs circulent alors sur un "faux suicide" orchestré par le commissaire Calabresi, bien que ce dernier soutient qu'il ne se trouvait pas dans la même pièce que Pinelli au moment où il s'est défenestré. Toujours convaincues de la pertinence de la piste anarchiste, les autorités milanaises interpellent une poignée de jours plus tard Pietro Valpreda, croyant cette fois-ci tenir le bon homme. Mais là encore, les incohérences sont trop grandes et ce dernier est relâché en 1972 pour insuffisance de preuves. Cette même année, le commissaire Calabresi est assassiné devant son domicile par des extrémistes de gauche, pour venger la mort de Pinelli.

"Un film pour comprendre et ne jamais oublier"
La justice s'étant délestée de cette affaire, le cinéaste italien Marco Tullio Giordana a voulu retracer les faits de cet événement symbolique de l'histoire contemporaine italienne et "enfin dire la vérité". "Nous abordons des thèmes difficiles comme la mort de Giuseppe Pinelli et du commissaire Luigi Calabresi", a déclaré le producteur Riccardo Tozzi lors de la présentation du film à la presse. "Les multiples enquêtes policières et journalistiques menées depuis plus de 40 ans ont permis de faire la lumière sur de nombreux points obscurs". Notamment sur le degré d'implication des services secrets italiens ainsi que des Etats-Unis dans l'élaboration de la "stratégie de le tension". Celle-ci consistant à créer un climat de violence politique dans le but de favoriser l'instauration d'un état autoritaire en Italie, en s'appuyant sur l'exemple du coup d'Etat grec de 1967. "Notre intention est de raconter l'indicible, c'est-à-dire une de ces vérités fondamentales qui sont généralement étouffées ici en Italie". Rendez-vous ce soir au cinéma pour connaitre ainsi toute la vérité sur l'attentat de la Piazza Fontana.
Laurent Maurel (www.lepetitjournal.com/milan) vendredi 30 mars 2012
Livre : Bombe e segreti (Piazza Fontana: una strage senza colpevoli) de Luciano Lanza - edizione Eleuthera, Milano -176 pages
La bande d'annonce















































