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BERNARD AUBERTIN - Un artiste détonnant ou un brasier de créativité

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 décembre 2012

Sur les routes de l'art contemporain entre Milan et la France, Dominique Stella est un nom à retenir. Spécialiste du surréalisme et du nouveau réalisme, elle a été directrice du Palazzo Reale de Milan dans les années 90. C'est à elle que l'on doit notamment l'exposition César. Cet hiver, elle est commissaire de deux expositions à ne pas manquer en Lombardie. La contemporanéité de l'art s'écrivant aussi au travers de ces artistes, Lepetitjournal. com de Milan est allé à leur rencontre. Portrait de Bernard Aubertin, l'artiste pyromane actuellement à l'Institut Français Milano.

Lepetitjournal.com : En 54 ans de carrière artistique, vous avez réalisé près de 3.000 tableaux. Comment êtes-vous devenu peintre plasticien ?
Bernard Aubertin : J'ai fait l'école des métiers d'art à Paris qui préparait pour être professeur de dessin, dessinateur d'affiches ou de meubles. Je voulais faire de la peinture. Je peignais chez moi. J'ai commencé par des choses figuratives. Des portraits de ma femme, de ma grand-mère, de mes camarades d'atelier, d'école. Mais je n'étais pas content de ce que je faisais. Je n'étais pas content de ce que je voyais dans les galeries d'art. C'était l'époque de l'école de Paris avec les abstraits ou les peintres témoins de leur temps qui exposaient au musée Galliéra dont le chef de file était Bernard Buffet.  Comme beaucoup d'artistes, je mangeais chez Wajda, rue de Grande Chaumière à Paris. C'est là que j'ai rencontré Yves Klein avec qui j'ai sympathisé. Il m'a proposé d'aller voir son travail. Quand j'ai vu ses monochromes jaunes, verts, noirs, blancs, et bleus bien sûr, j'ai eu une révélation. Et je me suis dit "c'est dans cette voie là que je veux aller".

Vous avez mordu dans le rouge comme Klein a plongé dans le bleu ?
J'ai décidé d'être peintre monochrome en 1958. J'ai tout de suite choisi le rouge. C'est une couleur qui tient bien le plan et qui est extrêmement dynamique. C'est ce qui me plaisait de mieux. Pour moi, c'était la vie. Le rouge, couleur du sang, du feu, de l'amour, de la passion, de l'énergie. Le travail de la monochromie était un combat avec la couleur, avec la matière. Je faisais des monochromes crépi avec des dents. Sur la surface. Monochrome. Réduction. Radicalité.

Vous avez ensuite créer des tableaux clou. Comment s'est faite la transition d'avec vos monochromes ?
C'est extrêmement simple. J'ai quitté la monochromie, la surface de la toile, en jetant des clous dans la couleur rouge. En voyant ces clous, j'ai très vite pensé à les redresser. Et pour les redresser, à les planter. J'ai alors quitté la toile pour le bois. Et j'ai planté les clous sur des planches de bois, recouvertes bien sûr de matière rouge. Ça brillait. C'était comme du feu.

Et c'est ainsi que vous avez commencé vos travaux sur le feu ?
Oui. Et plutôt que d'utiliser des clous, j'ai imaginé utiliser des allumettes. Après tout, les allumettes, ce sont des clous de bois avec une tête ! Mais une tête?rouge ! Comme j'avais redressé les clous car ils sont faits pour être plantés, j'ai allumé les allumettes qui sont faîtes pour être allumées ! C'est ainsi que j'ai créé mon premier tableau feu en 1961.
Au début je plantais mes allumettes dans des planches de bois comme j'avais fait pour les tableaux clous. Je faisais l'empreinte de la forme pour loger mes allumettes dans les trous. Et puis, j'ai fait quelques essais. Et j'ai pensé que le bois risquait de brûler et les trous à la longue de se resserrer. J'ai alors réalisé les empreintes dans des plaques d'aluminium fixées sur planche de bois. Une façon aussi de refléter le feu.

Dominique Stella, commissaire de l'exposition


Le rouge, le combat. Et le feu ? Êtes-vous un artiste tout feu, tout flamme ?

Je n'ai pas de rapport au feu. Je suis un pyromane invétéré. Mon message, c'est le feu. Mais je ne suis pas un "voleur de flamme".  Pour la mise à feu de mes ?uvres, je mets le feu avec une allumette ou avec un lance flamme. Récemment, c'est avec 10.000 allumettes réparties sur cinq tableaux que j'ai réalisé un performance. J'avais été invité au Palais de Tokyo. Y sont restées les traces de suie?

Brûler des allumettes, c'est une chose. Mais brûler des livres?
J'ai brûlé mon premier livre en 1962. Un roman de Jules Verne dont je ne me rappelle plus du titre. Depuis, j'ai brûle Mein Kampf, La Bible, Le Manifeste du Parti Communiste. A l'époque, c'était une provocation. Puis, brûler les pages les unes après les autres comme une chose sérielle m'a intéressé. Enfin, pour quitter le domaine strict de l'autodafé, j'ai imaginé des "livres brûlés et à brûler." A l'intérieur du livre, je colle des allumettes détonantes, des allumettes fumigènes, des pétards, mais aussi des allumettes classiques. Je propose au spectateur d'enflammer un livre et de le regarder brûler. Il m'est aussi arrivé d'y joindre une notice. Non pas de sécurité?mais d'instruction. Sur comment faire évoluer l'?uvre en invitant le spectateur à recoller des allumettes pour une autre expérience. De toute ma vie, j'ai dû brûler 500 livres.

Une nouvelle exposition. Une nouvelle page ?  Les tableaux actuellement exposés à l'Institut Français "?uvres Récentes" proposent encore une autre technique ?
Là, en effet, il s'agit de collages. J'ai fait beaucoup de collages avec les allumettes. Des collages sur papier rouge. Sérigraphie, sur bois, sur aluminium. Je vous laisse découvrir?mais je ne ferai pas de performance !

Bernard Aubertin et l'Italie

Bernard Aubertin a commencé à travailler en Italie en 1974. Une dizaine d'années auparavant, il avait exposé dans ateliers de Fontana. L'époque du groupe zéro de Düsseldorf. Quand il avait 30 ans, il lui plaisait aller visionner les classiques du cinéma italien dont les films de Visconti dans les salles d'art et d'essai parisiennes. Depuis, il a aussi pratiqué i cerini italiens. Il exposera à Padova du 20 décembre au 20 janvier 2013.

Propos recueillis par Sophie Her (www.lepetitjournal.com/milan) - jeudi 13 décembre 2012

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Bernard Aubertin est né en 1934 à Fontenay aux Roses. Il vit et travaille désormais à Reutlingen (Allemagne).

Dominique Stella est actuellement également commissaire de l'exposition de Roberto Mangù dont nous vous parlerons jeudi prochain.

L'exposition « ?uvres récentes » se tiendra à l'Institut Français Milano jusq'au 11 janvier 2013.
Horaires : du mardi au vendredi 12 :00 ? 19 :00 (fermé du 22/12/12 au 06/01/13)

creditphoto : SH-LPJMilan


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Publié le 13 décembre 2012, mis à jour le 23 décembre 2012
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