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Le système de santé en Espagne  

Par Vincent Garnier | Publié le 11/06/2018 à 21:08 | Mis à jour le 12/06/2018 à 18:15
Photo : CC0 Creative Commons  
système santé espagne

La France et l'Espagne ne fonctionnent pas de la même façon concernant le système de santé. Il est important de bien connaître les modalités du pays d'accueil, pour savoir comment et par qui l'on va être soigner, mais aussi à quel coût, et éventuellement faire le choix de la couverture santé la plus appropriée à ses besoins. Finalement, si le système espagnol diffère du français, son fonctionnement reste simple à comprendre et suppose de nombreux avantages pour le patient.

 

docteur Dominique Grauvogel / DR
docteur Dominique Grauvogel / DR

Dominique Grauvogel, médecin conseil auprès du Consulat de France à Madrid, constate : "Beaucoup de Français arrivent en Espagne sans connaître les spécificités du système de santé local. Cela les entraîne à mal comprendre les frais qu'ils peuvent être amenés à payer et à croire qu'ils vont être pris en charge comme en France. Or ce n'est pas forcément le cas, loin de là. Les Français qui se déplacent avec la Carte européenne d'assurance maladie (CEAM) dans n'importe quel pays d'Europe sont soumis au fonctionnement du pays d'accueil".

 

1/ Le système de santé public


Le système de santé public espagnol est universel : toute personne nécessitant des soins médicaux peut le faire valoir, même ceux qui ne sont pas affiliés à la Sécurité sociale espagnole et qui en cas de besoin, peuvent se présenter aux urgences pour y être soignés.

A partir de là, trois cas de figure :
- soit la personne est affiliée à la Sécurité sociale et le cas échéant elle bénéficie de la gratuité des soins. Lisez cet article pour connaître les démarches à suivre pour s'affilier à la Sécurité sociale espagnole ;
- soit elle dispose de la CEAM, et là encore, elle n'aura pas à débourser ni avancer d'argent (sauf si le but du voyage est de se faire soigner) ;
- soit enfin la personne n'est ni affiliée à la Sécurité sociale, ni détentrice de la CEAM et le cas échéant elle devra payer les soins qui lui sont administrés. Attention, la facture peut très vite s'avérer salée, notamment en cas d'hospitalisation ou d'intervention chirurgicale. Pour les étourdis qui se seront donc déplacés dans le pays sans faire leur CEAM auparavant, ni sans aucune autre couverture privée couvrant les frais à l'étranger, il sera éventuellement possible de demander leur rapatriement (normalement à leurs frais) pour être soignés en France. Et pour ceux qui auront été soignés en Espagne à leurs frais, il leur reste toujours la possibilité de tenter de négocier avec leur caisse de Sécurité sociale en France, le remboursement des montants déboursés...

Le système de santé espagnol, en plus d'être entièrement gratuit, ne vous obligera, à la différence de ce qui est fait en France, d'avancer aucune somme. Il encadre et restreint cependant fortement la relation du patient avec le médecin traitant et les différents spécialistes qui sont appelés à intervenir. Tout d'abord, parce qu'il fonctionne via le regroupement des médecins généralistes et pédiatres, au sein des dispensaires publics, appelés "centros de salud", ou encore "centres d'atenció primària" en Catalogne. C'est seulement en débutant l'ensemble de son "parcours de santé" au dispensaire, avec son médecin traitant, et en effectuant l'éventuel suivi auprès des spécialistes du service public, que le patient pourra bénéficier de l'entière gratuité des soins, sans avancer d'argent, ni avoir à payer pour les traitements.

 

Comment se faire désigner un médecin traitant (ou un pédiatre) ?


En se rendant avec les pièces justificatives nécessaires (CEAM ou affiliation à la Sécurité sociale, ainsi qu'un justificatif de résidence, comme le padrón ou un contrat de location par exemple) au Centro de salud, le patient va indiquer les horaires (matin ou après-midi) qui lui conviennent le mieux. A partir de là, un médecin traitant lui sera désigné, avec lequel il devra prendre rdv chaque fois qu'il souhaite traiter un problème de santé, allant du rhume à la dérivation vers un spécialiste ou vers l'hôpital. Ce médecin soigne donc ses patients, et les oriente en cas de besoin. A noter que du choix du dispensaire dépend l'hôpital auquel le patient sera rattaché et où les traitements spécialisés seront assurés. En cas de pathologie avérée, il est cependant possible de demander à être rattaché à un autre hôpital, dont la compétence dans le domaine pourrait assurer un meilleur suivi du patient.

A ce niveau il est important de résumer les différences qui existent avec la France :
- tout d'abord, pour bénéficier de la gratuité des soins, on aura compris qu'il n'existe qu'un cheminement possible, qui débute systématiquement avec le médecin traitant du dispensaire et doit se poursuivre obligatoirement au sein du service public, en cas de consultation auprès d'un spécialiste ou d'hospitalisation ;
- par ailleurs, contrairement en France où le patient devra avancer le montant de la consultation, qui lui sera par la suite remboursé à hauteur de 70% du tarif fixé par la Sécurité sociale (30€), le patient en Espagne ne devra rien débourser ;
- il en sera de même chez le spécialiste du service public ou à l'hôpital, contrairement en France où les patients devront payer une somme pour chaque nuitée ;
- à la pharmacie enfin, une partie des médicaments sera pris en charge. Cette prise en charge dépend de l'aspect chronique de la maladie, du statut actif -ou pas- du patient, et enfin des revenus de ce dernier. Pour la majeure partie de la population, avec des revenus annuels compris entre 18.000 et 100.000 euros, il faudra assumer 50% du montant du prix de vente public du médicament.

Si on peut se déplacer, on prendra rdv avec son médecin traitant, via le numéro d'appel indiqué sur la carte de Sécurité sociale. Sinon, sachez que le médecin généraliste ou le pédiatre de la Sécurité sociale peuvent se déplacer à domicile, si le cas le requiert. Même chose pour les infirmiers.
Quant au 112, c'est le numéro de téléphone réservé aux urgences. Il s'agit d'un service général, indépendant du dispensaire. L'interlocuteur de l'appel effectuera (en espagnol, n'attendez pas de service d'interprétation simultanée) un diagnostic des besoins du malade, allant de la simple recommandation à l'envoi d'une ambulance, si le cas le requiert. 

 

Les arrêts de travail (pour les personnes en contrat local) :


En principe, sur les 3 premiers jours d'absence, il est possible de présenter à l'employeur un justificatif effectué par un médecin de son choix. A partir du 4e jour (délai à compter duquel c'est la Sécurité sociale qui prend en charge le paiement du salaire du malade), il est obligatoire de présenter un justificatif établi par un médecin de la Sécurité sociale.

 

Les délais :
C'est inévitablement un des écueils de ce système gratuit : les délais d'attente au dispensaire peuvent s'avérer plus longs que souhaitable. Armez-vous de patience et préparez-vous à un séjour parfois prolongé dans une ambiance surchauffée et chargée de microbes. S'il faut prendre rdv à l'avance, l'attente n'en reste pas moins souvent longue, surtout sur les créneaux les plus concurrencés, tandis que le temps passé devant le docteur peut s'avérer particulièrement... bref. Rendement oblige, les médecins du service public vont généralement au plus vite, et on repassera pour le fameux aspect humain, si cher au patient français. 
Surtout, les délais pour obtenir un rdv auprès d'un spécialiste peuvent eux aussi s'avérer rédhibitoires. Il y a des listes d'attente qui peuvent, dans le cas d'examens complémentaires ou spécialisés, faire s'éterniser le traitement d'une pathologie. Et c'est la même chose pour les interventions chirurgicales.

"Le système de santé public espagnol est un très bon système de santé, équivalent à celui de la France en termes de compétences des médecins, ou d'équipement des hôpitaux", estime Dominique Grauvogel.

 

2/ Les mutuelles d'assistance sanitaire


Attention, faux ami : une mutuelle en Espagne, n'a pas le même rôle qu'en France, où elle permet de compléter le remboursement des frais avancés par le patient et en partie couverts par la Sécurité sociale.
En Espagne, les mutuelles d'assistance santé constituent un système de santé parallèle au système public, avec ses généralistes, ses spécialistes et même dans certains cas, ses hôpitaux. Sanitas, Asisa, Adelsa, mais aussi les compagnies d'assurance qui couvrent la santé (Mapfre salud, Aegon salud, Axa santé, Contigo France santé etc) établissent avec les clients (les patients donc) un contrat privé, dont le montant va définir la hauteur des prestations qui peuvent y être réalisées sans frais supplémentaire. Elles mettent à disposition de leurs clients une liste de médecins traitant affiliés, auxquels le patient peut faire appel. 

Les mutuelles d'assurance sont très couramment proposées dans le cadre de l'entreprise, en complément du salaire.
Compte-tenu des frais dentaires, et de la quasi inexistence d'un service public en la matière, il est courant que les Espagnols aient une mutuelle dentaire.

Toutes les mutuelles ont des conventions avec des hôpitaux privés. Mais attention, tous les spécialistes de ces hôpitaux n'ont pas systématiquement de convention avec la mutuelle... Les utilisateurs devront donc, au cas par cas, s'assurer qu'ils sont bien couverts dans le cadre de leur traitement. 

Il va sans dire que ce système parallèle au système public, n'est en aucun cas pris en charge par la Sécurité sociale : ni à l'instar des frais sanitaires qui y sont occasionés, ni pour les traitements d'urgence qui peuvent y être assurés, ni pour une visite de routine, ni même concernant le remboursement des médicaments qui y sont prescrits : le patient est tenu de prendre à sa charge 100% des frais en pharmacie. 

De la même manière, on ne pourra pas, sous recommandation d'un médecin de la mutuelle, prendre rdv avec un spécialiste du public. Ce sont bel et bien de systèmes qui fonctionnent en parallèle, de façon totalement étanche (sans transversalité).

 

Quel est donc l'intérêt de passer par la mutuelle ?

- Tout d'abord, on l'a vu, les entreprises tendent à offrir l'affiliation à leurs salariés, Tant qu'à faire, on hésitera donc pas à tirer partie de cet avantage, notamment si le système public, pour une raison ou une autre, n'apporte pas satisfaction ;
- notamment souvent pour réduire les délais d'attente, la mutuelle constitue une voie plus efficace que le public ;
- parce qu'on y connaît un spécialiste de confiance, dont le traitement nous convient particulièrement ;
- parce qu'en cas d'hospitalisation, on évitera la massification du service public et on bénéficiera d'une "l'hôtellerie" (taille des chambres, nombre de lits, nourriture, etc...) de meilleure qualité ;
- parce que la possibilité de disposer d'une seconde opinion est toujours la bienvenue.

Le système des mutuelles n'assure pas un accès à une médecine de meilleure qualité. Tandis que les médecins du public sont salariés de la Sécurité sociale, et obtiennent leur poste sur concours, ceux de la mutuelle sont affiliés et reçoivent une rémunération négociée avec le réseau.

 

3/ La médecine privée


La médecine privée est constituée par l'ensemble des professionnels qui ne dépendent pas de la Sécurité sociale.
L'accès à cette médecine et aux professionnels de santé qui ne dépendent donc pas du secteur public, et en excluant le rapport qui peut être établi via les mutuelles de santé, implique un traitement entièrement aux frais du patient. Faut-il le préciser ? La CEAM n'est pas valable auprès des médecins et spécialistes privés, elle n'assure clairement aucun remboursement des frais occasionés.
Formulé autrement, les Français qui n'ont pas d'assurance privée couvrant les prestations faites dans le cadre de la médecine privée, ne seront ni pris en charge ni remboursés. Là encore, il faudra assumer tous les frais qui découlent de la maladie (examens complémentaires, pharmacie etc).

Les médecins présents sur la liste du Consulat sont des médecins pratiquant dans le cadre de la médecine privée. Il est important de savoir qu'on devra, en faisant appel à leurs services, et si l'on est pas couvert par une assurance prenant en charge ces frais, payer leur prestation.

Il n'y a pas de convention en Espagne en ce qui concerne les honoraires de la médecine privée. Librement fixés par le praticien, ils peuvent, notamment dans le cas de spécialistes de renom, vite s'avérer élevés. Renseignez-vous au préalable.

Comme dans le cas des mutuelles, il n'y a pas de transversalité entre médecine privée et médecine publique : un processus initié dans le privé aux frais du patient, suivra son cours dans le privé, aux frais du patient.
 

Vincent Garnier

Vincent Garnier

Arrivé en Espagne en 2008, de formation commerciale (ESC Marseille Provence), créateur d'entreprise en France, expérience journalistique dans la PQR à Lyon. Votre interlocuteur commercial pour les campagnes publicitaires pour l'Espagne.
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Marcel jeu 14/06/2018 - 11:35

L'info concernant les soins de non residants est partiellement vrai. Les habitants de la France peuvent ne pas avoir la CAEM ou aller chez les medecins de la ville. Certes, avec la carte de CAEM et dans l'établissement public vous depensez rien. Toutefois, vous pouvez aller dans le privé mais étre remboursé uniquement selon le tarif français (qui risque d'être plus bas que le tarif privé) avec l'envoie des documents à la secu et votre mutuelle . aussi les Français ont 4-5 assistances médicales au moins (l'assurance de l'habitat, l'assurance des moyens de paiement, les cartes bancaires, l'assurance auto) donc vous pouvez activer l'assistance médicale et couvrir le reste a votre charge (avec la déduction de la franchise éventuelle)

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giel358 mar 12/06/2018 - 19:26

Article bien rédigé mais une mise au point s'avère nécessaire. La médecine est matière régionalisée. Ce qui est vrai en Catalogne ne l'est pas nécessairement en Andalousie. Ce qui est vrai dans la Communauté de Valencia ne l'est pas nécessairement à Madrid. Ainsi, je suis arrivé en Andalousie voici près de dix ans fort de commentaires "limites" concernant la médecine publique. J'avais donc souscrit une assurance "soins de santé" pour pouvoir avoir recours à la médecine privée. J'ai très vite déchanté quant à la qualité des soins et surtout les délais d'attente. Il ne faut pas perdre de vue que les hôpitaux universitaires appartiennent à la sécurité sociale et disposent des techniques les plus modernes. Un hôpital privé est géré comme une entreprise. Il faut éviter les pertes. Les investissements sont réfléchis et décidés par le Conseil d'Administration. Retraité, je ne paie que quelques cents pour les médicaments avec un maximum mensuel de 8 euros et quelques cents. Aujourd'hui, je n'ai plus recours qu'à la médecine publique (sécurité sociale) et je m'en trouve très bien tant au niveau des délais de rendez-vous que pour le rapport avec mon médecin de famille. De plus, en Andalousie, il existe une transversalité des soins vers les spécialistes du privé si les délais d'attente sont trop importants. Voici trois ans, je fus soigné dans une clinique privée de luxe d'une résidence de luxe (Novo Sancti Petri à Chiclana) sans bourse délier, envoyé par la sécurité sociale. Voici deux ans, mon épouse a été opérée à l'hôpital public de Puerto Real. Les circonstances lui ont permis de bénéficier d'une chambre seule durant les trois jours d'hospitalisation. Dans ces conditions, j'ai laissé tomber l'assurance "soins de santé" et loin de moi l'idée de dénoncer en quoi que ce soit la médecine publique... en Andalousie.

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JM62 mer 13/06/2018 - 16:54

Bonjour en tant que retraité vous avez gardé votre mutuelle française ?

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Giel358 ven 15/06/2018 - 09:36

JM62, Je suis belge, retraité de la fonction publique. Bien que résident officiel - et pas touriste "longue durée" -, je paie mes impôts en Belgique (conséquence de la convention signée entre les deux pays en la matière... comme pour la France d'ailleurs) et je reste affilié à la sécurité sociale belge (directive européenne entrée en vigueur en janvier 2012). Mes droits ont seulement été transférés en Espagne via un formulaire S1 (fourni par l'organisme belge de sécurité sociale dès l'instant où je n'avais plus d'adresse en Belgique) et je dispose ainsi de la "tarjeta sanitaria individual". À ce titre, si je devais me faire soigner en Belgique, je bénéficierais du remboursement de base des soins de santé au même titre que les résidents belges. Comme je n'ai pas souscrit à l'assurance complémentaire, je ne pourrais pas bénéficier des "avantages" de cette assurance (complément de remboursement pour les lunettes, les soins dentaires, les services hospitaliers,...). Personnellement, je ne suis pas intéressé... Cela fait 9 1/2 ans que je ne suis plus retourné dans "mon" pays et je ne compte pas y retourner pour m'y faire soigner si tel devait être le cas.

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Rosa mar 12/06/2018 - 14:04

Très bien expliqué. Ça confirme ce que je pensais depuis mon installation en Catalogne. On peut mourir tranquille personne ne s'inquiète. En Catalogne le medecin ne prend pad la tension ne vous ausculte pas rien fe tout ça

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