Édition Madrid

Baromètre des CCI: Les entreprises françaises en Espagne (étaient) confiantes

C'est la conclusion du 3e baromètre des CCI françaises d'Espagne, présenté vendredi dernier à la Mairie de Madrid. Selon cette étude, 84% des entreprises françaises de plus de 250 employés prévoient une hausse de leur CA en 2025, tandis que 72% des PME prévoient d'augmenter leurs investissements au cours de l'année. Pour Kareen Rispal, ambassadrice de France dans le Royaume, ces données illustrent le caractère toujours plus intense de la relation bilatérale, avec notamment 90 milliards d'euros d'échanges commerciaux entre les deux pays.

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L'ambassadrice de France en Espagne, Kareen Rispal, entourée des équipes des CCI françaises d'Espagne et des participants à la table ronde / DR
Écrit par Vincent GARNIER
Publié le 24 mars 2025, mis à jour le 25 mars 2025

C'est une bonne nouvelle, de celles qui méritent un satisfecit de la part de l'ensemble de l'écosystème entrepreneurial français d'Espagne : en dépit de la résurgence des conflits internationaux, de l'inflation, des persistantes difficultés d'approvisionnement et d'une crispation certaine à l'échelle mondiale, les entreprises tricolores implantées au sud des Pyrénées sont confiantes concernant leurs perspectives de croissance en 2025. Ou plutôt étaient, car l'étude, promue par les deux chambres de commerce françaises d'Espagne auprès de quelque 130 membres, a été réalisée entre novembre et décembre de l'année dernière, avant les élections américaines. Certains des résultats particulièrement optimistes présentés la semaine dernière à la Mairie de Madrid mériteraient certainement d'être nuancés à l'aulne des premières mesures prises par le gouvernement américain... mais cela sera l'objet d'un prochain baromètre.

 

Collaboration entre les chambres de commerce françaises d'Espagne

En attendant, on peut se féliciter de la collaboration des deux CCI, celle de Madrid et celle de Barcelone, dont l'implication commune est à l'origine du succès de l'initiative : elle permet de mailler au plus près la présence des entreprises françaises sur le territoire et fait du baromètre "un outil de référence pour les acteurs économiques français en Espagne", aux dires de l'ambassadrice. On peut aussi sans nul doute affirmer que les entreprises françaises installées au sud des Pyrénées, dans un contexte de morosité européenne, se félicitent visiblement de leur implantation dans le pays dont la croissance a le vent en poupe sur le Vieux Continent, confirmant que l'Espagne représente "the place to be" pour beaucoup d'acteurs. 

 

Un outil de référence pour les acteurs économiques français en Espagne

Ainsi, selon l'étude réalisée par Qualimétrie à partie des données collectées par les chambres de commerce, 63% des entreprises sondées qualifient de "bonne" leur situation économique -seules 5% la qualifient d'"insatisfaisante". Elles sont près de 80% à estimer que leur volume d'activité devrait croître en 2025, tandis que quelque 73% jugent que l'économie ibère connaîtra la croissance cette année. Par ailleurs, alors que 60% des entreprises ont vu leur nombre d'employés augmenter en 2024, 65% d'entre elles prévoient encore d'embaucher sur 2025, dans une dynamique de poursuite de la hausse des effectifs. Au total, six entreprises sur 10 envisagent d'investir en 2025 -principalement en force de vente et en technologie- parmi lesquelles près des trois quarts des entreprises facturant entre 1 et 5 millions d'euros... Au vu de ces chiffres, c'est sans surprise que 91% des entreprises jugent "bon, très bon ou excellent", le climat entrepreneurial en Espagne, 8 points au dessus des résultats mesurés lors du baromètre précédent.

 

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"L'Espagne représente 10% du PIB de la zone euro et a participé à plus de la moitié de sa croissance en 2024" / DR

Des défis à relever

Ces chiffres encourageants ne doivent pas masquer les enjeux auxquels les entreprises françaises d'Espagne s'estiment confrontées. Parmi leurs principales préoccupations, on relèvera la hausse des coûts d'approvisionnement, l'inflation, mais aussi le faible niveau de la demande, liée à la baisse du pouvoir d'achat du consommateur final. Une autre préoccupation, particulièrement mise en relief par cette édition du baromètre, est liée à la difficulté d'embauche et de rétention des talents. Fin 2024, 55% des participants à l'enquête considéraient que les conflits géopolitiques mondiaux auraient une forte influence dans la croissance économique du pays, contre seulement 30% lors du baromètre antérieur.

 

L'économie espagnole ne peut pas s'endormir sur ses lauriers

Au cours de la table ronde qui a suivi la présentation de ces résultats, plusieurs cadres dirigeants des grandes entreprises membres des CCI ont apporté leur point de vue sur les conclusions de l'enquête et sur la situation économique en général. "L'Espagne représente 10% du PIB de la zone euro et a participé à plus de la moitié de sa croissance en 2024", a contextualisé Anne-Laure Viard, associé chez Mazars. Selon elle, Madrid s'est consolidé comme le moteur de l'économie espagnole, qui a retrouvé ses niveaux de dynamisme pré-Covid. Un dynamisme lié à deux facteurs : premièrement, la hausse des exportations de biens et services, à l'instar de l'incontournable secteur touristique, deuxièmement la hausse de la consommation publique, impulsée par les fonds européens, avec 50 milliards d'euros reçus sur les 163 milliards attendus. L'économie espagnole ne peut pas s'endormir sur ses lauriers, a néanmoins averti Anne-Laure Viard, et doit connaître certaines transformations urgentes, permettant notamment une hausse de la productivité et du PIB per capita. 

 

Les entreprises françaises s'intéressent beaucoup à l'Espagne

Dans un contexte où la croissance de l'économie n'est pas forcément arrivée au consommateur final, et dans un contexte de perte de pouvoir d'achat, Jean Claude Faixo, responsable de la filiale ibère de Laplace, spécialiste de la gestion de patrimoine des Français de l'étranger, a souligné que ces derniers font pourtant preuve d'une véritable appétence pour le pays de Cervantes. "Tous les indicateurs sont au vert", a-t-il déclaré. "Avec des prévisions de croissance largement au-dessus de la moyenne européenne, les entreprises françaises s'intéressent beaucoup à l'Espagne". Et de poursuivre : "Beaucoup de chefs d'entreprises installés hors UE et souhaitant rentrer en Europe font le choix de ce pays, en raison de sa forte attractivité". 

Les jeunes talents s'en vont


Les débats tenus par les acteurs de la table ronde ont permis de mettre le doigt sur les enjeux de l'économie ibère : ainsi, si le coût de la main d'œuvre constitue une des clés de l'attractivité de l'Espagne, il peut à terme constituer un véritable problème pour le pays. Avec une hausse constante du coût de la vie, notamment des biens essentiels, comme le logement, la capacité des Espagnols à soutenir la demande intérieure va décroissant. "Les jeunes talents s'en vont", à averti Jean Claude Faixo, "or, au-delà d'attirer les investissements étrangers, il est important aussi de retenir ses propres talents", a-t-il défendu. 

Espagne : tous les arguments pour faire partie du top 3 européen

Pour Sébastien Guigues, DG de Renault Group en Espagne et Président de la Chambre de commerce franco-espagnole, le baromètre démontre que "l'économie connaît une assez bonne conjoncture, en dépit du contexte global", ce qui n'enlève rien aux défis auxquels les entreprises du Vieux Continent -notamment celles du secteur automobile- sont confrontées. Face aux relatives dérégulations chinoises et américaines, les intervenants de la table ont ont aussi lancé un appel à un allègement des restrictions régulatoires en Europe, source d'un certain retard dans la course à la concurrence et à l'innovation. "Nous devons être beaucoup plus simples" a exhorté le DG de Renault Group, rappelant que l'automobile représente une part essentielle de l'économie espagnole, "mais aussi beaucoup plus rapides". Le Président de La Chambre en a aussi profité pour lancer un message à l'ensemble de la société espagnole : il est temps pour le pays de croire en sa condition de "champion d'Europe" -et pas qu'à l'échelle sportive. "L'Espagne a tous les arguments pour prétendre faire partie du top 3 européen et du top 10 mondial" a défendu Sébastien Guigues.

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