Un rapport parlementaire dénonce l’échec du gouvernement Johnson face à la pandémie

Par Judith Chouzenoux | Publié le 13/10/2021 à 17:13 | Mis à jour le 14/10/2021 à 11:23
paneau covid

Un rapport parlementaire accable le gouvernement de Boris Johnson pour sa gestion de la pandémie de Covid-19. Le rapport critique « l’approche graduelle et progressive » mis en place par les autorités anglaises et les mesures d’assouplissements prises cet été. Le pays a effectivement supprimé la quasi-totalité des restrictions sanitaires liées au virus, telles que la distanciation sociale et le port du masque. Si plus de 78% des britanniques de plus de 12 ans sont complètement vaccinés contre le Covid-19, le rapport souligne qu’en termes de victimes, le Royaume-Uni affiche l’un des plus mauvais bilans en Europe avec presque 138 000 décès.

 

Publié le mardi 12 octobre, le rapport parlementaire accuse le gouvernement britannique et ses conseillers scientifiques d’avoir commis de graves erreurs de stratégie qui auraient retardé une prise en charge efficace de la pandémie de Covid-19 à son arrivée au Royaume-Uni. Un retour accablant sur la gestion du gouvernement britannique, déjà épinglé cet été par Dominic Cummings, ancien bras droit de Boris Johnson.

 

Le rapport accuse le gouvernement d’avoir agi trop lentement

Cette étude est le fruit de deux commissions parlementaires et de plusieurs mois d’auditions. Dans son bilan, elle affirme que le gouvernement et son Premier ministre ont pris une « mauvaise décision » lorsqu’ils ont « délibérément » adopté une « approche graduelle et progressive » au lieu de mettre en place des mesures immédiatement plus radicales. Le rapport explique que ce choix stratégique, fait avec l’avis des scientifiques ayant conseillé Downing Street, a fragilisé la Grande-Bretagne, en faisant l’un des pays d’Europe les plus touchés par le coronavirus.

 

Une stratégie qui respecte l’avis du conseil scientifique

Jusqu’au 23 mars 2020, l’objectif des ministres aurait été de « modérer la vitesse de l’infection » au sein de la population plutôt que de chercher un moyen d’arrêter sa propagation pleine et entière. Ces décisions allaient alors dans le sens de « l’avis scientifique officiel, et non contre lui ». Le 13 mars dernier, les scientifiques chargés de conseiller le gouvernement de BoJo étaient « unanimes » quant au fait que « des mesures visant à supprimer complètement la propagation du Covid-19 provoqueraient un second pic ».

 

Les parlementaires trouvent les recommandations émises par les scientifiques « étonnantes » et ne comprennent pas qu’il leur ait fallu si longtemps pour comprendre qu’un confinement total du pays était nécessaire. Ces derniers disposaient pourtant de nombreuses preuves sur le risque de diffusion rapide du virus, signifiant qu’un confinement était « inévitable ». Parmi ces preuves, une simulation de l’Imperial College London prouvait qu’une épidémie non maîtrisée pouvait entraîner la mort de plus de 500 000 personnes.

 

Des décisions politiques qui constituent un véritable « échec »

« Les décisions relatives au confinement et à la distanciation sociale prises lors des premières semaines de la pandémie – et les conseils qui y ont conduit – constituent l’un des plus importants échecs en matière de santé publique que le Royaume-Uni ait jamais connus », ont affirmé les députés. Ils estiment que « des milliers de morts auraient pu être évitées » si le gouvernement conservateur avait adopté une autre politique, avec des mesures prises plus rapidement, pour faire face à la pandémie.

 

L’étude rapporte de nombreuses incohérences parmi les choix gouvernementaux, à l’instar de la décision controversée de ne pas tester les personnes âgées qui, sortant de l’hôpital, retournaient dans leur maison de retraite. Certaines règles, comme le couvre-feu à 22h pour les pubs et l’interdiction des clubs de sports - même en plein air - pour les enfants, ont cette fois été accusées d’avoir été prises sans fondement scientifique réel.

 

Des erreurs toutefois doublées de certaines réussites

Le rapport dresse, malgré la dureté de ses propos, un bilan en demi-teinte de la lutte menée par le gouvernement Johnson contre la pandémie. Greg Clark et Jeremy Hunt, tous deux présidents des deux commissions chargées du rapport, ont affirmé dans une déclaration commune que « la réponse du Royaume-Uni a combiné de grandes erreurs et de grandes réussites, comme le programme de vaccination ». Ils ont par la suite ajouté qu’il sera désormais « essentiel d’en tirer les leçons pour être aussi performants que possible pendant le reste de la pandémie et à l’avenir. »

 

Le gouvernement comprend les reproches mais refuse de s’excuser

Dans une interview pour la chaîne d’informations Sky News, Steve Barclay, le ministre chargé de la coordination gouvernementale, a défendu les autorités sanitaires du pays en expliquant que le gouvernement avait « suivi les avis scientifiques » et « pris des décisions pour agir vite ». Il a refusé de présenter ses excuses mais a néanmoins assuré que « s'il y a des leçons à tirer, le gouvernement est prêt à le faire ».

 

Un rapport qui a attisé la colère de l’opposition

Le rapport a eu un échos très important dans les principaux partis d’opposition. Le travailliste Jonathan Ashworth, chargé des questions de santé au sein de son camp, a déploré les conclusions « accablantes » du rapport qui témoignent selon lui des « erreurs monumentales » qui ont été commises par le gouvernement conservateur.

 

De l’autre côté de la pyramide politique, Covid-19 Bereaved Families for Justice, une association de proches de victimes du Covid-19, a regretté que les commissions parlementaires n'aient pas pris en compte leur témoignage, les familles se sentant « ignorées ». Hannah Brady, porte-parole du groupe, espère que les familles endeuillées ainsi que leur vécu seront intégrées et « au cœur » de l’enquête publique, prévue en 2022, quant à la gestion de la crise par le gouvernement. De quoi répondre aux questions et angles morts laissés par ce premier rapport.

 

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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