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Covid : Dominic Cummings, ex-cerveau du Brexit, accable le gouvernement britannique

Par Stéphane Germain | Publié le 03/06/2021 à 09:00 | Mis à jour le 03/06/2021 à 12:19
Photo : Alex Motoc - Unsplash
Cummings covid gouvernement Johnson

Dominic Cummings, ex-conseiller de Boris Johnson et cerveau du Brexit, a tenu ce mercredi 26 mai un réquisitoire incendiaire devant le Parlement britannique. Il y a étrillé le gouvernement conservateur pour sa gestion de la crise sanitaire.

 

Personnage énigmatique de la politique britannique, Dominic Cummings s’illustre dans la victorieuse campagne pro-Brexit, “Leave”, en 2016. “Dom” avait alors été désigné conseiller spécial du Premier ministre Boris Johnson à son arrivée à la tête du gouvernement. Mais très vite, l’arrogance et l’insoumission du stratège politique lui valent le courroux d’une partie des députés conservateurs.

Cummings finira même par mépriser personnellement Boris Johnson dans un billet publié sur son blog, où il estime "triste de voir le premier ministre et son bureau tomber si loin du niveau de compétence et d’intégrité que le pays mérite". Il est remercié de ses fonctions dans la foulée, en novembre 2020. L’âme damnée de BoJo quitte alors le 10, Downing Street, carton sous le bras et amertume en bouche.

Mais l’ancien artisan du Brexit n’en a pas fini : ce 26 mai, il sort de son silence et assène coups sur coups au gouvernement du Premier ministre. La parole fleuve, il offre au peuple britannique une plongée édifiante dans les rouages de la politique du pays. Multipliant les attaques envers Boris Johnson et Matt Hancock, le quadragénaire, chemise blanche entrouverte, ne mâche pas ses mots et révèle une gestion “chaotique” de la crise sanitaire, sacrifiant selon lui des “dizaines de milliers” de vies.

 

“Les ministres, hauts responsables et conseillers comme moi n’avons pas été à la hauteur”

Lancé dans une logorrhée de plus de sept heures, Cummings détaille presque semaine par semaine les débuts décousus de la gestion de la pandémie. Le stratège politique s’excuse d’emblée des “erreurs qui ont été faites” auprès des familles de victimes. Il reconnaît sa “pleine responsabilité” dans l’étendue de la catastrophe sanitaire sur sa terre natale. Pour rappel, le Royaume-Uni porte le deuil de 128 000 personnes mortes du covid-19. Loin de s’attarder à faire amende honorable, Cummings reprend les armes et arrose généreusement son ex-patron, Boris Johnson. Pour lui, le Premier ministre aurait échoué à prendre la mesure de la catastrophe sanitaire qui se profilait dès février dernier et le tient responsable des conséquences que l’on connaît.

Dominic Cummings se lance alors dans une description lunaire de la journée du 12 mars, révélateur s’il en fallait un du chaos dans lequel était plongé le gouvernement : “Une partie de la maison discutait d’une participation à un bombardement américain en Irak annoncé par Trump, une autre se demandait s’il fallait confiner la population, et la petite amie du premier ministre devenait dingue à cause d’un truc trivial”. Carrie Symonds aurait en effet été furieuse en raison d’un article sur le chien de Downing Street.

Le conseiller enchaîne, synthétisant ce désordre en une phrase : “Ce que tout ce chaos a démontré, c’est qu’au sein de Downing Street et du Whitehall, personne n’est responsable, et tout le monde montre les autres du doigt”. Il vise aussi personnellement, et ce à plusieurs reprises, le Premier ministre Boris Johnson, affirmant qu’il serait selon lui “incompétent pour le job” ainsi que le secrétaire d’État à la santé Matt Hancock qu’il décrit comme un “menteur en série”.

 

Tâtonnements fatals 

Dominic Cummings poursuit son pamphlet en accusant Boris Johnson et son gouvernement d’avoir sous-estimé la gravité de la pandémie. Il regrette notamment que le Premier ministre ait tardé à mettre en place le Plan B qu’il lui avait personnellement suggéré : la mise en place d’un confinement. Hésitant quant à la gravité du virus, Boris Johnson n’avait annoncé la quarantaine du pays qu’en juin. Un retard qui aurait coûté près de 25 000 vies selon Neil Ferguson, épidémiologiste à l’Imperial College. 

D’ailleurs, peu avant son audition au Parlement, Cummings s’était déjà lancé dans une série de tweets explicatifs quant à la gestion de la pandémie. Il affirme, dans l’un d’entre eux que “Si nous nous étions bien préparés et avions eu des personnes compétentes aux commandes, nous aurions probablement pu éviter le premier confinement et n’aurions certainement pas eu besoin des deux suivants.”

 

 

C’est surtout un manque de réactivité global que dénonce l’ancien conseiller privilégié de Boris Johnson : manque de stocks de masques, manque de lits dans les hôpitaux, déni face à l’ampleur de la pandémie, frontières ouvertes, absence de tests, un plan stratégique écrit sur un simple tableau blanc… Cummings condamne vertement l’apathie dans laquelle se serait sédimenté le gouvernement Johnson, “dépassé” par les évènements.

En janvier, en février et début mars, le premier ministre considérait ça comme une histoire à faire peur, la comparant à la grippe aviaire. Il craignait une surréaction, qui causerait plus de mal que de bien en étouffant l’économie” affirme le quadragénaire, qui ajoute avoir été jusqu’à “pointer les écrans de télévision” accrochés aux murs de Downing Street, tentant désespérément de faire réagir les membres du bureau.

Ses dénonciations pleuvent et amènent jusqu’à septembre, où Boris Johnson s’était montré réticent à un reconfinement. Et ce, malgré les avertissements du SAGE (le conseil scientifique du gouvernement). Dominic Cummings a alors confirmé aux députés les propos qu’auraient tenus Boris Johnson le 31 octobre, rapportés à l’époque par la BBC : “il préférait voir les corps s’empiler que de décréter un troisième confinement”. Des termes glaçants qui font écho à une situation datant de juillet évoquée par le stratège politique. Alors que Cummings envisageait de démissionner, estimant que Boris Johnson préférait le désastre qui régnait plutôt que de lui déléguer davantage de pouvoir sur Downing Street, le Premier ministre aurait “ri” et affirmé : “c’est vrai (...) avec le chaos, les gens ont besoin de se tourner vers moi pour savoir qui est le patron.”

 

Des “soirées varicelles” pour propager le virus

Aux débuts de la pandémie, le Royaume-Uni misait, sous les conseils du SAGE sur l’immunité collective. Une erreur stratégique finalement abandonnée par le gouvernement conservateur en mars. Ici, Cummings concède à BoJo de “mauvais conseils” de la part du SAGE. Pour autant, il l’accuse personnellement ainsi que “beaucoup de membres de Downing Street” d’être “partis skier” alors que l’ampleur de la pandémie était déjà connue en Chine. Des déclarations hallucinantes qui continuent à mettre le gouvernement Johnson dans un embarras plus que certain.

Le gouvernement britannique a récemment nié le fait que l’immunité collective ait été son premier choix. Pourtant, Cummings affirme que tel était bien le cas. Déjà sur twitter en amont de son réquisitoire au Parlement, il expliquait que “Le Numéro 10 a décidé de mentir : “l’immunité collective n’a jamais fait partie de notre stratégie contre le coronavirus”. C’est insensé et c’est la preuve d’une éthique épouvantable que de mentir à ce propos. Le bon chemin aurait été celui que le Premier ministre connaît déjà : admettre que notre stratégie était mauvaise et que nous en avons changé quand nous l’avons compris.

 

 

Face au Parlement, le stratège politique a ajouté qu’en mars, le secrétaire de cabinet Mark Sedwill aurait suggéré au Premier ministre d’apparaître à la télévision pour expliquer la stratégie de l’immunité collective. Plus encore, il l’aurait encouragé à pousser la population à organiser des “soirées varicelle” pour accélérer la propagation du virus. Une idée fort heureusement abandonnée sous les avertissements d’un des scientifiques présent à la réunion, prédisant une “catastrophe”.

 

 

Au sujet de la communication, Cummings n’a pas retenu ses coups là non plus. “Si le Premier ministre change d’avis dix fois par jour, puis appelle les médias en contredisant sa propre politique, et ce jour après jour, ça donne des catastrophes en matière de communication”, a-t-il déclaré. Pour “Dom”, Boris Johnson ressemblait à “un caddie de supermarché qui n’arrête pas de se cogner dans les allées”.

Interpellé quant à ces accusations, Boris Johnson a déclaré prendre la “pleine responsabilité” des décisions prises lors de la pandémie, et assure avoir toujours suivi les conseils des scientifiques.

 

Des déclarations à prendre avec des pincettes

Bien que cette diatribe acerbe proférée contre le gouvernement Johnson semble fondée et sourcée, les propos de Dominic Cummings sont à manipuler avec précaution.

Les citoyens anglais sont en effet peu nombreux (14% des électeurs, selon un sondage YouGov) à accorder leur confiance à l’artilleur du gouvernement. La crédibilité de l’ex-conseiller avait été entachée en mai dernier, alors qu’il s’était déplacé hors de Londres pour rejoindre sa maison familiale pendant que le pays était figé par le confinement. Ce manque d’exemplarité lui avait coûté cher aux yeux de la population britannique et participe à faire planer le doute quant à la véracité de ses propos.

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Stéphane Germain - Journaliste

Stéphane Germain

Rédactrice en chef Lepetitjournal.com Londres. Journaliste passionnée et inlassable curieuse.
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