À Cotonou, lundi 28 septembre, la XVIᵉ Assemblée plénière de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales de la Francophonie (COING) ne s’est pas ouverte comme une simple réunion statutaire. Pour les représentants de la société civile francophone réunis au Bénin, il s’agissait aussi de tourner une page.


La mandature 2024-2026 a été traversée par une crise de gouvernance, évoquée sans détour au moment des bilans des commissions. Changements de responsabilités, difficultés de mobilisation et nécessité de « restaurer la confiance » ont pesé sur le rythme des travaux. Claude Musavyi avait pris la présidence en octobre 2025 afin de conduire la COING jusqu’au terme de cette période de transition.
COING : Une diplomatie citoyenne collaborative au service du bien commun
Un an plus tard, Cotonou marque donc un nouveau départ. À quelques semaines du Sommet de la Francophonie au Cambodge, les organisations présentes doivent définir leurs priorités pour 2026-2028 et désigner l’équipe qui les portera.
Le thème choisi — « Réinvestir dans la paix : mobiliser la société civile internationale pour une prospérité partagée, des territoires résilients et une stabilité durable » — donne le cadre. Mais Claude Musavyi invite surtout les participants à chercher comment faire de la paix « non pas seulement un idéal que nous invoquons », mais quelque chose qui se construit dans les communautés, les territoires et les institutions.
À Cotonou, diplomates et société civile autour de la même table
La cérémonie officielle du matin donne à cette ouverture une dimension diplomatique. Aux côtés des autorités béninoises et des représentants de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Groupe des ambassadeurs francophones est également représenté.
Sa présidente, Nadège Chouat, ambassadrice de France au Bénin, participe à la cérémonie, tout comme l’ambassadeur du Maroc.
Cette présence illustre l’un des enjeux de ces journées : rapprocher la diplomatie institutionnelle de cette autre diplomatie, qualifiée à plusieurs reprises dans les débats de « diplomatie citoyenne », portée par les organisations de la société civile.

Retenue à Paris, la secrétaire générale de la Francophonie Louise Mushikiwabo est représentée à Cotonou par son conseiller spécial, Désiré Nyaruhirira. Son message insiste sur l’évolution de la relation entre l’OIF et les organisations accréditées : la société civile n’est plus seulement consultée, elle est devenue un partenaire de l’action francophone.
« Votre rôle est précieux. Votre voix est nécessaire », transmet Désiré Nyaruhirira aux participants. Mais cette reconnaissance s’accompagne d’une attente : le cadre institutionnel ayant été consolidé, il faut désormais « produire des résultats tangibles ». La COING doit rester un « laboratoire d’idées », tout en renforçant sa capacité d’action sur le terrain.
Les ONG gagnent le droit de voter
La matinée consacrée au bilan de la mandature permet aussi de mesurer une évolution moins visible mais importante dans le fonctionnement de la COING : ONG et OING disposent désormais des mêmes droits de participation et de vote.

Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), revient sur le chemin parcouru. Lors d’une précédente Assemblée plénière organisée en ligne pendant la pandémie, raconte-t-il, il avait découvert qu’en tant que représentant d’une ONG nationale, il ne pouvait voter ni lors des élections ni sur les résolutions.
Une situation difficilement compréhensible, selon lui, alors que les ONG représentent une part importante des organisations de la COING.
« Ce n’est pas parce qu’on est dans un seul pays qu’on n’a pas une contribution à faire autour de cette table », souligne Alain Dupuis, directeur général de la FCFA, porte-voix de près de trois millions de francophones vivant en situation minoritaire au Canada.
FCFA : une fédération au cœur de la francophonie canadienne
La réforme des directives a finalement supprimé cette différence de traitement entre organisations internationales non gouvernementales et ONG. Alain Dupuis y voit l’un des acquis importants de la mandature : les ONG peuvent désormais participer pleinement aux décisions et leurs représentants se présenter au Comité de suivi. Lui-même, représentant d’une ONG canadienne, en fournit immédiatement l’illustration en intégrant la nouvelle équipe.

Dans la salle, la Francophonie se confronte au terrain
L’après-midi donne une autre image de la Francophonie, moins protocolaire et souvent plus directe. Les échanges interrogent notamment la capacité de la COING à maintenir des liens entre sociétés civiles lorsque les relations politiques entre États se distendent.
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont cités. Une idée émerge : les décisions prises par les gouvernements ne devraient pas automatiquement interrompre les relations entre leurs sociétés civiles.
La diplomatie citoyenne devient ainsi l’un des fils rouges des discussions. Les ONG ne sont ni des ambassades ni des gouvernements, rappellent plusieurs intervenants. Elles peuvent en revanche continuer à faire circuler l’information, signaler les situations rencontrées sur le terrain, maintenir des relations et construire des coopérations.
Le numérique suscite des échanges tout aussi concrets. Face aux risques liés à Internet et aux intelligences artificielles, un participant propose la création d’un « permis numérique », fondé sur l’éducation et l’apprentissage des usages.
D’autres vont plus loin : la société civile ne devrait pas seulement intervenir une fois les technologies déployées, mais participer à leur conception, aux côtés des ingénieurs, notamment sur les droits humains, l’acceptabilité sociale ou la sobriété environnementale.
De nouveaux partenaires et une place accrue pour la jeunesse
Parmi les avancées présentées à Cotonou figure également l’élargissement du réseau de partenaires de la COING. Claude Musavyi en fait l’un des axes stratégiques développés au cours de la dernière période : mieux relier les organisations de la société civile aux institutions, aux territoires, au monde universitaire et aux relais capables de donner davantage de portée à leurs initiatives.
Un protocole d’accord a notamment été signé avec le Réseau international des Maisons des Francophonies (RIMF), qui gère l’Édition Francophonie de LePetitJournal.com. Celle-ci offre aux membres de la COING un nouveau relais pour faire connaître leurs actions et renforcer leur visibilité dans l’espace francophone. La COING a également conclu un accord-cadre avec l’Université Senghor d’Alexandrie
Un accord pour structurer la visibilité de la société civile
D’autres rapprochements sont en cours avec l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Association internationale des maires francophones, mais aussi avec l’Association des préfets et représentants de l’État de la Francophonie (APREF). Cette dernière, qui rassemble préfets, gouverneurs et autres représentants territoriaux de l’État dans l’espace francophone, était représentée à Cotonou. Le dialogue engagé avec la COING pourrait déboucher sur une convention et une déclaration commune.
Cette volonté d’ouverture concerne aussi la jeunesse. Elle apparaît désormais explicitement parmi les chantiers de la COING, notamment à travers la mobilité des talents. La profession de foi de la nouvelle équipe en fait également l’une des priorités des futurs projets collectifs, aux côtés de l’éducation, de l’enfance, de l’égalité, des territoires, du numérique, de la paix et de la cohésion sociale.
Plus largement, le nouveau Comité s’engage à veiller à « la participation des jeunes », au même titre qu’à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la diversité des territoires et à une représentation inclusive de l’espace francophone. Une orientation qui répond également à l’appel lancé lors de la cérémonie d’ouverture pour faire émerger davantage d’initiatives en faveur des jeunes et des femmes.

Claude Musavyi élu pour un premier mandat complet
En fin de journée, l’Assemblée renouvelle son Comité de suivi pour 2026-2028. Une seule liste complète a été déposée : « Ensemble pour Agir », conduite par Claude Musavyi. Le dossier avait été déclaré recevable pour les douze postes à pourvoir.
Après avoir assuré depuis octobre 2025 la fin de la précédente mandature, Claude Musavyi, de l’Institut Afrique Monde en France, est cette fois élu pour son premier mandat complet à la présidence de la COING. À ses côtés, Claude Vivier Le Got, de la FEDE basée en Suisse, devient vice-présidente.
Le nouveau Comité de suivi compte six femmes et six hommes représentant douze organisations de dix pays. Alain Dupuis (FCFA au Canada) et Marie-José Cantier d’EDDHT en France prennent respectivement la présidence et la vice-présidence de la Commission A ; Michel Champredon de la FERAM (France) et Antoinette Yawavi Mbrou de Wildaf-AO au Togo celles de la Commission B.
Carole Houndjo, de Pamoja au Bénin, et André Gervais Komenan, d’AFIDES en Côte d’Ivoire, conduiront la Commission C. Driss Ajjouti, de l’AMSED au Maroc, et Lalfine Papisy, de Gender Links à Madagascar, la Commission D. Enfin, Maroun Mikhael, du LCCE au Liban, et Marie-Pierre Nyatanyi, de l’ASBL Djaili Mbock en Belgique, prennent la responsabilité de la commission transversale « Enjeux globaux ».
Cette équipe illustre également la nouvelle place des ONG : huit de ses membres représentent des OING et quatre des ONG, alors que ces dernières ne disposaient auparavant pas des mêmes possibilités de participation.

Un hommage au Comité sortant avant de « passer à l’action »
Au moment de prendre officiellement ses fonctions, Claude Musavyi tient à ne pas refermer trop vite la mandature précédente. Il remercie les membres du Comité de suivi sortant, auxquels il attribue le mérite d’avoir permis à la COING de traverser la période de transition et « d’arriver à bon port ».
Il invite d’ailleurs les anciens membres à rester impliqués : leur expérience, souligne-t-il en substance, continuera d’être utile au nouveau Comité.
Le geste n’est pas anodin après les tensions qui ont marqué la période 2024-2026. La profession de foi de la nouvelle équipe fait de la collégialité une méthode de gouvernement : le nouveau règlement intérieur adopté en juin 2026 définit désormais le Comité de suivi comme un organe exécutif collégial, responsable devant l’Assemblée plénière.
Son programme tient en quatre verbes : « Écouter, relier, agir, rendre compte ». Une « Fabrique des initiatives », une banque des expertises et un agenda de la société civile francophone doivent notamment permettre de transformer les propositions en projets et les projets en partenariats.
Dans les 90 jours, le nouveau Comité s’engage à présenter une feuille de route opérationnelle avec priorités, responsabilités, calendrier, partenariats recherchés et indicateurs de suivi.
Après une première journée consacrée autant au bilan qu’à la reconstruction institutionnelle, c’est désormais sur cette capacité à agir que la COING sera attendue.
De Cotonou à la découvrabilité, les travaux se prolongent
Mardi, les travaux reprendront autour de six laboratoires avant la consolidation de la feuille de route 2026-2028. Puis, mercredi matin, la logique d’ouverture vers de nouveaux partenaires se prolongera avec une rencontre consacrée à la découvrabilité des initiatives, des talents, des contenus et des œuvres de la société civile francophone.
Co-organisée par le RIMF, qui s’attache notamment à mieux faire connaître les travaux du LATICCE, la rencontre réunira des membres de la COING, des cadres de la mairie de Cotonou et des acteurs béninois autour du LATICCE de l’UQAM. Son directeur scientifique, Brice Armel Simeu, y présentera surtout les outils développés par le laboratoire pour agir concrètement sur la découvrabilité. L’objectif n’est plus seulement d’expliquer pourquoi certains contenus restent invisibles, mais de montrer comment des organisations, artistes, chercheurs et contenus francophones peuvent être mieux trouvés, recommandés et mis en relation avec leurs publics dans un univers dominé par les plateformes, les moteurs de recherche et l’intelligence artificielle.
L’enjeu rejoint directement l’ambition affichée à Cotonou : faire de la COING non seulement un espace de représentation de la société civile francophone, mais un lieu capable de relier ses membres, ses territoires et de nouveaux partenaires pour transformer les idées en actions.
Découvrabilité : définition, enjeux et solutions pour les contenus francophones
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