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TÉMOIGNAGES : les Français méprisants et peu accueillants, vraiment ?

Par Justine Hugues | Publié le 02/04/2018 à 19:00 | Mis à jour le 05/04/2018 à 08:09
Français étrangers accueil

Question amabilité de la population locale vis-à-vis des résidents étrangers, chez les Français, faudra repasser…et bim ! En se plaçant honteusement 55ème sur 65 dans le classement InterNations des pays les plus accueillants, l’Hexagone serait, pour les étrangers, un pays aux habitants méprisants et aux amitiés difficiles. Piqués à vif dans notre orgueil, nous avons décidé d’aller prendre la température auprès de nos voisins expatriés. 

 

« On m’avait prévenue que les Français ne seraient pas très sympas » pose d’emblée Reiko, japonaise venue à Paris pour élargir ses opportunités professionnelles. La mauvaise réputation des Français a déjà fait le tour du monde : 30 % des personnes sondées par InterNations vivant en France perçoivent négativement l'attitude de ses habitants envers les expats’, presque le double de la moyenne mondiale… (voir notre article) Selon Raul, argentin de 26 ans, « les Français sont très attachés à leur sphère privée. Je me souviens, un jour, d’avoir sauté dans les bras d’une amie qui m’a regardé, interloquée. Ils n’aiment pas trop le contact physique ». 

 

« Râler comme un Français »

« Râler chez les Français, c’est exister. J’ai remarqué qu’être trop joyeux, finalement c’est être un peu neuneu ! » estime Jaime, Philippin. « Les pfff sont tellement caractéristiques, moi maintenant je râle comme un Français », ajoute-t-il en souriant.

« Ils ont un côté très formel et conservateur », raconte Justin, londonien qui a suivi sa compagne française dans la région parisienne.  « Je comprends qu’ils râlent quand tout le monde leur parle anglais. Mais au fond, je crois qu’ils sont un peu jaloux et même snobs ». Pour Justin, la prudence et la réserve sont généralement de mise chez les Français qui, à l’inverse des Britanniques, font très attention au qu’en dira-t-on. Propos confirmés par Christine, singapourienne expatriée en France depuis près de 30 ans et ambassadrice d’InterNations. « Au départ, les gens qui ne me connaissaient pas étaient très hésitants. Ils me toisaient des pieds à la tête sans sourire », se souvient-elle. Difficile de briser la glace donc. Rien d’insurmontable toutefois pour nos interlocuteurs, qui confessent à l’unanimité avoir lié de superbes amitiés avec des Français. 

 « Ici, la valeur de l’espace privé est beaucoup plus importante » analyse Raul.

Les Français séparent énormément la sphère professionnelle de la sphère personnelle, alors qu’en Argentine, tu vas à une soirée et tout le monde parle de sa vie assez ouvertement, même aux inconnus 

En plus d’être « froids », nous prêterions aussi beaucoup d’importance aux projets professionnels ; notre métier nous définissant plus qu’ailleurs. « A chaque fois que je rencontre un Français, il me demande ce que je fais dans la vie et quels sont mes projets. Je n’en ai aucune idée de ce que je vais faire après, et c’est bien comme ça », dit-il en riant. 

L’impolitesse et l’incivilité des Français peuvent parfois choquer. « Je prends souvent un malin plaisir à crier « merci » aux Français que je laisse passer dans la rue et qui m’ignorent », raconte Joan, anglaise établie à Lyon.  « Je n’arrive toujours pas à me faire aux gens qui ne me laissent pas descendre dans le métro », renchérit Reiko. 

 

L’administration, pièce maitresse du cabinet de curiosités 

A la question « qu’est-ce qui vous surprend ? » bureaucratie et paperasse sont deux termes bien français que les expatriés reprennent à l’unisson.  « Je déteste l’administration. Ils ont perdu mon dossier de carte vitale trois fois et je ne l’ai eu qu’au bout d’un an et demi », explique Analisa, espagnole de 29 ans. L’attitude de nos fonctionnaires semble être un motif de surprise : « Ils sont incroyablement impolis. Ils vous donnent l’impression que vous envahissez leur espace, au lieu d’être au service des usagers »,  déplore Joan.  «  On a l’impression d’être au XIXème siècle » ironise Raul. «  Pour ouvrir un compte en banque, il faut un domicile. Pour avoir un domicile, il faut un travail, mais pour avoir un travail, il faut un compte en banque ». Pour autant, tous admettent que l’enjeu en vaut la chandelle. « Une fois que tu as envoyé le milliard de papiers, tu as presqu’autant de droits qu’un Français », se réjouit Raul. «  La bureaucratie est grotesque, mais les services publics sont fantastiques », complète Nikola, journaliste anglaise expatriée à Paris. 

A côté de la bureaucratie à la française, d’autres curiosités étonnent les expatriés. «  Il y a des ronds-points partout ! » se moque Justin. «  C’est à croire que les Français dépensent toutes les recettes fiscales à les fleurir ». 

 

Paris sera toujours Paris… ou pas !

La ville lumière est-elle conforme à la carte postale ? « A Paris, je déteste les rats, l’odeur d’urine et la saleté dans les transports » explique Analisa sans détour. La saleté « agace » aussi Christine. « Certaines personnes s’en fichent et jettent tout par terre. A Singapour, on est beaucoup plus obéissant ». 

Paris est une ville où on peut rapidement se sentir seul dans sa toute petite chambre de bonne. C’est cher et c’est beaucoup plus compliqué de se faire des amis, de trouver un logement 

Pour Nikola, notre capitale est assez stressante, « même si l’équilibre travail-vie personnelle reste bien meilleur qu’au Royaume-Uni ». Beaucoup notent que la vie est plus douce et les contacts plus faciles hors des grandes villes. 

 

Sauvons les meubles…

L’amour de la culture et de la gastronomie, l’esprit critique et la solidarité sont autant de points sur lesquels les Français sont plutôt positivement perçus. 

« L’offre culturelle, le multiculturalisme, la gastronomie, la langue… il y a tellement de choses que j’aime », s’exclame Analisa . « Je suis l’une de ces filles typiques qui voyait Paris dans les films et pensait que tout est beau ; la littérature, les galeries d’art » raconte Nikola. « Sur bien des aspects, c’est vrai. J’aime les relations avec les petits commerçants, le soin que les Français prennent à passer à la boulangerie, la fromagerie. Au Royaume-Uni c’est bien plus impersonnel ». 

Notre amour obsessionnel pour la bonne chère en fascine plus d’un. De même que notre capacité à exprimer nos opinions. « La première fois que quelqu’un m’a dit « je ne suis pas d’accord avec toi », je ne savais pas comment réagir »,  avoue Reiko. « Au Japon, on essaie souvent de trouver des moyens détournés de le faire comprendre, tout en souriant. Les Français eux,  quand ils ne sont pas contents, ils le disent et le montrent, même les vendeurs avec leurs clients », poursuit-elle. « Je suis très admirative de la façon dont les Français parlent à leurs supérieurs » corrobore Nikola. « Ils n’ont pas du tout peur de dire ce qu’ils pensent, ce qui rend les réunions parfois conflictuelles ». Selon Joan,

Le contexte social est beaucoup plus sympathique, les Français adorent discuter, débattre 

En dépit des difficultés, ils sont nombreux à être très sensibles aux gestes de solidarité des Français. «  Quand je suis arrivé, une Française m’a accueillie dans son salon pendant neuf mois. Quelqu’un m’a donné un job d’été, puis j’ai passé deux ans avec une famille. J’ai reçu des témoignages de solidarité incroyables », se souvient Raul. « Ils sont hésitants,  mais ensuite c’est super. Les gens m’aident quand ils voient que je fais des efforts », renchérit Christine. « Une fois que l’on connaît les gens, ils sont vraiment amicaux, adorent discuter et font attention à vous. On ne nous traite plus comme des étrangers », conclut Joan.

 

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Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
23 Commentaire (s)Réagir
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leila CHADLI sam 28/07/2018 - 09:08

MOi aussi je trouve le comportement des francais parfois limite;. toujours à chipoter sur la nourriture, quand ils ne connaissent pas , se méfient enormément... c'est assez condescendant et rabaisssant. POur la froideur, ce n'est meme plus de la froideur, c'est presque de l'indifférence.

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green dim 20/05/2018 - 09:04

Je peux confirmer après avoir passer 10 ans en France que les Français sont froids et peu accueillants. Ils se plaignent que les anglais ne s’intègrent pas, je suis anglais, mais j'ai appris que les français ne veulent pas que les anglais s'intègrent et surtout pas les maghrébins.

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Stephane ven 06/04/2018 - 17:32

Mon sentiment, en tant que français expatrié, c’est que nous autres français, nous sommes des enfants gâtés. Nous ne rendons pas compte des privilèges dont nous disposons, un Etat social, des infrastructures publiques de bonne qualité (en général, on mettra un bémol au transport public parisien), un climat globalement agréable, une richesse culturelle et artistique, un passé qui fait de nos villes probablement les plus belles du monde. Du coup, on râle pour tout. On râle sur la situation du pays, on réclame le changement, et lorsqu’un politique tente une réforme, c’est la révolution. On veut le changement, mais pour les autres. Mais on est tous l’autre de quelqu’un… On se plaint de ne pas avoir une croissance aussi forte que nos voisins, mais nous oublions que nous ne subissons pas de décroissance lorsque nos voisins souffrent. On se plaint des impôts élevés mais on oublie qu’une fois qu’on a payé ses impôts et son logement, nous n’avons plus vraiment de frais importants à couvrir car tout le reste (éducation, santé…) est gratuit ou presque. Le français est donc grognon, un brin déprimé, et franchement, il ne devrait pas l’être, car il bénéficie d’avantages uniques au monde. C’est vrai que nous devrions prendre exemple sur certains pays, la chaleur humaine de l’Amérique Latine, la culture citoyenne et le sens du bien commun de Singapour ou du Japon, l’ouverture d’esprit des Britanniques (une forme d’anticonformisme?). Mais avant tout, nous devrions prendre conscience de nos privilèges.

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Gaelle mer 04/04/2018 - 17:46

D'accord avec cet article mais il est vrai qu'il faut faire une difference quand on va en province. A l'etranger c'est terrible; expate depuis 20 ans, je rechigne a rencontrer la communaute francaise; trop formelle, la hierarchie (par exemple dans les services de l'Ambassade ou du Consulat) est incroyablement ringuarde. De meme avec les associations d'accueil; il faut montrer pate blanche (que tu es une bonne francaise -sans parler des selections comme par ex. si tu vas a la messe ou pas...-). Le Lycee vit dans sa bulle, et se debat largue par l'AEFE... Je rencontre donc des Francais individuellement car nous avons des affiinites en commun mais pas parcequ'ils-elles sont Francais-e-s. Mes meilleur-e-s ami-e-s a l'etranger ont toujours ete les Belges, les Italiens, les Libanais avant tout. Le pire c'est une communaute qui a tendace a vivre entre elle et qui ne fait pas beaucoup d'effort pour apprendre un peu la langue du pays; on se demande pourquoi ils sont expat, je supppose pour la carriere de monsieur, souvent pas choisie par madame. Les jeunes generations vont changer cela et tant mieux! Mais Vive la France! et j'y retournerai pour ma retriate, en attendant c'est pour les vacances!

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Marielle mer 04/04/2018 - 14:56

On dit "les Français" mais comme toujours il s'agit des parisiens ou tout au moins des habitants des grandes villes. Je ne reconnais pas grand-chose dans ma vie dans un hameau de 8 habitants... Et pourtant, nous sommes tous Français.

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