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Robert Del Picchia en fin de mandat: "C’est en temps de crise que nous nous révélons"

Par Damien Bouhours | Publié le 07/09/2021 à 18:00 | Mis à jour le 09/09/2021 à 10:50
Le sénateur Robert Del Picchia

Robert Del Picchia ne se représentera pas aux prochaines élections sénatoriales. En poste depuis 1998, le sénateur des Français établis hors de France revient sur les plus beaux moments de son mandat et ceux qu'il soutient pour les prochaines Sénatoriales. 

 

J’observe avec satisfaction que les élus indépendants ont souvent vu leur travail et leur investissement récompensés

 

 

Quel bilan tirez-vous des dernières élections consulaires ?

Tout d'abord, je suis très heureux qu'elles aient pu avoir lieu. L'incertitude a marqué ce scrutin jusqu'au dernier moment dans les circonscriptions où les électeurs étaient soit confinés, soit menacés par la virulence de la pandémie dans leur pays.

Ce n'est donc pas dans un contexte serein qu'elles ont pu se tenir et on verra, à l'aune des décisions du Conseil d’État, si la faiblesse de la participation a pu, dans les pays où les restrictions à la circulation étaient importantes, fausser la sincérité du scrutin. Car, de facto, seul le vote par Internet était alors concrètement possible. Or, ce n'est pas l'esprit de la loi : le vote à distance et par anticipation ne saurait remplacer le vote à l'urne.

Auteur de la proposition de loi qui a autorisé le vote par Internet dès 2003, je suis en effet très sensible à sa mise en œuvre. Avec ma collaboratrice, Olivia Richard, nous avons pu travailler avec l'administration après le fiasco de 2006, scrutin durant lequel les électeurs avaient été invités, par courrier, à s'inscrire en amont pour pouvoir voter par Internet. À peine 10000 votants avaient alors réussi à franchir les différentes étapes.

Aujourd'hui, si beaucoup se posent la question de "l'importation" du vote par Internet aux scrutins organisés en France, force est de constater qu'il n'est pas suffisamment inclusif et laisse au bord du chemin électoral les "fracturés numériques". Les difficultés d'identification de l'électeur, notamment, sont trop grandes.

Néanmoins, il était indispensable que la démocratie ne soit pas durablement contaminée par la crise sanitaire. Toutes les grandes démocraties du monde ont organisé des élections depuis 18 mois. Je n'aurais pas admis un nouveau report et me félicite donc qu'elles aient pu avoir lieu.

S’agissant du résultat des élections, le bilan est assez difficile à faire. Les circonscriptions les plus peuplées, telles la Suisse ou la Belgique, sont traditionnellement plus politiques. La personnalisation du mandat y est plus difficile, les électeurs votent souvent pour une étiquette. On y a vu le succès des listes écologistes et En Marche.

La même tendance, toutefois, n’a pas été observée à Londres, où des listes indépendantes des partis politiques ont fait des scores remarquables. J’observe avec satisfaction que les élus indépendants ont souvent vu leur travail et leur investissement récompensés.

Certains ont parfois dénoncé la mise en avant du travail de terrain, sans affichage politique et j’en ai été surpris. C’est en réalité assez méprisant pour le mandat en lui-même : oui, bien sûr, les élections consulaires permettent la constitution du collège électoral pour les sénatoriales et il y a une dimension politique indéniable à ce vote.

Mais, d’une part, il ne faut pas confondre politique et vote partisan. D’autre part, le mandat consulaire revêt bien d’autres aspects que le vote aux sénatoriales. Le réduire à cela est fort dommage et nuit à l’image de ce mandat méconnu. Ceux qui, comme j’ai pu le lire, se sont présentés pour contribuer à l’élection d’un camp ou d’un autre à la prochaine présidentielle doivent être pour le moins étonnés aujourd’hui, au regard de la réalité du mandat de proximité qu’ils doivent désormais remplir.

Somme toute, c’est la même chose pour les conseillers municipaux : ils sont grands électeurs, peuvent parrainer un candidat à la présidentielle. L’essentiel d’entre eux ne sont pourtant pas encartés et personne ne songerait à y voir de l’hypocrisie ou une manœuvre quelconque.

 

Je regrette profondément que l'Assemblée des Français de l'étranger ait été réduite et coupée du monde

 

Quels sont les plus gros défis des élus des Français de l'étranger aujourd'hui ?

Le renforcement de leur mandat. C'est le prérequis à la portée de toutes leurs futures actions.

Le fait, indiscutable, que le poids du mandat consulaire dépend pour beaucoup des relations entretenues avec le poste ou simplement de la personnalité de chacun n'est pas nouveau. Cela n'en est pas moins hautement regrettable.

Alors que des élus parviennent à une véritable collaboration avec leur ambassadeur, leur consul ou leurs services, tandis que d'autres sont ostracisés dans leur circonscription, est le fait de la faiblesse des compétences reconnues par la loi.

L'isolement doit également être montré du doigt : je regrette profondément que l'Assemblée des Français de l'étranger ait été réduite et coupée du monde. Trop peu de conseillers des Français de l'étranger en sont membres. Trop peu de liens existent avec les autres élus, qui peinent à se faire entendre.

Je suis également convaincu que les sénateurs des Français de l'étranger ont un rôle à jouer dans l'animation du réseau des élus. Base arrière de leurs actions, ils en sont également les porte-voix. Si on se contente de transmettre les décisions ou les informations, sans écouter, sans apprendre, on vide le mandat parlementaire de toute réelle utilité.

Enfin, ajoutons que la période inédite que nous vivons hélas depuis de nombreux mois a rendu le rôle des élus de proximité absolument central. Alors que les déplacements internationaux sont si contraints, que l’accès à la vaccination comme celui au passe sanitaire en France posent tant de problèmes, les conseillers des Français de l’étranger jouent un rôle essentiel, d’abord d’information et de remontée des difficultés. C’est en temps de crise que nous nous révélons.

 

Mon objectif n'était pas de me mettre en avant, mais bien de donner des outils aux conseillers des Français de l'étranger

 

A l’aube des prochaines élections sénatoriales, quel bilan tirez-vous de votre propre mandat de sénateur ?

Il est toujours difficile de se livrer à un tel exercice, car on laisse inévitablement la place aux regrets. Je laisse aux élus et à mes collègues le soin de le faire. J'espère néanmoins avoir pu être utile.

Ancien journaliste, j'ai toujours considéré que la première des choses était de donner de l'information aux élus et à celles et ceux qu'ils représentent. Je n'ai pas voulu centrer cette information sur mon mandat. Mon objectif n'était pas de me mettre en avant, mais bien de donner des outils aux conseillers des Français de l'étranger, pour les aider dans leur mandat, afin qu’ils diffusent l’information auprès de leur communauté.

En tant qu'indépendant, nous nous sommes efforcés de donner une information neutre, non partisane et fiable, afin qu'elle puisse être utilisée par le plus grand nombre. Plus de 800 numéros du bulletin l’Hebdo indépendant plus tard, je pense que nous avons réussi à entretenir le lien avec nos milliers de lecteurs à travers le monde.

La deuxième chose est d'être un relai pour les élus. Répondre aux questions, écouter les difficultés pour identifier un problème qui serait général et ainsi pouvoir agir. Le mandat parlementaire offre un panel d'outils souvent méconnus. Dès lors que l'on renonce à l'affichage de l'action politique, on peut agir. Il est ensuite plus difficile de pouvoir s'accorder le mérite de telle ou telle avancée, mais je considère que l'essentiel est justement d'avancer.

La bonne direction pour cela est de résoudre les problèmes, un à la fois, tout en gardant en vue l'intérêt général. J’ai toujours eu une démarche pragmatique. L’opposition systématique ou le soutien aveugle me semblent contre-productifs. Certains font de la prose sans le savoir. J’ai appliqué la devise de Gérard Larcher, Président du Sénat, avant qu’il ne la formule : je ne dis jamais non par dogmatisme et jamais oui par discipline.

 

Ma plus belle réussite est le fait d’avoir pu soutenir les représentants des Français de l’étranger depuis 24 ans

 

Quelles sont vos plus belles réussites lors de vos différents mandats en tant que sénateur ? 

Ma plus belle réussite est le fait d’avoir pu soutenir les représentants des Français de l’étranger depuis 24 ans, secondé en cela par ma collaboratrice, Olivia Richard. L’Hebdo indépendant est le bulletin d’information le plus ancien et le plus régulier. C’est une réussite dont je suis très fier, car aucun autre n’a tenu la distance si longtemps.

Le vote par Internet, pour imparfait qu’il soit, est une avancée dont je suis également fier. Cela a positionné la France dans la catégorie des pays modernes en matière électorale. Je reste convaincu que c’est une avancée, même si cela reste imparfait. La perspective d’une carte d’identité numérique, qui permettra aux électeurs de s’identifier simplement, est un espoir d’amélioration et de simplification bienvenu.

Néanmoins, l’abstention est un mal toujours aussi grave et j’espère que d’autres reprendront le flambeau pour tenter de l’endiguer.  

S’agissant de la scolarité des enfants français à l'étranger, j’ai beaucoup travaillé pour la sauvegarde du réseau français et pour l’accès des enfants français aux établissements français à l’étranger.

Le coût est un problème et le système des bourses est une solution imparfaite. Augmenter l'enveloppe générale tout en maintenant des critères peu réalistes pour les obtenir n'était pas une bonne politique, car elle ne bénéfice pas au plus grand nombre. C'est le résultat qui compte. On voit bien qu'un nombre inadmissible d'enfants français ne sont pas scolarisés dans un établissement français. Rejeter un dossier (ou simplement dissuader de le déposer) parce que les parents possèdent la maison dans laquelle ils vivent, ou simplement cotisent pour un fonds de retraite, est fort dommageable.

C’est pourquoi j’ai voulu que la scolarité soit gratuite, pour tous les enfants, même s’ils étudient à l’étranger. C’était le sens de la réforme de la « prise en charge des frais de scolarité » pour les lycéens français. Les impératifs budgétaires ne permettaient pas la gratuité pour tous les niveaux d’un seul coup. On a donc choisi de récompenser les enfants qui avaient suivi toute la scolarité dans le réseau français, mais aussi pour les encourager à passer le bac français, comme un investissement pour l’avenir. Hélas, cette réforme à la mise en œuvre compliquée n’a pas survécu au changement de majorité en 2012. J’ai entendu avec amusement que le sujet revenait sur le tapi électoral. Loin d’y voir une tentative de récupération, je pense que cela confirme la pertinence de ma réforme.

Je suis également satisfait d’avoir pu alerter le gouvernement sur les dangers que font peser sur les établissements français à l’étranger, toutes catégories confondues, la crise sanitaire. Elle a entrainé des difficultés considérables pour les familles, qu’elles soient françaises ou étrangères. Une proposition de loi, des auditions et un rapport budgétaire, deux amendements plus tard… un plan de soutien important a été annoncé. C’était essentiel et je suis fier d’y avoir contribué.

Le mandat parlementaire ne se résume pas à la circonscription d’élection : au Sénat, je me suis beaucoup investi dans la diplomatie parlementaire, notamment à travers l’Union interparlementaire, la plus vieille association internationale qui réunit les parlements du monde. Ainsi, je conclurai le dernier mois de mon mandat par le Premier Sommet parlementaire mondial sur la lutte contre le terrorisme, organisé conjointement avec l’UIP et les Nations Unies. Je représenterai également le Président Larcher à la conférence mondiale des Présidents des Parlements qui se réunira à la même période.

 

Les candidats de la liste « Libres et Indépendants » menée par mon collègue Olivier Cadic ont tout mon soutien

 

Soutenez-vous un autre candidat lors de ces élections sénatoriales ?  

J’ai été élu pour la première fois au Sénat en 1998, sur une liste indépendante, portée par le Rassemblement des Français de l’étranger, le plus petit groupe de l’ancêtre de l’Assemblée des Français de l’étranger, le CSFE. Ce groupe avait été créé par 18 élus, convaincus que la transparence, le débat et la collégialité des décisions devaient prévaloir dans l’exercice de nos mandats.

J’ai été réélu en 2008 et en 2014 en conduisant des listes indépendantes de rassemblement. C’est la démarche des candidats de la liste « Libres et Indépendants » menée par mon collègue Olivier Cadic. Ils ont tout mon soutien. Cela peut surprendre, dans la mesure où nous ne siégeons pas dans le même groupe au Sénat, étant moi-même d’une sensibilité gaulliste sociale. Mon soutien est néanmoins parfaitement cohérent avec mon parcours.

D’une part, Olivier Cadic est un sénateur très actif, un homme très travailleur et disponible. Il sait se mettre au service des élus de façon pragmatique et travailler avec tous ceux qui le sollicitent pour un projet ou sur une difficulté. J’ai pu notamment apprécier la qualité et le sérieux de son travail au sein de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat. Il y est l’homme de la cyber-sécurité. Il détient également le record d’adhésion aux groupes d’amitié au Sénat !

Olivia Richard, mon bras droit depuis de longues années, est candidate en deuxième position. Juriste de grande compétence, sa connaissance des dossiers et des problématiques des Français de l’étranger est connue de tous. Sa disponibilité et le soutien qu’elle apporte quotidiennement aux élus dépassent largement le cadre des responsabilités habituelles d’un collaborateur parlementaire. Car elle croit en ce que nous faisons, en cette représentation qu’elle veut faire aboutir ; elle y trouve un sens que beaucoup ne soupçonnent pas. Son travail de thèse de doctorat marque l’importance qu’Olivia attache à la représentation et aux droits des Français de l’étranger.

Outre la proximité des prénoms qui m’a amusé, je serais très heureux de voir la relève assurée.

Je soutiens pleinement cette très belle liste qui rassemble des compétences indispensables aux élus et remercie celles et ceux qui ont accepté de la constituer avec eux.

J’espère vraiment qu’Olivier Cadic, qui le mérite largement, sera réélu. Et j’espère très sincèrement qu’Olivia Richard pourra convaincre suffisamment d’élus qu’ils gagneraient à continuer à l’avoir auprès d’eux.

 

On ne peut devenir inactif quand on a travaillé toute sa vie

 

Qu'envisagez-vous de faire à la fin de votre mandat ? 

Certains le savent, mais beaucoup l’ignorent. Ces dernières années m’ont beaucoup éprouvé, dans ma chair et dans mon âme. C’est l’heure d’une retraite bien méritée à Vienne, qui me permettra de me concentrer sur ma famille et mes amis, par qui j’ai la chance d’être entouré.

Cela ne m’empêchera pas de venir de temps en temps faire un tour au Sénat, pour voir les collègues et prendre des nouvelles de ce qui est fait pour les Français de l’étranger.   

On ne peut devenir inactif quand on a travaillé toute sa vie. J’aimerais écrire, bien sûr, pour raconter toutes les vies que j’ai eues. Peut-être arriverais-je à transmettre un peu de l’amour que j’ai de la politique française, des femmes et des hommes qui la font et du Sénat, cette maison méconnue et parfois malaimée, qui apporte pourtant tellement à notre pays, notamment grâce aux Français de l’étranger qui y siègent. 

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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