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International Women In Photo Awards, un concours sans clichés

Par Anne-Claire Voss | Publié le 03/10/2021 à 11:00 | Mis à jour le 03/10/2021 à 14:27
Affiche de l'appel à candidature d'International Women In Photo Awards, ©Marta Zgierska

Le concours photo en ligne « International Women In Photo Awards » ouvre son appel à candidatures jusqu’au 31 octobre. Pour cette 6ème année d’événements consécutifs, les co-présidentes Arantza Aramburu-Hamel et Laure Parise détaillent leur concours et témoignent sur la situation difficile des femmes photographes.

 

 

Les femmes n’avaient pas les mêmes avantages, les mêmes facilités pour travailler ou exposer leurs photographies

 

Pourquoi avoir créé l’association « Women In Photo » ?

Laure Parise : Notre association existe depuis 2003. Elle a été fondée par une photographe, Séverine Blanchet, avec laquelle j’ai vécu en Malaisie. Lors de ce voyage, elle a rencontré des photographes malaisienne, chinoise et indienne. Les femmes n’avaient pas les mêmes avantages, les mêmes facilités pour travailler ou exposer leurs photographies comparées aux hommes.

Au départ, il s’agissait d’une réunion entre femmes photographes afin de se soutenir, s’entraider et créer des expositions. Au fil des ans, le projet a évolué et l’association « Women In Photo » est née. Par la suite, la fondatrice nous a proposé de prendre les choses en main avec Arantza Aramburu-Hamel. Cela fait donc quatre ans que nous sommes co-présidentes.

 

Comment est né votre concours « International Women In Photo Awards » (IWPA) ?

Laure Parise : Il y a huit ans, je suis partie vivre aux Émirats Arabes Unis. La scène photographique était assez dynamique. Je rencontrais de nombreuses femmes photographes ! J’ai tout de suite demandé à Séverine Blanchet ce que devenait son association. Il fallait en faire quelque chose. Suite à cela, nous avons proposé de lancer « International Women in Photo Awards » pour dynamiser à nouveau « Women In Photo ». Le premier concours a eu lieu en 2017.

 

 

Nous travaillons pour l’égalité et la parité dans la société

 

En quoi consiste « Women In Photo » ?

Arantza Aramburu-Hamel : Pour le dire très simplement, nous travaillons pour l’égalité et la parité dans la société. Nous faisons ce travail par le biais de l’image, de la photographie. « Women In Photo » est un projet ambitieux. Cette association est présente partout dans le monde. Dans cette lutte, les femmes photographes ont un rôle très important à jouer et nous avons décidé de les soutenir, de les aider à travers des expositions itinérantes et grâce à notre concours « International Women In Photo Awards ».

 

 

Leur difficulté première est la rémunération

 

Quel constat faites-vous de la situation de la femme dans le monde de la photographie ?

Arantza Aramburu-Hamel : Dans notre société, nous sommes submergées d'images produites pour la grande majorité par des hommes. Alors que, dans les écoles, il y a beaucoup plus de filles que de garçons. Nous savons par le témoignage des photographes qu'il y a des pays où il est très compliqué de travailler ou de trouver des écoles en tant que femmes. L’association « Les Filles de La Photo » ont d’ailleurs sorti une étude détaillant ces inégalités. Leur difficulté première est la rémunération. Ces femmes ne reçoivent généralement pas assez de commandes et sont donc rarement photographes à plein temps. Même quand il y a une commande, elles sont souvent moins bien payées. Pour répondre à cette problématique, nous comptons mettre en place des aides financières ainsi que des nouvelles actions au sein de systèmes éducatifs.

 

 

Nous voulons ouvrir les regards, proposer des modèles aux futures photographes

 

Pourquoi créer un événement uniquement réservé aux femmes ?

Arantza Aramburu-Hamel : Dans un monde idéal, on parlerait uniquement d’artistes. Cependant, le déséquilibre est trop important. Lorsqu’une famille découvre une exposition uniquement consacrée aux femmes et qu’ils remarquent que leur travail est extrêmement bien réalisé, s’ils avaient des préjugés, ceux-ci peuvent être combattus en partie grâce à cette exposition où leur talent est presque indiscutable. Nous sommes d’accord qu’idéalement nous n’aurions pas à réaliser ce type d’événement, mais l’idéal n’est pas la réalité. Nous exposons donc dans des zones où l'accès à l'art n’est pas toujours aisé. Nous voulons ouvrir les regards, proposer des modèles aux futures photographes.

 

Photographie tirée de la série « Iluikak » par la lauréate de l’IWPA 2020, Mara Sanchez Renero
Photographie tirée de la série « Iluikak » par la lauréate de l’IWPA 2020, Mara Sanchez Renero

 

Les femmes photographes ont-elles un regard, une sensibilité différente de celui des hommes ?

Laure Parise : C’est le grand débat que nous avons chaque année. Nous organisons des tables rondes et en discutons régulièrement. Il y a des femmes qui refusent d’être catégorisé « femme photographe ».

 

Arantza Aramburu-Hamel : Actuellement, un collectif étudie des milliers de photographies afin de les analyser et comprendre quelles seraient les différences de sensibilités selon les sujets et les photographes. Il y a tout un processus parfois inconscient qui se met en place avant de prendre une photographie. Cependant, nous avons déjà observé qu’il y a des sujets auxquels les femmes vont avoir accès contrairement aux hommes.

 

 

Leurs sujets sont tournés vers les minorités, inconnus du grand public

 

Certains sujets reviennent régulièrement ?

Laure Parise : Pour notre concours, nous recevons environ un tiers des candidatures provenant d’Afrique, un tiers d’Amérique latine et un tiers d’Europe. De façon générale, leurs sujets sont tournés vers les minorités, inconnus du grand public. Elles souhaitent redonner de la dignité à certaines communautés. Ces photographes passent parfois des mois ou des années sur un sujet.

 

Pourriez-vous nous expliquer votre choix du thème « solidarité » proposé pour votre concours ?

Arantza Aramburu-Hamel : Après la crise du Covid-19, le thème « solidarité » nous est venu à l’idée. Au fil des années, nous nous sommes rendues compte qu’il était intéressant de donner un thème afin de guider certaines candidates. Nous essayons de nous coller à l'actualité. Cependant, la majorité ne suivent pas ce thème proposé.

 

Photographie tirée de la série "Les enfants de Cambronne" par une des finalistes de l'IPWA 2020, Tamara Eckhart
Photographie tirée de la série "Les enfants de Cambronne" par une des finalistes de l'IPWA 2020, Tamara Eckhart

 

Comment se déroulera "l’International Women In Photo Awards" ?

Laure Parise : L’IWPA est un concours entièrement en ligne. L’appel à candidatures est ouvert du 1er septembre au 31 octobre 2021. On compte entre 600 à 800 candidatures par an. Le site est ouvert à toutes les femmes photographes amateurs comme professionnelles. Il faut soumettre au minimum dix photos cohérentes qui correspondent au sujet traité. Tout se déroule en ligne.

 

Ensuite, il y a une équipe de pré-sélectionneurs. Nous sommes basés sur un critère de cohérence, de compréhension et d'analyse photographique. Ils sélectionnent entre 40 et 60 séries de photographies. Le jury, quant à lui, n'a strictement pas accès aux CV ou aux noms des photographes. Nous avons une grille de lecture avec des critères comme le traitement du sujet, traitement du cadrage, de la lumière. Lors des résultats, un débat est ouvert en cas de désaccord.

 

Cette année sera exceptionnelle puisque nous annoncerons les résultats le 12 mars au pavillon français de l’exposition universelle de Dubaï. De plus, une exposition rétrospective des cinq années précédentes aura lieu dans ce pavillon.

 

 

L’objectif est de mettre les femmes photographes sur le devant de la scène

 

Quelles seront les récompenses de "l'International Women In Photo Awards" ?

Laure Parise : La lauréate sera récompensée d’un appareil photo de notre sponsor officiel Canon et d’expositions itinérantes. De même pour les cinq finalistes, leurs oeuvres seront exposées à Dubaï, Kyoto, Tokyo ainsi que Genève. L’objectif est de les mettre sur le devant de la scène. Nous rêverions d’obtenir une dotation afin que ces photographes puissent financer leurs projets. Si un lecteur est intéressé, qu’il n’hésite pas à nous contacter.

 

 

Notre plateforme sera une chaîne d'information en continu sur la réalité du monde, avec une perception féminine des difficultés

 

L’association "International Women In Photo" lancera une plateforme exclusivement dédiée aux femmes photographes, pouvez-vous nous en parler davantage ?

Laure Parise: Malgré la mise en place du concours « International Women In Photo Awards », nous n’observons pas de grands changements concernant la situation des femmes photographes. L’idée de cette plateforme serait donc de se concentrer sur les femmes et de leur permettre d'avoir accès à une communauté qui pourra directement financer leurs projets et générer des revenus réguliers. Ce serait une chaîne d'information en continu sur la réalité du monde, avec une perception féminine des difficultés. Cette plateforme ne serait pas uniquement réservée aux photographes mais ouverte à toutes les femmes qui travaillent l’image.

 

Pour toute candidature au concours "International Women In Photo Awards", cliquez ici. 

Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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