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L’événement de janvier de la Banque de France annonce-t-il un essor de la blockchain?

Le 28 janvier 2025 à Paris, la Banque de France a tenu une conférence sur la vitesse et l’innovation des marchés financiers et des infrastructures de marché. Cet événement a mis en avant la blockchain comme l’une des pistes d’amélioration les plus efficaces du système financier, en raison de ses avantages potentiels. Quelles pourraient être les conséquences de cette conférence sur l’avenir des chaînes de blocs en France ?

L’événement de janvier de la Banque de France annonce-t-il un essor de la blockchain?L’événement de janvier de la Banque de France annonce-t-il un essor de la blockchain?
Écrit par Article Partenaire
Publié le 26 mars 2025, mis à jour le 28 mars 2025

Grande action blockchain de la Banque de France : que s’est-il réellement passé ?

Lors de cet événement, le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a commencé par présenter l’état actuel du système financier mondial. Il a expliqué que ce système est en pleine accélération et mutation, mais qu’il est essentiel de mettre en place des protections efficaces pour prévenir les dérives. Ces risques incluent une volatilité accrue des marchés ou des krachs provoqués par des algorithmes mal calibrés.

Les transactions actuelles nécessitent également un règlement plus rapide. En Europe, et en France en particulier, ce délai est de T+2, contre T+1 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, par exemple. Atteindre un règlement en T+1, voire T+0, permettrait de générer plusieurs avantages financiers considérables tout en réduisant les risques opérationnels, ainsi que ceux de contrepartie et de liquidité.

L’atteinte de ces objectifs en matière de vitesse, d’économies financières et de sécurité est possible grâce à la tokenisation des actifs et à la blockchain. Cependant, l’objectif n’est pas d’utiliser des stablecoins ou des monnaies numériques similaires, jugés trop risqués pour le système financier, car ils ne garantissent pas la finalité des paiements.

La solution consisterait plutôt à introduire une Monnaie Numérique de Banque Centrale (MNBC), garantissant la convertibilité entre tous les actifs tokenisés. Ce fonctionnement serait analogue à celui des monnaies commerciales, dont la convertibilité est assurée par les banques centrales.

Arrimer ainsi la chaîne de blocs à la résilience et à la stabilité du système financier central permettra aux cryptomonnaies et aux technologies associées de se développer pleinement.

La France devient-elle finalement plus réceptive à la blockchain dans le domaine de la finance ?

L’évolution du cours du Bitcoin et des autres crypto-actifs, étroitement liée à l’activité des investisseurs, sert d’indicateur de l’intérêt et de la confiance accordée aux technologies liées à la blockchain et aux cryptomonnaies. De son côté, le système bancaire français semble désormais prêt à saisir les opportunités offertes par la blockchain. Ce type de réseau soutient les cryptomonnaies en permettant des transactions sans passer par une banque centrale.

Si les crypto-enthousiastes apprécient cette liberté, l’impossibilité de contrôler ces jetons reste problématique pour les institutions financières. Les cours restent en effet très imprévisibles et excessivement volatiles. De plus, ces actifs peuvent servir à financer des activités réprimées par la loi.

Par ailleurs, toute intégration au système financier nécessite une adoption adaptée de la blockchain. Son adoption dans le système financier français passera par l’utilisation d’un token propre à chaque institution financière, après diverses expérimentations.

Comment les banques et les institutions expérimentent-elles la technologie ?

La création d’un registre unifié figure aussi parmi les expérimentations futures de la BRI (Banque des Règlements Internationaux). Le projet Agora a été lancé dans ce contexte pour tokeniser les paiements transfrontières et perfectionner le système de correspondance bancaire existant.

Les banques et institutions telles que la Banque de France ont mené des expérimentations dans ce domaine entre 2020 et 2023. L’objectif principal de cette expérimentation était de développer un système fonctionnel de gestion d’une MNBC de gros.

La première étape consistait à vérifier que les banques centrales peuvent effectivement contrôler l’offre de monnaie en MNBC de gros. L’essai s’est révélé concluant. La deuxième phase portait sur l’exploration et l’évaluation d’autres types de DLT (Distributed Ledger Technology) et de blockchains. Cette précaution visait à éviter de privilégier une technologie trop tôt, sans une connaissance approfondie des solutions disponibles.

La dernière phase de test entre 2020 et 2023 concernait l’impact écologique des technologies testées. Le Gouverneur de la Banque de France est convaincu que la tokenisation des finances offrira une solution viable aux problèmes environnementaux. Cela contribuera à réduire la consommation énergétique du système financier, qui peut devenir plus écologique grâce aux possibilités d’automatisation et de transparence offertes par la DLT.

L’expérimentation de la blockchain et des DLT s’est poursuivie au sein de l’Eurosystème entre avril et novembre 2024. L’une des technologies utilisées dans ce contexte est la DLT DLS3, propriété de la Banque de France, et intégrant une véritable MNBC interbancaire. L’expérimentation s’est faite en coopération avec des institutions financières comme la Banca d’Italia, la Banque de France et la Bundesbank.

La blockchain a été utilisée dans ce contexte pour plusieurs types d’usage, notamment :

  • émissions primaires,
  • paiements en devises croisées,
  • repos,
  • appels de marge.

Ce réseau a également été testé pour les opérations du marché secondaire, ainsi que pour la gestion d’actifs et des cycles de vie des titres. D’autres expérimentations sont encore à prévoir pour améliorer les paiements transfrontaliers. Ce volet du système financier peut être optimisé en connectant TIPS à des systèmes de paiement rapides comme UPI.

La création d’un registre unifié fait également partie des expérimentations futures de la BRI (Banque des Règlements Internationaux). Le projet Agora a été lancé dans ce contexte afin de tokeniser les paiements transfrontaliers et d’améliorer le système de correspondance bancaire existant.

La France pourrait-elle devenir la prochaine puissance européenne de la blockchain ?

Grâce aux investissements de la Banque de France dans la blockchain, l'État français s’impose progressivement comme une référence dans le domaine. L’institution possède déjà un réseau opérationnel exploitant une MNBC, démontrant ainsi son engagement à moderniser les infrastructures financières du pays. Cette avancée technologique pourrait renforcer l’attractivité de la place financière française en offrant des solutions plus rapides, sécurisées et transparentes aux acteurs du marché.

Pionnière dans l’adoption des DLT au sein du système financier central, la France a le potentiel pour devenir la prochaine puissance de la blockchain en Europe. Son engagement en faveur de l’innovation, couplé à un cadre réglementaire en pleine structuration, pourrait favoriser l’émergence d’un écosystème dynamique où banques, entreprises et institutions publiques collaborent pour exploiter pleinement les opportunités offertes par cette technologie. Si ces initiatives se poursuivent, la France pourrait bien s’imposer comme un leader incontournable du secteur, attirant talents et investissements tout en contribuant à façonner l’avenir de la finance numérique à l’échelle européenne.
 

Block chain


Au-delà de la banque, où la blockchain pourrait-elle faire bouger les choses ?

Bien que leur fonctionnement rende les chaînes de blocs parfaitement adaptées aux transactions bancaires, ces réseaux peuvent être utilisés dans une multitude de domaines.

Chaînes d’approvisionnement, soins de santé et autres secteurs qui lorgnent la technologie

Il est possible d’utiliser la blockchain dans le domaine de la logistique, par exemple. Elle simplifie le reporting et, par conséquent, la gestion des stocks et des flux, ainsi que le suivi des marchandises.

Parmi les atouts que la blockchain offre aux chaînes d’approvisionnement figurent :

  • Une meilleure traçabilité,
  • Une protection renforcée contre la fraude,
  • Une amélioration des flux d’informations,
  • Une réduction des délais et des coûts,
  • Une sécurisation de la chaîne d’approvisionnement.

Le secteur de la santé peut également profiter de cette technologie. À l’aide d’une blockchain privée, le personnel soignant peut échanger des données sensibles sur des patients, générer des dossiers médicaux de façon sécurisée et même les stocker. Cette infrastructure améliorera également la traçabilité des médicaments commercialisés. Cela est essentiel pour garantir l’authenticité de ces traitements.

D’autres domaines, tels que la politique (votes), les assurances, le commerce ou même le divertissement, peuvent également tirer parti de la blockchain.

Cas d'utilisation réels – Battage médiatique vs progrès réels

Plusieurs cas concrets d’utilisation de la blockchain existent déjà dans le monde. C’est le cas de l’entreprise Carrefour, qui a mis en place un système de suivi de sa purée Mouseline depuis 2017, basé sur la blockchain. Cet outil permettait d’obtenir plusieurs informations : lieu de provenance des pommes de terre, nom du producteur, lieu de transformation, date d’empaquetage, etc.

Dans le domaine de l’immobilier par exemple, des entreprises comme Parcl, SkyBridge Capital ou Urbanitae utilisent la blockchain pour leurs activités. Elles tokenisent les propriétés immobilières et en font un enregistrement sécurisé sur le réseau. Cela garantit un enregistrement pérenne et sûr des transactions, en toute transparence. 

Malgré cela, des défis freinent l’adoption généralisée de la blockchain. Johannes Schweifer, PDG de CoreLedger, souligne les soucis techniques de protection contre la copie, la transparence des données et les coûts élevés associés à l'évolutivité de la blockchain.

Qu’est-ce qui empêche la blockchain de se généraliser en France ?

Plusieurs freins empêchent actuellement la démocratisation de la blockchain en France. Le principal obstacle est l’absence d’un cadre juridique et fiscal permettant de réglementer clairement le déploiement à grande échelle de la blockchain.

Le règlement MiCA (Marché de Crypto-Actifs), entré en vigueur en juin 2023, pose cependant les bases d’une réglementation de la blockchain et des technologies associées. Le manque de compétences techniques ralentit également la généralisation de la blockchain en France.

Un autre frein réside dans l’obligation de transparence qu’une telle infrastructure impose aux entreprises, alors que certaines sociétés privilégient une gestion plus opaque.

La route à suivre — quel est l’avenir de la blockchain en France ?

En définitive, la blockchain a de beaux jours devant elle sur le territoire français. Cela est dû à une prise de conscience des nombreux avantages qu’elle peut offrir, tant dans le système financier que dans d’autres secteurs.

Pour parvenir à une adoption massive de cette technologie, il est urgent de mettre en place des mécanismes appropriés pour encadrer son usage. Il est également nécessaire d’investir de manière conséquente dans la recherche et le développement de solutions adaptées aux besoins locaux.

Il faudra également sensibiliser les populations et les organisations, qu’elles soient privées ou publiques, aux avantages potentiels de cette technologie. Enfin, il est indispensable de former des experts qualifiés, capables de gérer la blockchain sous tous ses aspects.

Publié le 28 mars 2025, mis à jour le 28 mars 2025