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ESCAPADES – Découvrez la beauté cachée de Garbatella

Par | Publié le 19/07/2011 à 00:00 | Mis à jour le 03/01/2018 à 06:37

Garbatella n'est pas un quartier que les circuits touristiques vous feront découvrir. A peine est-il connu par les Romains. Pourtant, il reste le vestige des quartiers ouvriers des années vingt avec un certain esprit de liberté et d'indépendance qui vaut le détour

 

Siège de la région Lazio (source: lepetitjournal.com Rome)

Inconnu des touristes et ignoré des Romains, le quartier de Garbatella est pourtant unique à Rome. Situé dans une zone comprise entre la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs au sud, la via Marco Polo au nord et encadré à l'ouest par la via Ostiense et par la via Cristofo Colombo à l'est, Garbatella est le vestige de l'urbanisation de la ville au début du XIXème siècle. On associe généralement le quartier à sa station de métro sur la ligne B et à ses barres d'HLM qui jonchent les grands boulevards mais peu d'entre vous osent aller plus loin. Cela n'est pas surprenant quand on sait que le quartier est tout aussi méconnu des Romains que des sites touristiques. Au mieux savent-ils que le Palais de la Région du Lazio borde l'avenue Cristofo Colombo. C'est un film qui a fait redécouvrir l'histoire de ce quartier. Le Journal intime de Nanni Moretti, est l'histoire d'un homme qui visite Rome en scooter. La première scène du film prend place à Garbatella. La stature internationale du réalisateur ne pouvait donc que remettre en lumière un quartier trop longtemps oublié.

Maison ouvrière typique (source: wikimedia)

S'occuper du sort des classes populaires
Le quartier voit le jour dans les années 1920 sous l'ordre des autorités publiques italiennes. Sa construction avait été lancée après l'assassinat d'Umberto Ier en 1900 (deuxième roi d'Italie) par crainte que les classes populaires n'en profitent pour réclamer de meilleures conditions de vie. La ville qui se développe industriellement en profite donc pour construire ces logements ouvriers et ainsi contenter les classes ouvrières. Rome construit donc des cités jardins dans lesquelles chaque maison dispose d'un potager pour subvenir à ses besoins. Chaque bâtisse est indépendante des autres et le confort est de grande qualité pour l'époque. L'opération est une franche réussite puisque le quartier se développe très rapidement et une réelle vie en communauté s'organise alors. Après la chute du fascisme, les idées communistes ont la part belle et le quartier devient très militant. La vie associative n'est pas en reste et se développe massivement. On retrouve beaucoup de fresques éparpillées dans le quartier qui témoignent de ce courant associatif. C'est également un haut-lieu de passion footballistique qui vit pour le club phare de la ville, la Roma. La Romanità (symbole d'appartenance aux couleurs giallorossi) y est très représentée. Il n'est d'ailleurs pas rare de remarquer les souvenirs du titre de champion de 2001 gravés sur les murs du quartier, comme Piazza Michele da Carbonara.

Entre ville et campagne
Comme dans toute l'Europe à cette période, l'essor d'industries lourdes poussent les autorités à bâtir des quartiers ouvriers. Pourtant, au moins au départ, la volonté est de recréer l'ambiance des villages de campagne car de nombreux ouvriers arrivent du sud du pays. La Piazza Benedetto Brin, au centre du quartier, fait d'ailleurs vraiment penser à la place centrale d'un petit village de Calabre, des Pouilles ou de Sicile. Pourtant, au fil des années et de l'arrivée de nouveaux travailleurs, les maisons s'empilèrent pour former de réels immeubles ouvriers, mais toujours dans une architecture très aérée. Pour chaque bâtiment son jardin et sa cour toujours très bien décorée d'arbres et autres plantes. On remarque aussi les traces du passé, les affiches politiques d'hier et d'aujourd'hui, le style fasciste si rigoureux mais aussi le militantisme qui a régné dans la zone après la seconde guerre mondiale. La Piazza Michele da Carbonara est aussi unique en son genre. On l'a surnomme, la place "dei alberghi". En effet, il y fut construit de grands bâtiments accueillant les services essentiels à la vie du quartier. Le jaune pour le poste de police, le blanc pour la maternité et le rouge pour le campanile. Cela permettait aussi de contrôler plus facilement les va-et-vient de la population ouvrière qui débarquait pour travailler et qui éveillait les soupçons des autorités fascistes. Aujourd'hui, seul le campanile est resté en l'état, les deux autres étant devenus des appartements particuliers. En attendant, l'esprit de Garbatella est resté intact et le quartier vaut le détour pour ceux qui voudraient découvrir une Rome différente de celle décrite sur les cartes postales.

Jean-Marie Cornuaille. (www.lepetitjournal.com - Rome) mardi 19 juillet 2011

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