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Voyages temporels - Les pendants d’oreilles

Par Patrick KERSALE | Publié le 03/02/2021 à 23:00 | Mis à jour le 03/02/2021 à 05:36
Photo : © Patrick Kersalé
DEVATAS ANGKOR VAT PENDANTS D'OREILLES

Certains objets, concepts et croyances aux origines pluriséculaires constituent le génome des peuples et les caractérisent. Au Cambodge, terre de concept de l'impermanence, Patrick Kersalé se livre depuis près de dix ans à une quête sur la permanence qu'il dépeint dans ses ”Voyages temporels”.

Aujourd’hui : Les pendants d’oreilles

 

L’iconographie angkorienne regorge de représentations d’oreilles dont les lobes distendus laissent apparaître un trou ou des pendants ornementaux de tailles et formes diverses. À cette époque, c’était la norme représentative pour les divinités et les humains, quel que soit leur genre ou leur âge puisque le percement des lobes était réalisé dès le plus jeune âge.

 

 

À l’époque du Bayon, la reine Jayarajadevi, première épouse du roi Jayavarman VII, apparaît dans plusieurs sculptures avec des anneaux multiples. Cette pratique dépasse les clivages religieux puisqu’on la retrouve à la fois chez les animistes, les hindouistes et les bouddhistes. Pour ne parler que de l’Asie du Sud-Est du XXe siècle, ce phénomène étendait ses ramifications des ethnies montagnardes animistes des confins frontaliers du sud Laos, centre Vietnam, nord Cambodge jusqu’à Bornéo, en passant par le nord de la Thaïlande et du Myanmar. Si cette pratique a disparu chez les Khmers, elle s’est maintenue au Cambodge chez certaines minorités ethniques jusqu’au milieu du XXe siècle puis a décliné.

 

Boucle d'oreilles Angkor

© Patrick Kersalé

 

En 2006, nous avons rencontré, au sud du Laos, des femmes de l’ethnie lawae âgées d’une cinquantaine d’années qui portaient des labrets en plastique (autrefois en ivoire). Puis en 2010, au Mondulkiri, une femme Bunong d’environ 80 ans avec de simples anneaux au bout de lobes distendus.

 

Femmes Buongs et LAWAE
À gauche, Bunong (Cambodge, Mondulkiri, 2010). À droite, Lawae (Laos, Sékong, 2006). © P. Kersalé

 

Cette chamane de l’ethnie kreung, en plus d’avoir les lobes distendus, porte des bracelets de cuivre similaires à ceux de l’époque angkorienne.

Chamane mondolkiri Cambodge
© P. Kersalé

 

Aujourd’hui encore, chez les Dayak de Bornéo, de nombreuses femmes âgées portent de lourds pendants de bronze et des anneaux multiples, semblables à ceux des Khmers angkoriens.

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Patrick KERSALE

Patrick Kersalé est un ethno-archéo-musicologue français spécialisé dans l’étude des instruments et les danses anciennes du Cambodge. Il a reconstruit l’instrumentarium musical angkorien.
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Raphael Ferry

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