Touk Teuv Kampong Neuv : traditions khmères face à la modernité à Phnom Penh
Présentée à Phnom Penh, l’exposition « Touk Teuv Kampong Neuv » réunit les photographies de Jean‑François Perigois et les peintures de Chhim Sothy. Un dialogue artistique autour des mutations culturelles du Cambodge contemporain, entre héritage khmer et transformations urbaines.


Une exposition en deux lieux à Phnom Penh
L’exposition « Touk Teuv Kampong Neuv » est présentée simultanément à The Gallerist, jusqu’au 8 mars 2026, et à l’hôtel Raffles Le Royal, jusqu’au 15 avril 2026. Ce projet, initié par le photographe Jean‑François Perigois, prolonge une première collaboration avec l’établissement de Phnom Penh autour des danseurs traditionnels khmers.
Cette nouvelle exposition élargit le regard porté sur ces figures en les inscrivant dans un dialogue avec la peinture contemporaine de l’artiste cambodgien Chhim Sothy.
Photographie et peinture face aux transformations de Phnom Penh
Installés au Cambodge depuis de nombreuses années, Jean‑François Perigois et Chhim Sothy partagent une observation attentive des mutations rapides de Phnom Penh. Leurs œuvres interrogent la coexistence entre traditions artistiques profondément ancrées et modernité urbaine en pleine expansion.
Les photographies mettent en scène des figures issues du théâtre et de la danse traditionnels khmers confrontées au paysage contemporain de la capitale, marqué par la verticalité des immeubles et la transformation accélérée de l’espace urbain. La campagne cambodgienne apparaît également comme un lieu de tension entre continuité culturelle et changement.
Le regard de Jean‑François Perigois sur une ville en mutation
Photographe français installé en Asie du Sud‑Est depuis le début des années 2000, Jean‑François Perigois développe un travail centré sur l’observation du réel. Phnom Penh occupe une place centrale dans son œuvre, abordée sans volonté explicative mais à travers ses rythmes, ses silences et ses contrastes.
« Je vis et je photographie au Cambodge. Non pas comme un observateur de passage, mais de l’intérieur — au rythme de la ville, de ses transformations et de ses tensions silencieuses », explique‑t‑il. « Cette modernité est réelle, puissante, irréversible. Elle fascine autant qu’elle inquiète ».
Ses images ne relèvent ni de la nostalgie ni de l’exotisme, mais documentent une coexistence parfois tendue entre formes artistiques ancestrales et environnement urbain contemporain.
Chhim Sothy, une réponse picturale khmère
Invité à dialoguer avec les photographies, Chhim Sothy propose une série de peintures intégrant collage et symbolisme. Artiste cambodgien reconnu, il associe motifs traditionnels khmers et techniques contemporaines, dans un travail nourri par le bouddhisme, la mythologie et l’histoire récente du Cambodge.
Ses œuvres convoquent des figures telles que le Bouddha, les apsaras ou les récits du Reamker, intégrées à des compositions traversées par des lignes architecturales modernes. « À travers mon art, je cherche à exprimer les complexités émotionnelles des changements rapides de Phnom Penh ».
Figures mythologiques et héritage vivant
L’exposition accorde une place centrale aux personnages du théâtre et de la danse traditionnels khmers, porteurs de significations symboliques précises.
Krong Krud (Garuda), figure majeure de la mythologie khmère, est une créature semi‑divine, mi‑humaine mi‑aigle. Représentant le monde céleste, il incarne le pouvoir, la protection et la souveraineté. Monture du dieu Vishnou, il est aussi l’ennemi juré du Naga, le serpent, symbolisant la lutte cosmique entre le ciel et la terre ou l’eau.
Preah Ang Lin Thong incarne l’idéal du jeune prince khmer. Sa posture raffinée et son costume de brocart doré, surmonté d’une haute couronne, symbolisent la pureté, la vérité et le mérite accumulé. Son nom, signifiant « langue d’or », renvoie au pouvoir sacré de la parole : ce qu’il énonce est porteur de vérité immuable.
Preah Neang Khlaing Phu est représentée comme une princesse dotée non seulement de beauté, mais aussi de force et de savoir, notamment dans les domaines magique et martial. Figure active et indépendante, elle incarne la mère protectrice. Dans de nombreuses régions du Cambodge, des personnages similaires sont vénérés comme esprits féminins ancestraux, garants de la prospérité et de la sécurité locales.
Avec Trey Chpin Meas, le « poisson d’or », l’exposition quitte le monde des héros humains et divins pour celui de la faune mythologique. Inspirée d’un poisson bien réel du Mékong et du Tonlé Sap, cette figure devient un symbole de prospérité, de liberté et de métamorphose. Le terme « meas », signifiant l’or, renvoie à la richesse que l’eau apporte au peuple khmer.
Enfin, Preah Bat Kalaya appartient à la tradition littéraire des Sastra L’beung, les romans en vers. Prince idéal par sa noblesse et sa bravoure, son destin est marqué par la séparation, l’exil et les épreuves surnaturelles. Souvent associé à des objets magiques attestant de sa lignée royale, il incarne la figure de l’homme confronté à la perte et à la quête de ce qui lui a été arraché.
Un proverbe khmer comme fil conducteur
« Touk Teuv Kampong Neuv » est un proverbe khmer signifiant « le bateau part, le port demeure ». Il exprime l’idée d’un changement ambivalent, porteur à la fois de progrès et de fragilités. L’exposition s’appuie sur cette image pour interroger l’équilibre entre préservation de la culture khmère et développement urbain rapide, notamment à Phnom Penh.
« Tradition et modernité ne s’annulent pas, elles se frottent l’une à l’autre », résume Jean‑François Perigois. Une réflexion ouverte sur l’avenir d’un patrimoine vivant confronté à la transformation accélérée de son environnement.
Informations pratiquesFini le15avr.
Jusqu'au 15 avr. à 20:00
Adresse
The Gallerist
12006 Phnom Penh






