Le Cambodge recule dans le classement 2025 de l’Indice de perception de la corruption. Ce résultat ravive les interrogations sur la gouvernance, la transparence institutionnelle et la confiance des investisseurs.


La corruption fait rarement s’effondrer un pays du jour au lendemain. Elle s’installe progressivement dans les institutions, altère les opportunités et fragilise la confiance du public, jusqu’à rendre les dégâts difficiles à inverser.
L’Indice de perception de la corruption (CPI) 2025 rappelle cette érosion à l’échelle mondiale. Le Cambodge y figure à la 163e place sur 182 pays, contre 158e en 2024. Ce recul renvoie à des défis persistants en matière de gouvernance et de transparence.
Des responsables gouvernementaux ont qualifié ce classement d’« insensé ». Il n’est toutefois pas rare que des gouvernements contestent des évaluations défavorables tout en mettant en avant celles qui leur sont favorables. Que l’on partage ou non ses conclusions, le CPI fonctionne comme un indicateur : il ne saisit pas toutes les nuances, mais il met en lumière des fragilités structurelles.
Une tendance mondiale préoccupante
Le rapport 2025 souligne que la corruption demeure un problème mondial majeur, avec des progrès limités. Le recul démocratique, l’affaiblissement des mécanismes de contrôle et la pression accrue sur la société civile et les médias indépendants sont relevés dans de nombreuses régions.
Même des économies avancées comme le Royaume-Uni ou les États-Unis ont vu leurs scores se dégrader, atteignant des niveaux historiquement bas. Les préoccupations portent notamment sur le financement politique opaque, les pratiques d’accès contre paiement ou les pressions exercées sur des militants et des journalistes.
Si 31 pays ont réduit de manière significative la corruption depuis 2012, la tendance générale reste préoccupante. La moyenne mondiale est tombée à 42, et plus des deux tiers des pays obtiennent un score inférieur à 50. Ces données suggèrent un ralentissement, voire un recul, des efforts de lutte contre la corruption.
Des conséquences concrètes pour la population
Au-delà des chiffres, l’échec des politiques anticorruption a des effets directs sur les citoyens. La corruption détourne des ressources publiques, affaiblit les services essentiels, retarde les infrastructures et accentue les inégalités.
Les jeunes générations, en particulier, peuvent voir leurs perspectives limitées par des systèmes où les relations priment sur les compétences. Dans un pays classé parmi les moins avancés, confronté à des institutions fragiles et à une vulnérabilité économique persistante, ces dérives pèsent sur les trajectoires individuelles et collectives.
Ne pas traiter ces enjeux affecte non seulement l’image internationale du Cambodge, mais aussi les conditions de vie à l’intérieur du pays. Cela peut enfermer certaines communautés dans des cycles de précarité et décourager l’initiative économique formelle.
Des fragilités institutionnelles mises en lumière
La corruption ne relève pas d’une cause unique. Elle est systémique, ancrée dans des pratiques et des structures. Lorsque les réglementations sont faibles et que leur application manque de constance, les abus de pouvoir peuvent prospérer. Dans un espace civique restreint, la société civile et les médias rencontrent des difficultés à exercer pleinement leur rôle de contrôle.
Les citoyens, pour leur part, expérimentent la qualité de la gouvernance au quotidien : dans les tribunaux, dans l’accès aux services publics, dans l’application des règles. L’état de droit, l’égalité de traitement et la responsabilité des autorités ne sont pas des concepts abstraits ; ils conditionnent la vie de tous les jours.
Les récentes tensions frontalières et les défis sécuritaires ont également mis en évidence certaines faiblesses institutionnelles, à un moment où l’ordre international fondé sur des règles apparaît fragilisé. Reporter les réformes liées à la petite corruption pourrait rendre plus difficile encore le traitement des problèmes structurels plus profonds.
Réformes et responsabilité partagée
Une évolution durable suppose un leadership capable de renforcer des institutions indépendantes, de promouvoir l’intégrité et d’inscrire l’action publique dans une perspective de long terme. Le déni ne résout pas les difficultés ; des réformes, même graduelles, peuvent contribuer à restaurer la confiance.
La lutte contre la corruption ne relève pas uniquement des autorités. Elle implique également les citoyens, la société civile et l’ensemble des institutions publiques. Des outils comme le CPI ne constituent pas des jugements définitifs, mais des instruments d’analyse qui mettent en évidence des vulnérabilités et des axes d’amélioration.
Refuser de reconnaître ces failles comporte un risque : celui de reporter le coût des dysfonctionnements sur les générations futures. Admettre l’existence du problème, ouvrir un débat public et engager des réformes structurelles constituent des étapes nécessaires pour que la gouvernance évolue au-delà des déclarations d’intention.
Par SAO PHAL Niseiy
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