Trois pêcheurs cambodgiens arrêtés par la marine thaïlandaise : Phnom Penh dénonce une violation de ses eaux territoriales. À Koh Kong, les pêcheurs disent vivre dans la peur.


Le gouvernement cambodgien a déposé une protestation officielle après l’arrestation, le dimanche 22 février 2026, de trois pêcheurs cambodgiens et la saisie de leur bateau par la marine thaïlandaise. Phnom Penh évoque une « incursion non autorisée » et affirme que l’opération s’est déroulée dans les eaux territoriales cambodgiennes, au large de la province de Koh Kong.
Selon le ministère cambodgien des Affaires étrangères, l’interception a eu lieu à environ 7,2 milles nautiques de Koh Yor. « Ces actions constituent une violation manifeste de la souveraineté du Cambodge, de ses eaux territoriales, ainsi que du droit international », affirme le communiqué.
Versions opposées sur la localisation des faits
Côté thaïlandais, des médias cités par The Phnom Penh Post rapportent que le First Naval Area Command considère la saisie comme intervenue en eaux thaïlandaises, à des coordonnées précises (latitude 11°31.51’ N, longitude 102°53.40’ E). L’inspection aurait révélé trois membres d’équipage incapables de communiquer en thaï, sans documents d’identité ni formalités d’entrée et de sortie du navire.
Le Cambodge, lui, demande la libération immédiate des trois hommes, la restitution du bateau, l’arrêt des patrouilles et actions de police qu’il juge illégales dans ses eaux, et des garanties pour éviter une répétition de l’incident.
Des pêcheurs pris dans l’escalade des tensions
Sur le terrain, l’affaire alimente un sentiment d’insécurité chez les marins de Koh Kong. Interrogé par CamboJA News, Yorn Mut, propriétaire de bateau et oncle de deux des hommes arrêtés, assure que la pêche se pratique dans cette zone « depuis près de deux décennies » et dit avoir immédiatement alerté les autorités cambodgiennes. « C’est injuste pour nos pêcheurs », déplore-t-il.
Il ajoute que son neveu, Ngout Rath, qui pilotait l’embarcation, aurait tenté de fuir avant d’échouer en raison d’une panne moteur. « Nous sommes inquiets pour notre sécurité… la mer est devant notre maison, mais nous ne pouvons pas sortir pêcher », témoigne-t-il encore, appelant les deux pays à clarifier les limites maritimes pour que les pêcheurs sachent où ils sont autorisés à travailler.
Un autre pêcheur, Say Mon, décrit une activité désormais « resserrée », affirmant que la marine thaïlandaise repousserait parfois des bateaux même lorsqu’ils estiment se trouver dans les eaux cambodgiennes. (CamboJA News)
Une crise frontalière plus large, un cessez-le-feu jugé fragile
Cet épisode intervient dans un contexte de relations sous tension depuis les affrontements frontaliers de fin 2025. Un cessez-le-feu a été signé le 27 décembre 2025, après plusieurs semaines de combats meurtriers et de déplacements massifs de civils, mais les autorités thaïlandaises comme cambodgiennes admettent que l’accalmie reste fragile.
Dans une interview à France 24 le 23 février 2026, le chef de la diplomatie thaïlandaise Sihasak Phuangketkeow a appelé à la désescalade, tout en rejetant les revendications territoriales de Phnom Penh et en accusant le Cambodge « d’internationaliser » le conflit. Il a également insisté sur la nécessité d’éviter toute provocation.
À Phnom Penh, le porte-parole du gouvernement Pen Bona a réaffirmé, lors d’un point presse, que le Premier ministre Hun Manet mettait en avant la paix et demandait l’application des accords et traités existants entre les deux pays. (CamboJA News)
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