Portrait : Thon Thavry, le porte étendard de l’émancipation des femmes au Cambodge

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 13/02/2022 à 02:00 | Mis à jour le 13/02/2022 à 12:06
Photo : L'auteure Thon Thavry, assise devant une étagère où figure son livre autobiographique, "A Proper Woman". (Image fournie par Thon Thavry ; et par VOD)
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À seulement 32 ans, Thon Thavry à déjà énormément de choses à raconter. Née dans une province de Kandal, elle a grandi dans une ferme, et est aujourd’hui auteure de 7 livres. Elle est considérée par ses lecteurs comme un porte-étendard de l’émancipation des femmes au Cambodge. Son livre “A Proper Woman”, récit autobiographique, rencontre un franc succès et at elle est devenue auteure et comment elle a inspiré  même été traduit en 3 langues différentes.

 

Mme Thavry a réalisé une interview avec VOD afin de raconter comment elle est devenue auteure et comment a t’elle inspirée une nouvelle génération de jeunes écrivains.

 

 

VOD : Comment vous êtes-vous lancée dans l'écriture ?

Thavry : Un rêve. Depuis l’âge de 9 ans, mon rêve était de devenir auteure. J’ai toujours su que lorsque je serais grande, je deviendrais écrivaine. Je voulais que mon identité soit reconnue comme celle d’une auteure qui a écrit tel ou tel livre. Mais je ne savais pas si cela était réalisable, car mes parents sont agriculteurs et nous vivions dans des zones rurales. Pour autant, je n'ai absolument jamais renoncé à ce rêve.

 

En 2010, Mme Thavry a participé à un séminaire d'une semaine, organisé par l'association à but non lucratif “Room to Read”, qui a réalisé un concours d'écriture de livres pour enfants. Elle a remporté ce concours et son livre a été publié.

 

 

VOD : Qu'avez vous ressenti en voyant votre livre imprimé ?

Thavry : À ce moment là j’étais tellement heureuse. Après qu'ils aient choisi mon livre, j'ai couru pour dire à mon ami que j'étais devenu une auteure. J'étais très heureuse de voir mon livre publié, même s’il n’était destiné qu’aux enfants, avec peu de pages et beaucoup d'images.

 

 

VOD : Quelle a été votre motivation pour écrire "A Proper Woman" ?

Thavry : Je travaillais avec une entreprise américaine qui était basée à Los Angeles, dans le tourisme d'aventure. Puis j’ai eu besoin d'aller aux États-Unis pour une formation d'animatrice. Au printemps 2015, cette entreprise m'a demandé si je pouvais écrire et raconter mon expérience en tant que femme khmère,  notamment sur les normes sociales et sur la pression faite aux femmes dans cette société. J'ai donc écris une histoire d'environ quatre pages, que l'entreprise a publiée, et que j’ai également mise en ligne sur mon site internet.

J’ai reçu énormément de retour pour me dire que l’article avait parlé à beaucoup de femmes cambodgiennes, qui n'ont pas la possibilité de s'exprimer. Après cela, je me suis demandé si je pouvais faire plus que ces quatre pages, je me disais que cela pouvait être intéressant. Mais je n'avais aucune expérience dans l'écriture d'une histoire destinée aux adultes.

C'était donc très difficile. J'ai travaillé et trouver des solutions par moi-même. Je suis allée dans mon village natal et j'y ai passé cinq jours.

Et je me suis alors dit qu'un livre sur les femmes à travers trois générations, se battant pour se libérer des restrictions sociales, pourrait être intéressant.

 

En effet, ma grand-mère n'a pas étudié à l'école. Et quant à ma mère, elle était intelligente et obtenait les meilleures notes, mais a été découragée parce qu'ils ne comprenaient pas la valeur de son talent. Ma mère n'a pas eu la chance qu’elle méritait. Et puis est venue ma génération, c'est moi qui ai eu de la chance, la chance de faire des études supérieures tout en étant encouragée par ma famille.

Je peux dire que je suis celle qui a brisé le cercle, car parmi les trois générations, je suis celle qui peut être indépendante et faire aussi bien que mon frère.

 

 

VOD : Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire ce livre ?

Thavry : Il m'a fallu 10 mois et 15 jours. J’ai réalisé un brainstorming d’un an avant de l’imprimer le 15 janvier 2016.

 

Thavry a auto-publié A Proper Woman, en utilisant toutes ses économies pour y parvenir. Elle a fait face à de nombreux défis à l’époque et encore aujourd’hui. L'écriture est toujours un art difficile.

"J'ai failli abandonner à deux reprises. Une fois, mon éditeur a même enlevé presque la moitié de ce que j'avais écrit", dit-elle à propos de “A Proper Woman”.

Dans le passé, l'impression non autorisée de livres - dont les écrivains ne tirent aucun profit - était monnaie courante et décourageait les écrivains. Mais elle et d'autres auteurs trouvent de plus en plus d'espoir dans la lecture et l'écriture.

 

 

VOD : Que s'est t'il passé après la publication de votre livre ?

Thavry : Une étudiante m'a envoyé un SMS il y a un an parce qu'elle avait lu mon livre et voulait me parler. Elle m'a dit qu'elle était motivée pour essayer d'obtenir de bonnes notes à l'école. Récemment, elle m'a renvoyé un message pour me dire qu'elle avait obtenu un A, j'ai alors remonté en arrière pour voir nos anciennes conversations, et elle me l’avait promis.

Une autre m’a dit qu'elle voulait se suicider. Mais quand elle a lu mon livre, elle a abandonné cette idée. Elle ne devrait pas penser à court terme, la vie a plus de cadeaux à offrir qu’on ne le pense. Dans mon livre, il y a un passage qui dit que la vie est un cadeau spécial. Cette citation a changé son état d'esprit. C'était un an après la publication de mon livre.

Ce n'est qu'un seul livre, mais la plupart de mes livres ont pour but d'inspirer les gens à ne pas abandonner leurs rêves. Les lecteurs pensent donc toujours à ce qu'ils ont lu.

 

VOD : Qu'est ce qui a changé pour les auteurs entre hier et aujourd'hui ?

Thavry : Lorsque j'ai publié mon premier livre en 2016, il n'y avait pas vraiment de jeunes auteurs. S'il y en avait eu, il aurait été être plus facile pour moi de leur demander des informations. À l'époque, c'était très difficile. Récemment, il y a beaucoup d'auteurs émergents et sur tous types de livres. Même la production de livres s'est améliorée en qualité, et il y a beaucoup plus de lecteurs qu'avant.

Les jeunes auteurs sont de plus en plus nombreux ; ils commencent à publier de plus en plus de livres. Nous nous connectons les uns aux autres grâce aux réseaux sociaux. Et il y a aussi de jeunes auteurs qui m'ont contactée pour me demander de l’aide pour savoir comment publier des livres et où ils peuvent imprimer.

 

VOD : Qu'est ce que les livres ont de si particulier pour vous ?

Thavry : Les livres expriment d'innombrables voix, et lorsque les gens lisent, ils sentent que cela peut se rapporter à leurs propres vies. Ce sont les histoires qui parlent d'espoir, de ne jamais abandonner et de se battre pour réaliser ses rêves.

 

KEAT SORITHTHEAVY

Lepetitjournal.com remercie Vodenglish.news de lui avoir permis de traduire cet article, et ansi de le rendre disponible à un public francophone.

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Raphael Ferry

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