Le point sur le secteur de la Santé au Cambodge

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 24/05/2022 à 18:30 | Mis à jour le 24/05/2022 à 06:23
Photo : CCIFC, Pascal Catry conférencier principal du Pop up de la Chambre de commerce
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Le dernier Pop up organisé par la Chambre de commerce France Cambodge s’est tenu sur le thème de la santé dans le royaume.

Le principe en est toujours le même : un conférencier, principal expert dans le thème abordé, suivi de trois autres, dresse le bilan de leur secteur d’activité, parle de ses difficultés et des solutions qu'ils ont mis en place.

 

Une quarantaine de personnes étaient venues cette fois, écouter Pascal Catry, CEO de Ucare pharmacy, depuis 6 ans.

Ucare pharmacy est le premier réseau de pharmacie au Cambodge avec une vingtaine d'officines. 

 

 

Pascal Catry a d’abord dressé un historique des deux années de crise que nous venons de vivre. Il a décrit les mesures qu'il  a mis en place pour y faire face et a conclu sur les tendances lourdes qui d’après lui devraient persister dans l’avenir.

 

La crise covid au Cambodge a connu deux grandes phases

Au Cambodge, la crise a essentiellement été gérée par l’état

En janvier 2020, le premier cas de covid est apparu dans le pays. Les mesures prises par le gouvernement ont été calquées sur celles du gouvernement chinois du zéro covid. Il fallait circonscrire les cas importés et contrôler leur transmission. Les frontières ont été fermées ainsi que les écoles. Les rassemblements ont été restreints mais la  vie quotidienne n’en ont pas été tellement bousculée si ce n’est que le tourisme international a lui, été  complètement arrêté.

 

En fin d'année 2020, il est devenu de plus en plus compliqué de maintenir cette politique. Certaines personnes n’appliquaient pas la quarantaine et en février 2021, des individus positifs s’y sont soustraits et ont diffusé le virus dans la communauté.

 

Dès lors, nous nous sommes retrouvés dans une situation de transmission communautaire. Heureusement à cette période, la politique du gouvernement avait changé. Il s’agissait d’acquérir une immunité collective en vaccinant un maximum de personnes et d'identifier les cas positifs. Cela n'a pas toujours été très simple. C’est à cette époque que des couvre-feux et  des confinements ont été imposés. 

 

Malgré tout, grâce au soutien de la Chine,  le taux de vaccination a rapidement augmenté. En novembre 2021, il a atteint un niveau suffisant pour que le gouvernement assouplisse les mesures d'entrée dans le pays.

 

A cette époque,  le Cambodge a dû  faire face à l’apparition du variant Omicron. Grâce à la forte couverture vaccinale et à la capacité de chacun de pouvoir se tester, le pays a bien géré cette période. En mars 2022 le gouvernement pouvait annoncer le lancement de la politique « la nouvelle vie avec le Covid ».

 

 Cambodgienne présentant sa carte de vaccination

 

Faire face à la crise 

Les professionnels de la santé ont perdu une partie de leur clientèle. Évidemment les touristes, mais aussi une partie de la clientèle cambodgienne  dû à un changement de comportement.

Pour Pascal Catry, les Cambodgiens, notamment les plus aisés, ont vraiment eu peur de la pandémie et se sont isolés.

 

Il a fallu aussi s’adapter à des mesures strictes et parfois brutales, le personnel ne pouvant plus venir travailler.

 

Le cas de Ucare Pharmacy

 

Directeur de Ucare, Pascal Catry nous a parlé de ce qu’il connaît le mieux : le cas de ses pharmacies.

Il a fallu s'adapter. Au départ limiter les coûts, renégocier les loyers, fermer des pharmacies, réduire les salaires avec la promesse de les rétablir dès que la situation le permettrait.

 

Il confie: 

La situation était particulièrement compliquée dans nos officines des aéroports puisque sans vol, il n’y avait plus de passager.

 

Un certain nombre de ses pharmaciens ont préféré démissionner, pour deux raisons essentielles : 

- la pression des familles qui pensaient que travailler dans une pharmacie c’était s’exposer à des risques important de contamination 

- Certains employés ont quitté l’entreprise  pour aider  le gouvernement à mettre en place les mesures qu’il avait prises.

En parallèle il fallait essayer de maintenir une activité notamment sur ce qui était le plus recherché à l'époque c'est-à-dire les masques et les gels hydro-alcooliques.

 

La première priorité a été de livrer les patients.

Pour faire face à cette double contrainte d’une clientèle demandeuse de produit de santé mais incapable ou réticente à venir dans les pharmacies, Ucare, a mis en place un service de livraison. 

 

Ce ne fut pas une mince affaire puisqu’il s’agissait pour les produits réglementés comme les médicaments, d’offrir aux patients une réponse de pharmaciens.

Ainsi, un des gros chantiers de 2021 fut de développer une application sur laquelle il s'agissait aussi de fournir des téléconseils. mais aussi un programme de fidélité, et un historique des bilans gratuits de santé que l'on peut faire dans leurs pharmacies.

 

Ucare a profité de cette période pour agrandir son offre, en proposant une gamme bien plus large que ce qui existait auparavant pour le sevrage tabagique, un élargissement de la gamme de pansements pour répondre à une demande spécifique de pansements techniques et aussi une offre de maquillage à base de produits naturels en partenariat avec des laboratoires français. Et enfin la mise en place de pré-dépistage du diabète qui rentre aujourd'hui dans le dépistage gratuit.

 

Ucare Pharmacy coin maquillage

 

Le changement de la clientèle 

Pascal Carty a constaté un changement dans la composition de sa clientèle. 

Nous sommes passés d'une situation avant Covid où nous servions environ 30 % de touristes, 30% d'expatriés et 40 % de Cambodgiens vers  la situation actuelle où les touristes ont pratiquement disparu (2%), 23 % d’expatriés, et 75 % de Cambodgiens.

 

Il a remarqué que les patients qui avaient l'habitude d'aller se soigner à l'étranger ont dû changer leurs habitudes et certains se sont rendus compte qu'ils pouvaient trouver les services de qualité au Cambodge.

Pour lui les gens se sont retrouvés devant un paradoxe. Ils ne pouvaient pas aller dans des endroits où ils pouvaient se faire soigner mais ont ressenti le besoin de prendre soin de leur santé. C'est un phénomène à peu près similaire à celui du sport qui avait été abordé dans un Pop up précédent. 

 

Pascal Caty se tourne vers l’avenir avec optimisme. Ses pharmacies ont retrouvé un niveau comparable à celui d’avant crise. Il en a même ouvert de nouvelles. 

La composition de sa clientèle a changé, il a gagné des parts de marché avec des Cambodgiens qui n’avaient pas l’habitude de se faire soigner dans le royaume.

Enfin, de nouvelles têtes sont apparues au ministère de la Santé qui ont finalement bien géré cette crise . Cela crée une opportunité de discussion sur les améliorations possibles du secteur de la santé au Cambodge.

 

 

Pour connaître l’agenda des prochains Pop up, continuer à suivre l’agenda du lepetitjournal.com, nous nous en ferons toujours l’écho.

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Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'éditon Cambodge.

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