Le dernier rapport mondial de l’organisation Human Rights Watch dresse un constat sévère sur l’évolution des libertés publiques au Cambodge depuis l’accession au pouvoir de Hun Manet. Entre pressions politiques et oublis thématiques, cet état des lieux suscite de vives réactions à Phnom Penh.


Le bilan du Cambodge en matière de droits humains continue de faire l’objet d’inquiétudes sous le mandat du Premier ministre HUN Manet. Dans son dernier rapport annuel, l’organisation internationale Human Rights Watch signale une accentuation de la répression politique, un musellement systématique des voix critiques et un rétrécissement de l’espace accordé à la société civile. L’organisation souligne par ailleurs que les violations basées sur le genre demeurent largement ignorées.
Le chapitre consacré au Cambodge s'articule autour de sept thématiques majeures : la répression politique, les restrictions imposées aux médias et à la société civile, les lois sur la citoyenneté, les attaques contre les défenseurs de l’environnement, les droits des populations autochtones, la situation des migrants et les centres liés à la cybercriminalité.
La réaction ferme des autorités cambodgiennes
Le porte-parole du gouvernement, PEN Bona, a rejeté les conclusions de ce document, qualifiant les méthodes de l’organisation de non professionnelles. Il a indiqué que les autorités ne souhaitaient pas s'attarder sur ces critiques.
« Le rapport est redondant, et le gouvernement cambodgien connaît la véritable nature de cette organisation », a-t-il déclaré, ajoutant que l'exécutif ne comptait pas perdre de temps à réagir officiellement à ces conclusions.
De son côté, BRYONY Lau, directrice adjointe pour l’Asie au sein de Human Rights Watch, a rappelé que la mission de l’organisation consiste à documenter les abus à l’échelle mondiale et à exhorter les gouvernements à respecter leurs obligations internationales. Selon elle, si le gouvernement s’inquiète de l’attention portée à sa politique, « il devrait mettre fin à ces pratiques répressives et respecter les libertés fondamentales ».
L'absence remarquée des enjeux de genre et de diversité
Une critique émerge toutefois concernant le contenu même du rapport : l’absence de sections dédiées spécifiquement aux droits des femmes et des communautés LGBT+. BRYONY Lau a reconnu cette lacune dans la structure du chapitre cambodgien, tout en précisant que des recherches récentes ont été menées sur l'impact des crédits de microfinance sur les travailleuses migrantes et les femmes autochtones.
Sue Coffey, auteure australienne spécialisée dans la défense des droits au Cambodge, souligne que les femmes et les filles du Royaume font face à des défis multiples tels que la violence domestique, la dépossession foncière ou les inégalités dans l'accès à l'éducation. Elle déplore un manque de données officielles complètes, ce qui favoriserait une sous-déclaration des agressions.
Selon les enquêtes nationales les plus récentes, plus de 21 % des Cambodgiennes auraient subi des violences physiques, sexuelles ou émotionnelles de la part d'un partenaire au cours de leur vie.
Concernant les personnes LGBT+, si les orientations sexuelles ne sont pas criminalisées par la loi khmère, l'absence de protection juridique explicite expose ces citoyens à des discriminations dans les domaines de l'emploi, de la santé et de l'éducation.
Un appel à une vigilance internationale accrue
Bien que le gouvernement présente ses réformes récentes comme une volonté d'équilibrer conservation et développement, les observateurs notent des lacunes persistantes. Pour Sue Coffey, le pays affiche des performances insuffisantes en matière de lutte contre la corruption et de respect de l'État de droit. Elle estime que ces difficultés sont exacerbées par les arrestations d'opposants et la montée des activités criminelles en ligne.
Pour favoriser un progrès démocratique, les experts préconisent une position plus proactive de la part de la communauté internationale. La pression diplomatique extérieure demeure, selon eux, l'un des rares leviers permettant d'amorcer un changement concret dans le paysage politique et social du Cambodge.
Par Teng Yalirozy
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess qui nous permet d'offrir cet article à un lectorat francophone.
Sur le même sujet



























