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Incompréhension entre le leader du syndicat Nagaworld et sa base

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 18/03/2022 à 17:00 | Mis à jour le 18/03/2022 à 02:14
Photo : Vod
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La dirigeante syndicale Chhim Sithar a déclaré qu'elle avait peut-être fait trop de compromis dans une lettre rendue publique cette semaine, demandant aux travailleurs de cesser de protester pour reprendre les négociations. Cette Lettre a été accueillie avec "déception" par les membres du syndicat

 

Sithar s'est entretenue avec VOD mercredi. Elle a évoqué la difficulté de convaincre les travailleurs de sa demande de règlement négocié de la longue grève, la formation d'un nouveau syndicat des "nouilles instantanées" à NagaWorld et la décision du gouvernement de s'immiscer dans le conflit social.

 

8 syndicalistes libérés sous caution

 

Au cours du week-end dernier, Sithar et sept autres syndicalistes emprisonnés ont signé des lettres demandant au ministère du Travail de les libérer sous caution, et ont également demandé à leurs collègues de suspendre la grève en faveur de négociations. Les huit syndicalistes ont été libérés lundi, mais trois autres travailleurs - arrêtés séparément pour des infractions au règlement Covid-19 - n'avaient pas encore été libérés au moment de la publication.

 

Mardi, le gouvernement a annoncé la tenue d'une réunion de négociation mercredi, mais Sithar a déclaré que le syndicat avait décidé de ne pas y assister parce que les trois autres travailleurs, qui sont détenus à la prison PJ de Phnom Penh, n'avaient pas été libérés.

 

Le porte-parole du ministère du Travail, Heng Sour, n'a pas répondu aux demandes de commentaires sur la tenue de la réunion. Plus tôt dans la journée, il a renvoyé un journaliste à un article de Fresh News sur la réunion de 14 heures. Le directeur du département des conflits du travail, Chroeun Theravong, n'a pas pu être joint mercredi

 

Mardi et Mercredi , les travailleurs ont continué à tenter de reprendre les manifestations devant le casino NagaWorld à Phnom Penh, mais ils se sont heurtés à une résistance accrue des autorités et de la police. À chaque tentative de reprise de la grève, les travailleurs ont été emmenés dans des bus publics vers une installation de quarantaine de Prek Pnov, ce processus se répétant jour après jour.

 

Les interrogations de la base syndicale

 

Interrogée sur l'existence de dissensions ou de conflits au sein du syndicat, Mme Sithar a admis que certains travailleurs étaient déçus par sa demande de suspension de la grève et qu'elle s'était efforcée d'expliquer les raisons de cet appel, mais qu'elle laissait aux travailleurs le soin de décider de leurs propres activités.

 

"Nous faisons de notre mieux pour trouver une issue et faire aboutir les négociations en faisant de nombreux compromis dans la lettre, comme vous pouvez le constater", a déclaré Mme Sithar.

 

"Maintenant, Nos collègues ne sont plus bouleversés, mais ils nous demandent de faire notre travail et ne de représenté qu'eux à la table des négociations", a-t-elle déclaré

 

Retenant ses larmes, Sithar a déclaré qu'elle avait probablement fait trop de compromis, mais qu'elle était également dans l'ignorance des événements qui se déroulaient à l'extérieur de la prison.

 

C'est trop de compromis. C'est déjà trop de compromis", a-t-elle déclaré. "Je n'ai pas compris les sentiments des membres qui se sentaient déçus parce que pendant ces deux mois, je ne savais pas et ne pouvais pas entendre parler de leurs mauvais traitements par les autorités.

 

 

Les travailleurs ont partagé des vidéos de Sok Narith, un ancien dirigeant syndical qui a également été libéré lundi, alors qu'il tente de convaincre les travailleurs de la décision du groupe de tenter des négociations.

 

Phat Channa, l'un des travailleurs détenus mardi, a déclaré que les manifestants ont refusé Narith et lui ont dit qu'il semblait que quelqu'un était derrière lui pour le forcer à leur parler.

 

"Ce qu'il fait, c'est sur l'ordre de quelqu'un. Je ne crois pas qu'il veuille nous faire ça", a déclaré Channa.

 

Channa a ajouté que 198 travailleurs s'étaient rendus au casino de NagaWorld mercredi et étaient maintenant de retour à l'établissement de Prek Pnov.

 

Interrogée sur la façon dont la lettre controversée a été rédigée,  Sithar a expliqué que les huit syndicalistes emprisonnés avaient été autorisés à se rencontrer et avaient rédigé une première lettre demandant leur libération et des négociations. Mais on leur a ensuite demandé d'ajouter la clause litigieuse demandant la suspension de la grève, a-t-elle ajouté. Elle ne sait pas qui est à l’initiative de cette condition depuis l'extérieur de la prison.

 

Elle a déclaré que les représentants syndicaux libérés continueraient à demander la réintégration des travailleurs qui souhaitent retourner chez NagaWorld, et une compensation équitable pour ceux qui veulent partir. Elle a ajouté que l'entreprise pourrait échanger les travailleurs licenciés contre des employés actifs qui démissionnent.

 

Personnellement, elle n'accepterait jamais de compensation et souhaite être réintégrée, mais si elle ne peut pas revenir, les membres du syndicat devront faire un choix.

 

"Je pense que les travailleurs ont le droit d'élire leur chef. », a déclaré Mme Sithar, ajoutant qu'une nouvelle direction devrait être choisie en avril 2022, lorsque le mandat actuel prendra fin.

 

La création d’un nouveau syndicat maison 

 

Cette semaine, le casino a également été le théâtre de l'introduction d'un syndicat nouvellement enregistré, selon un certificat du ministère du travail. Mais Sithar a déclaré que le nouveau syndicat ressemblait à des "nouilles instantanées" et était une fausse organisation.

 

"C'est tellement rapide. Je peux dire que c'est le record cambodgien pour le processus d'enregistrement d'un syndicat", a-t-elle déclaré. "Il suffit d'ajouter un peu d'eau chaude et c'est prêt à être mangé".

 

La gestion du conflit par le gouvernement cambodgien

 

Réfléchissant aux trois mois de protestations, Sithar a déclaré qu'elle était confuse quant à la décision du gouvernement de s'insérer dans le conflit, plutôt que de simplement faciliter une résolution entre la LRSU et NagaWorld.

Elle a déclaré :

 

"Ils ne parlent qu'au nom de l'entreprise. Même au ministère du Travail, ils parlent tous au nom de l'entreprise".

 

La dirigeante syndicale s'est également offusquée des accusations selon lesquelles le syndicat aurait accepté des fonds étrangers pour lancer une "manifestation illégale" ou tenter une soi-disant révolution de couleur, et du piratage de la part des autorités des réunions du syndicat et de ses messages privés pour les utiliser. Elle a déclaré que tout cela avait été présenté comme preuve lors de son interrogatoire au tribunal.

 

Ils sont entrés dans mon chat personnel et ont publié un message disant que j'avais l'intention de détruire NagaWorld. Pourquoi demanderais-je à retourner au travail alors que je veux détruire cette entreprise ?"

 

Ananth Baliga and Keat Soriththeavy

Article traduit avec l'aimaibe autorisation de VODenglish afin de le rendre accessible aux lecteurs francophones

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Raphael Ferry

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