Installé depuis douze ans à Siem Reap, Bernard Podevin aurait pu mener une retraite paisible. À 72 ans, cet ancien professionnel de la finance, passé par le Maroc où il dirigeait une maison d’hôtes, a pourtant choisi une autre voie : celle de l’engagement bénévole au service des Français de la région. Sans mandat officiel, sans titre particulier, il est devenu au fil des années une figure essentielle de l’entraide communautaire.


Un rêve d’Asie devenu réalité
L’histoire commence bien avant le Cambodge. À 18 ans, Bernard découvre l’Asie du Sud-Est. Le voyage est fondateur.
« Je suis tombé amoureux de cette partie du monde. Je me suis senti à l’aise tout de suite. J’étais fasciné par la végétation, les animaux, les gens, le mode de vie. »
Le rêve ne le quitte jamais. Après une carrière « quasiment normale » dans la finance et les assurances, il décide à 50 ans de tout quitter. Direction Marrakech, où il ouvre une maison d’hôtes qu’il gère pendant dix ans. Puis, à l’approche de la retraite, l’appel de l’Asie revient.
Il entame une tournée des pays d’Asie du Sud-Est. À Siem Reap, le déclic est immédiat.
« Je me souviendrai toujours. J’étais assis dans un bar près du vieux marché. Je me suis dit : c’est là que je veux vivre. Tout me plaisait. Les odeurs, les sourires, l’architecture un peu chaotique… »
La décision est rapide. Il liquide son affaire au Maroc et s’installe définitivement au Cambodge.
Une nature profondément altruiste
Si Bernard s’implique autant aujourd’hui, c’est pour lui le fruit d’une éducation.
« Ma mère était médecin de campagne. J’ai été élevé dans une famille où l’altruisme était au programme. Quand on ne sert à rien pour les autres, la vie est vaine. »
Aider les autres n’est pas pour lui une posture, mais une nécessité intime. Très vite, à Siem Reap, il constate que nombre de retraités français sont confrontés à des difficultés administratives majeures.
Le conseiller officieux des Français de Siem Reap
Siem Reap attire de nombreux retraités venus passer leurs vieux jours au Cambodge. Beaucoup ont travaillé dans le bâtiment ou dans des métiers manuels. L’informatique ne faisait pas partie de leur quotidien professionnel. « Ces gens sont complètement perdus quand il faut accéder à leur compte retraite, faire une déclaration d’impôt ou envoyer un certificat de vie. »
De bouche à oreille, Bernard devient « le conseiller tous azimuts ». Il scanne les certificats de vie, se connecte aux comptes retraite avec l’accord des intéressés, suit les dossiers bloqués, relance les administrations.« J’ai parfois l’impression d’avoir un agenda de ministre. »
Son action dépasse largement le cadre administratif.
Certains l’appellent pour les accompagner chez le médecin. D’autres pour organiser une visite à l’hôpital d’un compatriote isolé. Il met en relation, rassure, explique, accompagne.« Je ne peux pas rester indifférent face à quelqu’un en détresse. Qu’elle soit administrative ou médicale. »
Son engagement reste bénévole, discret, constant. Il n’attend rien en retour.
Les drames évitables
Au fil des années, Bernard a vu trop de situations dramatiques.
Son premier conseil est sans appel :
« Il faut s’assurer en santé. C’est indispensable. »
Il évoque le cas d’un retraité récemment diagnostiqué avec un cancer de la peau, non assuré. Scanner, traitements, déplacements à Phnom Penh : les coûts augmentent rapidement. « Une appendicite ici, c’est environ 1 400 dollars. Un accident de moto avec hospitalisation, cela peut grimper très vite. Sans assurance, c’est la catastrophe. »
Avec une petite retraite, il devient impossible d’assumer de telles dépenses. Certains sont contraints de rentrer en France sans logement ni attache.« Les assurances sont toujours trop chères avant le problème. Après, il est trop tard. »
Deuxième recommandation : s’inscrire au consulat. « Ce n’est pas obligatoire, mais c’est utile. En cas de catastrophe, les autorités savent qui est présent sur le territoire. »
Une fin de vie choisie
À 72 ans, Bernard n’envisage pas de quitter le Cambodge.« C’était mon rêve. Je l’ai réalisé. Je veux passer mes dernières années dans un endroit que j’aime, entouré de gens que j’aime. »
Au-delà de l’attachement personnel, il dit aussi avoir adopté une autre manière de vivre, inspirée de son quotidien au Cambodge.« Les Khmers ne se fâchent pas. Les conflits se résolvent par le dialogue ou par un passage d’éponge. On peut garder nos fondamentaux, mais apprendre d’eux. »
Il invite les nouveaux arrivants à s’imprégner de cette philosophie locale, faite de retenue, de patience et d’acceptation, sans renoncer pour autant à leurs propres repères.
Il ne recherche ni reconnaissance ni visibilité.
La solidarité en action
À Siem Reap, Bernard Podevin n’a pas de bureau, pas de plaque, pas de titre officiel. Pourtant, pour de nombreux Français de la région, il est un repère.
Dans l’ombre, avec patience et compétence, il incarne une solidarité concrète, quotidienne, silencieuse. Une solidarité qui ne s’affiche pas, mais qui agit.
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