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Une nouvelle génération de soignants pour la santé mentale au Cambodge

Au Cambodge, la santé mentale reste un domaine sous-doté, avec un nombre limité de spécialistes pour plus de 17 millions d’habitants. Face à ces défis, de jeunes professionnels s’engagent pour améliorer l’accès aux soins, développer la formation et intégrer davantage la santé mentale dans le système de santé.

 Une nouvelle génération de soignants pour la santé mentale au Cambodge Une nouvelle génération de soignants pour la santé mentale au Cambodge
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 12 mars 2026

Le Cambodge fait face à un manque important de professionnels de la santé mentale. Dans ce pays de plus de 17 millions d’habitants, on comptait en 2022 seulement 130 psychiatres et infirmiers spécialisés.

Face à cette situation, une nouvelle génération de professionnels s’engage pour améliorer l’accès aux soins et faire évoluer les pratiques. Soutenue par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’initiative vise notamment à renforcer les compétences des soignants et à intégrer davantage ces services dans les structures de santé primaire.

Au Cambodge, un accès encore limité aux soins de santé mentale

L’accès aux services de santé mentale reste restreint dans le pays. Pour tenter d’y remédier, le Ministère Cambodgien de la Santé a mis en place des modules de formation continue sur la santé mentale et les troubles liés à l’usage de substances, destinés aux médecins et aux infirmiers.

Depuis 2020, plus de 2 852 professionnels de santé ont suivi ces formations. L’objectif est de permettre aux soignants généralistes d’identifier plus facilement les troubles psychiques et d’orienter les patients vers des prises en charge adaptées.

Le Cambodge est également devenu le deuxième pays de la région Pacifique occidental à mettre en œuvre l’initiative spéciale pour la santé mentale de l’OMS. Ce programme vise à intégrer la santé mentale dans les politiques nationales de santé, renforcer les ressources humaines et développer les services au niveau des soins primaires.

Au Cambodge, la psychiatrie familiale au cœur de la prise en charge

Au sein de cette dynamique, plusieurs professionnels contribuent à transformer la prise en charge de la santé mentale. Parmi eux, la docteure Mayanuth Kheng, psychiatre à l’Hôpital national pédiatrique.

Son intérêt pour la psychiatrie remonte à l’enfance : « Mon père est psychiatre. En grandissant, je l’entendais dire que la plupart des problèmes viennent d’une mauvaise communication. Cela m’est toujours resté en tête. »

Après ses études de médecine au Cambodge, elle a choisi de se spécialiser en psychiatrie avant de suivre une formation complémentaire en France, centrée sur la santé mentale des enfants et des adolescents.

Dans sa pratique quotidienne, elle travaille principalement en thérapie familiale. Selon elle, les difficultés rencontrées par un enfant sont souvent liées à l’ensemble du contexte familial. Elle évoque le cas d’une lycéenne, élève brillante, qui est tombée en dépression après avoir manqué un examen important à la suite d’un malentendu avec sa mère. « Elle ne dormait plus, souffrait de maux de tête constants. La famille a consulté plusieurs médecins avant de venir en consultation de santé mentale. »

En invitant la mère à participer aux séances, la communication entre elles a progressivement évolué. « Une fois qu’elles ont commencé à s’ouvrir l’une à l’autre, les choses ont commencé à changer. »

La psychiatre souligne que la thérapie familiale permet souvent d’éviter un traitement médicamenteux : « Nous pouvons travailler par le dialogue et une communication plus claire au sein de la famille. »

Elle observe également une évolution progressive des mentalités, notamment dans les zones urbaines. « De plus en plus de parents comprennent que les difficultés d’un enfant peuvent être liées à sa santé mentale, et pas seulement à des problèmes physiques. » Selon elle, la sensibilisation reste toutefois plus limitée dans les zones rurales.

Au Cambodge, former davantage de professionnels de santé mentale

La docteure Roza Pakhona, responsable technique au département de la santé mentale et de la toxicomanie au ministère de la Santé, partage ce constat. Son engagement dans ce domaine est né d’une prise de conscience : « Lorsque nous avons une maladie physique, nous savons généralement où aller. Mais lorsqu’il s’agit de santé mentale, beaucoup de personnes ne savent pas vers qui se tourner. »

Elle se souvient d’un membre éloigné de sa famille qui, enfant, s’est soudainement mis à parler seul et à adopter un comportement inhabituel. « Les gens pensaient qu’il était victime d’une malédiction. La famille l’a emmené voir des guérisseurs traditionnels au village. » Ce n’est que six mois plus tard que la famille a compris qu’il souffrait d’un trouble mental et l’a conduit à l’hôpital. Après une prise en charge spécialisée, il a pu reprendre une vie normale.

Cette expérience a contribué à orienter son parcours vers la psychiatrie. Après avoir exercé comme médecin psychiatre, elle travaille aujourd’hui à l’élaboration de politiques et de directives nationales pour les services de santé mentale et de traitement des addictions.

Elle souligne les progrès réalisés dans certains centres de santé où des formations ont été dispensées aux soignants et aux volontaires des groupes de soutien sanitaire villageois.

« Avant, lorsque des patients se plaignaient de maux de tête, d’insomnie ou de détresse psychologique, les médecins cherchaient une cause physique sans en trouver. Même lorsqu’ils soupçonnaient un problème de santé mentale, ils n’avaient pas les compétences pour poser un diagnostic. »

Après ces formations, les professionnels sont désormais capables d’évaluer la gravité des troubles, de proposer un traitement ou d’orienter les patients vers un spécialiste.

Pour l’instant, ces programmes restent limités à quelques provinces. La responsable souhaite étendre ces formations à l’ensemble des 25 provinces du Cambodge.

Elle estime également que la formation universitaire pourrait évoluer : « Les facultés de médecine proposent aujourd’hui un enseignement général en psychiatrie. Si le programme devenait plus complet, avec des spécialisations comme la santé mentale des enfants et des adolescents, cela pourrait réellement faire la différence. »

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