Édition internationale

Leakhena des Pallières, apprendre le français pour ne jamais dépendre d’un traducteur

Ancienne pensionnaire de Pour un Sourire d’Enfant (PSE), elle en est aujourd’hui la Directrice générale. À la tête de quelque 700 salariés, Leakhena des Pallières dirige en khmer, en anglais et en français une organisation qui, en trente ans, indique avoir accompagné 15 000 enfants cambodgiens.

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Leakhena des Pallières. Photo PSE
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 7 novembre 2026

Trois langues, 700 salariés, aucun intermédiaire

Chaque jour, Leakhena des Pallières passe d’une langue à l’autre, et d’un monde à l’autre. En khmer, elle dirige ses équipes et s’adresse aux familles comme aux autorités locales. En anglais, elle travaille avec les partenaires internationaux. En français, elle échange avec le conseil d’administration de l’association, qui se réunit à Suresnes, et avec les soutiens de PSE en France.

Sous son autorité : quelque 700 salariés, en grande majorité cambodgiens mais aussi européens. Dans la nouvelle organisation de PSE, l’ensemble des directeurs lui rendent compte. Son trilinguisme est devenu la marque de son leadership : il lui permet de tenir elle-même, sans filtre ni intermédiaire, le lien entre le terrain cambodgien et les partenaires européens.

Cette maîtrise n’a rien d’un simple acquis scolaire. C’est une promesse qu’elle s’est faite enfant.

Une promesse d’enfant : se faire entendre sans traducteur

En 1995, Christian et Marie-France des Pallières découvrirent, sur la décharge de Phnom Penh, des enfants qui y travaillaient et y vivaient. Ils leur apportèrent d’abord une aide d’urgence, puis fondèrent en 1996 l’association Pour un Sourire d’Enfant. Aujourd’hui, PSE accompagne des enfants et des jeunes issus de familles pauvres, de l’école jusqu’à la formation professionnelle.

Leakhena grandit au sein de l’association, où elle fut accueillie comme pensionnaire. Elle s’attacha à ses fondateurs, que les enfants surnommaient affectueusement « Papy et Mamy », et qui, selon elle, lui firent découvrir une autre forme d’attention portée aux enfants. Elle devint plus tard leur fille.

Mais le couple retournait régulièrement en France pour ses tournées de collecte de fonds. Tous les quinze jours, il téléphonait aux pensionnaires pour prendre de leurs nouvelles, par l’intermédiaire d’une interprète. Un jour, alors qu’elle avait 10 ou 11 ans et qu’elle était trop malade pour aller à l’école, Leakhena le leur signala au téléphone. La réponse qu’elle entendit ne correspondait en rien à son état. À leur retour au Cambodge, elle comprit : la traductrice n’avait pas voulu leur transmettre cette mauvaise nouvelle.

« Elle était bouddhiste et ne voulait pas transmettre le mal. Elle leur disait que j’allais bien », raconte-t-elle. L’épisode ébranla sa confiance dans les adultes et lui fit mesurer les limites de la traduction. « Je me suis dit que je ne pouvais pas dépendre de traducteurs, qui ne traduisaient pas toujours tout ou pouvaient modifier le sens. » Ce jour-là, la petite fille décida qu’elle parlerait français.

Sur la décharge de Phnom Penh, une école de la langue et du terrain

À l’époque, le français occupait une place importante dans l’enseignement dispensé à PSE : les élèves apprenaient le khmer, puis le français et l’anglais. Mais ce fut surtout au contact quotidien des fondateurs que Leakhena forgea sa langue.

Elle accompagnait Christian des Pallières sur la décharge, participait à des traductions, visitait des familles, se rendait parfois à l’hôpital avec des femmes qu’il fallait aider. « J’ai beaucoup appris en les écoutant », explique-t-elle. « Chaque jour, j’apprenais de nouveaux mots, puis j’essayais de les utiliser dans des phrases. Je leur posais beaucoup de questions. » Les tournées en France lui offraient d’autres occasions de pratiquer.

Certaines missions étaient lourdes pour une adolescente. Le soir ou le week-end, elle partait parfois avec lui dans des villages pour venir en aide à des femmes victimes de violences et les conduire à l’hôpital. « Ce n’était pas toujours facile, mais j’aimais le faire. C’était aussi une occasion de pratiquer le français avec lui. » Très jeune, elle apprit ainsi ce qui deviendrait son métier : affronter la réalité du terrain, et trouver les mots pour la porter.

De l’enfant accueillie à la femme qui dirige

Le choix du secteur social s’inscrit dans la continuité de cette histoire. Leakhena dit avoir été marquée par l’exemple de ceux qui l’ont accueillie et par les changements qu’ils ont rendus possibles dans la vie des familles. « J’ai vu ce qu’ils faisaient pour les autres et ce qu’ils parvenaient à accomplir grâce à leur générosité et aux services rendus aux familles. Leur exemple m’a profondément marquée. »

Après le baccalauréat, elle décida de s’engager à son tour. Elle se souvenait de l’enfant pauvre et maltraitée qu’elle avait été, qui ne savait pas ce que l’avenir lui réservait. « Je me suis dit que je pouvais, à mon tour, contribuer à poursuivre le travail social. »

Celle qui fut protégée par PSE en tient aujourd’hui les rênes. Le français, appris pour se faire entendre, est devenu l’un des instruments de son autorité.

Le français, un levier d’avenir pour les jeunes de PSE

Au Cambodge, l’anglais a pris davantage de place, mais le français reste proposé aux élèves de PSE qui souhaitent l’apprendre. Leakhena y voit une ouverture vers d’autres échanges et d’autres cultures. « Parler français, cela ouvre des portes à des possibilités d’échanges et de découvertes culturelles enrichissantes. »

 

Leakhena des Pallières Directrice PSE

Photo PSE

Selon PSE, environ 250 élèves suivent aujourd’hui des cours de français, à partir de 13 ans et jusqu’aux formations professionnelles. Les enseignements sont adaptés aux filières : à l’école de commerce, les élèves apprennent à rédiger des courriels professionnels en français ; à l’école hôtelière, ils travaillent l’accueil des clients et les codes de l’hospitalité. PSE organise aussi des échanges avec des établissements français : des élèves français sont accueillis au Cambodge, et les jeunes de PSE leur font découvrir la cuisine cambodgienne.

Pour la Directrice générale, l’enjeu est désormais de transformer cette compétence en débouchés. « Il est important de développer davantage de possibilités professionnelles liées au français, afin de donner de nouvelles perspectives aux jeunes qui souhaitent l’apprendre. Il faut que cette compétence puisse déboucher sur de réelles opportunités sur le marché du travail. »

 

 

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pour en savoir plus sur PSE : https://www.pse.ong/


Le Cambodge accueille cette année le 26e Sommet de la Francophonie. Le Cambodge est-il pour autant un pays francophone ? La question reste posée et mérite un long développement.

Au Petit Journal, nous sommes allés à la rencontre de ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie au quotidien. Ils sont issus de tous les milieux et leur histoire est, à chaque fois, singulière. Qu’ils exercent dans l’enseignement, les sciences, les arts ou au sein du gouvernement, leurs profils sont multiples, mais toujours passionnants.

Retrouvez les témoignages déjà publiés en suivant ce lien : Ces Cambodgiens qui font vivre la francophonie

 

Bonnes lectures…

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