À l’approche du 20ᵉ Sommet de la Francophonie, treize organisations ont renouvelé leur appel au Premier ministre Hun Manet pour obtenir la libération des cinq militants de Mother Nature Cambodia, connus sous le nom de MNC5. Dans une lettre datée du 12 octobre, elles demandent au gouvernement de mettre en œuvre la décision du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (WGAD).


Les cinq militants, Long Kunthea, Yim Leanghy, Thun Ratha, Phuon Keoraksmey et Ly Chandaravuth, ont été condamnés en juillet 2024 à des peines de six à huit ans de prison. Leurs demandes de mise en liberté sous caution ont été rejetées à plusieurs reprises. Leur avocat a contesté les condamnations en juillet 2024, mais la procédure n’a toujours pas été examinée par la Cour d’appel.
Pour en savoir plus : Les cinq militants Mother Nature restent dans les prisons cambodgiennes
Une nouvelle lettre adressée à Hun Manet
Cette démarche fait suite à un premier courrier envoyé le 4 juin 2026 par 74 organisations européennes, asiatiques, africaines, d’Amérique latine et du Nord. Ces signataires indiquent ne pas avoir reçu de réponse, ni même d’accusé de réception, du bureau du Premier ministre.
Le groupe des treize comprend notamment Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Mother Nature Cambodia et Asia Human Rights and Labour Advocates (AHRLA).
Les organisations demandent à Hun Manet de prendre des mesures pour faire libérer les cinq militants avant le Sommet de la Francophonie. Elles estiment que l’événement placera la situation du Cambodge sous le regard des États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Organisation qui porte, elle-même, la volonté de « soutenir l’État de droit et les droits de l’Homme », comme écrit dans l’article 1 de son traité constitutif.
La détention des militants cambodgiens jugée arbitraire par l’ONU
Dans sa décision 67/2025, datée du 5 février 2026, le WGAD a conclu que la détention des MNC5 était arbitraire et injuste pour plusieurs motifs.
Le groupe de travail a contesté le fondement même de leurs condamnations pour complot contre le gouvernement, relevant l’absence d’éléments montrant que les militants avaient participé à des actes de violence ou en avaient fait la promotion. Il a également estimé que la loi sur le lèse-majesté ne pouvait, à elle seule, justifier des restrictions à la liberté d’expression ni fonder une détention. Enfin, il a conclu que les cinq militants n’avaient bénéficié ni de procès équitables ni de recours effectifs.
Ce qui constitue, à leurs yeux, autant de violations des obligations internationales que le Cambodge s’est engagé à respecter en ratifiant le Pacte international relatif aux droits civils et politiques dès 1992.
Le groupe de travail a demandé la libération immédiate des cinq militants, ainsi qu’un droit exécutoire à une indemnisation et à d’autres formes de réparation, conformément au droit international. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le gouvernement cambodgien n’a pas répondu aux demandes d’information du WGAD au sujet de l’affaire.
Le Sommet de la Francophonie, un enjeu diplomatique pour le Cambodge
Selon les organisations signataires, le Sommet de la Francophonie placera le pays hôte sous le regard de la communauté internationale. Les États membres et observateurs attendent du Cambodge qu’il respecte ses engagements internationaux, notamment en matière de droits humains.
La lettre a également été adressée à Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, ainsi qu’à plusieurs dirigeants, dont Emmanuel Macron, président de la France, Mark Carney, Premier ministre du Canada, et les chefs de gouvernement de la Belgique et du Luxembourg.
Cette lettre intervient alors que le Royaume pâtit d’une mauvaise image à l’international due notamment à la situation des droits humains et à la prolifération des escroqueries en ligne.
Noé Garde
Pour en savoir plus : Cambodge : au-delà des mots, une crise qui interroge
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