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A la découverte de Hanul lui Manuc, véritable caravansérail du XIXe

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 16/10/2019 à 00:00 | Mis à jour le 16/10/2019 à 06:51
Photo : Korinna - Operă proprie, CC BY-SA 3.0 ro, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16553744
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Avec une histoire vieille de plus de deux siècles, Hanul lui Manuc, lieu emblématique de la capitale, est fier de garder un peu de la tradition des han d’autrefois et possède encore aujourd’hui un restaurant avec terrasse, un café, une cave à vin, et un hôtel.

 

On doit la construction de ce han à un mystérieux personnage, Manuc Bei, homme d’affaires et diplomate d’origine arménienne - et pour certains espion - qui reçut la place de drogman et de conseiller de l’empire ottoman. En 1808, il devint Bei de la Moldavie, date à laquelle la construction de son han pris fin. Considéré à cette période comme un des plus grands entrepreneurs de Roumanie et un de ses plus riches citoyens étrangers, son rôle dans le développement de Bucarest fut fondamental.

 

Manuc Bei décida de construire son han dans le quartier de la Cour Royale, qui était déjà un quartier de commerçants et de marchands, comme l’indiquent encore aujourd’hui les noms de ses rues : Lipscani (marchands de biens rapportés de la ville Leipzig), Gabroveni (marchands de tissus rapportés de la ville de Gabrovo), Covaci (forgerons) ou Șelari (marchands de selles et de maroquinerie). Cette période, le début du XIXe siècle, représentait l’âge d’or des han bucarestois, véritables moteurs qui ont permis le développement économique et urbanistique de la capitale. Le terme han est d’origine turque et désigne un établissement où des voyageurs et des commerçants pouvaient faire une halte et présenter leurs marchandises. Ils comportaient en général des magasins au rez-de-chaussée et des chambres au premier étage pour les commerçants ou les personnes de passage, mais aussi des enclos pour les chevaux et les bêtes de somme. A cette période, Bucarest en comptait une trentaine, mais celui de Manuc devint un des plus fréquentés, des plus animés et des plus populaires, il permettait en plus de structurer la zone commerciale du centre. D’ailleurs l’architecture de l’auberge était innovante dans le paysage bucarestois de l’époque où les autres han ressemblaient à des petites forteresses, avec des hauts murs sans fenêtres, celle de Manuc sortait en évidence avec ses escaliers massifs en bois et ses balcons imposants.

 

C'est ainsi que vers la moitié du XIXe siècle, Hanu lui Manuc devint un véritable complexe commercial avec, au sous-sol, 15 caves voûtées, au rez-de-chaussée, 23 boutiques, deux grands salons, dix entrepôts, des salles de service, des cuisines et un tunnel pour environ 500 personnes. L'étage avait 107 chambres, la plupart utilisées pour les invités. Dans la cour intérieure, il y avait un café et un petit jardin avec fontaine artésienne. Du côté de la rivière Dâmbovița, l’auberge disposait d'une jetée en pierre avec des amarres pour bateaux. C’est durant ces années que Hanul lui Manuc connut une période de gloire. Bucarest étant une ville très cosmopolite, c’était le lieu où se donnaient rendez-vous des commerçants venus de l'étranger : turcs, bulgares, grecs, juifs, arméniens qui étaient de passage à Bucarest, mais aussi des marchants de Transylvanie ou d’Allemagne. C’est aussi entre les murs du han, dans le salon voievodal, que fut signé le traité de Bucarest en 1812 mettant fin à la guerre entre l’Empire ottoman et l’Empire russe au détriment de la Moldavie.

 

Les descriptions de l’époque mettent en avant l’effervescence et l’agitation de l'endroit : des charrettes et des voyageurs qui sortaient et entraient sans arrêt, des animaux, du linge étendu, de la fumée qui sortait de cuisines.

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Dieudonné Auguste Lancelot - Le Tour du Monde, vol 13, p.201, Domeniu public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1309521

 

Fermé pendant plusieurs années après la Révolution, il fut finalement rétrocédé à son propriétaire, Serban-Constantin Cantacuzino et réouvrit ses portes en 2011. L'endroit a gardé beaucoup de ses éléments d'origine - la porte d’entrée en fer, la vaste cour pavée et arborée, cernée d’une galerie de balcons, la véranda - éléments qui nous permettent de nous imaginer encore aujourd'hui l’atmosphère d’un authentique caravansérail du début du XIXème siècle.
 

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De la Joe Mabel - photo by Joe Mabel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=847451

 

hanul lui manuc roumanie
De la Britchi Mirela - Operă proprie, CC BY-SA 3.0 ro, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=28333625

 

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De la Floricajianu - Operă proprie, CC BY-SA 3.0 ro, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16668256

 

 

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