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L’affaire Bojarski : qui était vraiment le Polonais « Cézanne du faux billet » ?

Il était capable de tromper la Banque de France avec une précision d'orfèvre. Ceslaw Bojarski, ingénieur polonais exilé, est resté dans l'histoire comme le « Cézanne de la contrefaçon ». Pour son nouveau film en salle depuis le 14 janvier, Jean-Paul Salomé confie à Reda Kateb les traits de ce faussaire solitaire dont les techniques ont fait trembler la banque de France pendant plus d'une décennie. Qui était vraiment ce faussaire polonais ?

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Écrit par Paul Mercier
Publié le 1 mars 2026

 

 

La double vie d’un homme talentueux devenu faussaire 

Ceslaw Bojarski est né en Pologne en 1912, formé dans les prestigieuses écoles d’ingénieurs de Gdańsk. Les soubresauts de l’Histoire l’ont mené des champs de bataille de 1939 aux sous-sols secrets de la banlieue parisienne. Avec L’Affaire Bojarski, Jean-Paul Salomé confirme son attrait pour les personnages à double vie. 

Incarné par Reda Kateb (Hors Normes, Le Chant du Loup), Jan (Ceslaw dans la réalité) Ceslaw Bojarski est un réfugié juif polonais arrivé en France en 1945. Durant l’Occupation, il met ses talents au service de la Résistance en fabriquant de faux papiers. Mais à la Libération, son absence d’état civil l’empêche d’exploiter ses inventions. Relégué à des tâches subalternes, il finit par céder à la tentation : utiliser son génie technique pour fabriquer des billets de banque.

Le film suit pendant deux heures cette folle ascension : passant de la production artisanale de billets de 1000 francs en 1950 jusqu'au mythique billet de 100 francs, appelé familièrement le « Bonaparte », une copie si parfaite qu'elle sera acceptée par les guichets de la Banque de France, elle-même.

 

Le « Cézanne de la contrefaçon » : un artisan de génie

L’intérêt du film réside dans la personnalité de Ceslaw Bojarski. Surnommé le « Cézanne de la contrefaçon » pour la finesse de son trait et la qualité de son papier, il travaillait seul, là où la police soupçonnait un gang international d'une dizaine d'experts.

À son apogée, il produisait près de 1.500 billets par mois. Jean-Paul Salomé explique avoir été attiré par cette solitude du personnage, dont la passion devient chronophage, mais qui rêve en même temps de se fondre dans la masse. Face à lui, le film met en scène l'inspecteur Mattei (Bastien Bouillon), chargé de traquer celui qui humilie l'institution monétaire française.

 

© Photo : l'Affaire Bojarski / DR

 

 

Entre réalité et fiction : quelques nuances historiques

Si le film reste fidèle à l'esprit de l'affaire, il s'autorise quelques libertés narratives :

  • L'enquêteur : dans le film, l'inspecteur Mattei mène la danse. En réalité, c'est le commissaire divisionnaire Émile Benhamou qui a orchestré la chute de Bojarski en 1963, épaulé par l'officier Ducassou. 
  • L’implication familiale : le scénario insiste sur la double vie totale de Bojarski vis-à-vis de sa famille. En réalité, son épouse Suzanne (jouée par Sara Giraudeau) se doutait des activités illicites de son mari, sans pour autant en soupçonner l'ampleur pharaonique.
  • L'arrestation : alors que le film promet un final sous haute tension, la réalité est plus fortuite. Après que ses associés (dont Alexis Chouvaloff, incarné par Pierre Lottin) ont attiré l'attention en écoulant trop de billets, la perquisition à Montgeron ne donnait rien... jusqu'à ce qu'un inspecteur renverse maladroitement un verre d'eau. Le liquide, s'écoulant par les fentes du sol, révéla une trappe menant à l'atelier clandestin.

 

Comment les Polonais nous ont rendu la vie meilleure

 

Du burin à l'octet : la fin d'une ère

L'épopée de Ceslaw Bojarski marque le crépuscule du faux-monnayage artisanal. À l'heure de la numérisation et des dispositifs de sécurité complexes de l'Euro, le savoir-faire solitaire de l'ingénieur polonais a laissé place à des réseaux industriels ultra-performants qui sont plus souvent détectés par les autorités européennes. Un héritage qui perdure néanmoins sur ses terres d'origine : en 2011, la Pologne démantelait la plus grande imprimerie clandestine d'Europe, saisissant près d'un million de faux euros.

Décédé en 2003 après treize ans de réclusion, celui qui n’aspirait qu’à la reconnaissance de ses pairs a réussi l’ultime tour de force : transformer ses contrefaçons en œuvres d'art. Aujourd'hui, un « 100 francs Bojarski » s'échange sous le manteau des numismates à des prix défiant toute logique monétaire. Un dernier pied de nez à l'économie réelle pour un homme qui aura passé sa vie à brouiller la frontière entre le vrai et le faux. 

 

 

💡Un « Bojarski » vaut de l’or 

Paradoxalement, les faux billets de Ceslaw Bojarski sont aujourd'hui plus précieux que les vrais billets de l’époque. Si un authentique billet de 100 francs « Bonaparte » se négocie quelques dizaines d'euros selon son état, un exemplaire certifié « Bojarski » peut s'envoler pour plusieurs centaines, voire milliers d'euros dans les ventes aux enchères spécialisées.

Le secret du papier
Pour atteindre une telle perfection, l'ingénieur polonais ne se contentait pas de dessiner. Il fabriquait son propre papier à partir de fils de lin et de coton récupérés sur de vieux chiffons, et utilisait une machine à laver miniature pour donner aux billets un aspect semblant usagé plus vrai que nature.

Lors de son procès, les experts de la Banque de France ont dû admettre que le travail de Ceslaw Bojarski était techniquement supérieur à celui de certains services officiels de fabrication de monnaie. C’est cette précision d’orfèvre qui lui a valu son surnom de « Cézanne de la contrefaçon ». 

 

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