Plus vraie que mille mots. C'est ainsi que l'on pourrait définir la peinture d'Olga Boznanska. Cracovienne, née en 1865, elle est peut-être l'une des peintres polonaises les plus remarquables du tournant des XIXème et XXème siècle. Renommée pour ses portraits, plusieurs sont d'ailleurs admirables au Musée d'Orsay. La Galerie d'Art du XIXe siècle à Varsovie consacre actuellement, et jusqu'au 5 juillet 2026, une rétrospective exceptionnelle à cette grande artiste.


Le silence de la couleur
Lorsqu'un élève lui demande « pourquoi vos portraits sont-ils si tristes », Olga Boznanska rétorque : « ils ne sont pas tristes, ils sont vrais et silencieux »
En effet ce « voile distant », entre le spectateur et le tableau, invite au respect, c'est aussi une sorte de miroir de l'âme. Ses portraits sont profonds et empreints de vérité, elle le dit elle-même. Subtils et délicats, certes, mais ce flou n'en devient-il pas, à la longue, un défi pour nos yeux ?
A 6 ans, elle peint son premier tableau. Très vite, encouragée par ses parents (son père est polonais et sa mère française), elle prend des cours particuliers de dessin suite à ses débuts prometteurs. A cette époque, les femmes n'ont pas accès à l'université ni aux Beaux-Arts. Rappelons ainsi l'excellente peintre Stryjenska, qui a merveilleusement réprésenté le folklore polonais, se déguisait en homme en ces temps-là pour intégrer l'Ecole des Beaux-Arts.
Olga Boznańska poursuit sa formation à Munich avant de s'établir définitivement à Paris en 1898. Durant ses années munichoises, sa fascination pour Van Dyck et les maîtres hollandais, conjuguée à la découverte de James Whistler et du japonisme, marque profondément son style. Sa carrière parisienne prend véritablement son essor au Salon de la Société des Beaux-Arts.
Une femme de la belle époque : en 1900, elle reçoit une « Mention honorable » à l'Exposition Universelle de Paris
Immergée dans l'effervescence de Montparnasse, Olga Boznańska gravite au cœur d'une élite intellectuelle et artistique. Elle côtoie les figures de proue de la Belle Époque : de la poésie d'Émile Verhaeren à la prose de Henryk Sienkiewicz (Prix Nobel de littérature), en passant par les accords d'Arthur Rubinstein, spécialiste de Chopin.
En 1895, le journal Bazaar la porte au sommet en la classant parmi les douze plus grandes artistes femmes d'Europe. Cette reconnaissance mondiale l'entraîne de Paris à Berlin, en passant par Venise et Londres, avant de traverser les océans vers les États-Unis et le Japon. Couronnée d'innombrables médailles, elle s'impose comme une figure incontournable de la scène internationale.
En 1900, elle reçoit une « Mention honorable » à l'Exposition Universelle de Paris, une distinction exceptionnelle pour une femme à cette époque. Le contexte politique est alors complexe : la Pologne, rayée de la carte et partagée depuis 123 ans entre la Russie, la Prusse et l'Autriche-Hongrie, n'existe pas en tant qu'État. Ainsi, tout comme son compatriote Wojciech Weiss (dont on peut admirer les œuvres au Musée National de Cracovie), Olga est contrainte d'exposer sous la bannière autrichienne. Cette souveraineté ne sera recouvrée qu'au terme de la Grande Guerre, le 11 novembre 1918.
Le trait vrai et précieux qui sort enfin des réserves du musée
« Mes tableaux ont l'air magnifiques, car ils sont vrais, honnêtes, vierges. Sans médiocrité, sans manières, sans fausses notes. Ils sont vivants, séparés du spectateur par une sorte de voile silencieux. Ils sont dans leur propre ambiance. J'ai exposé 30 tableaux, j'aurai pu en montrer deux fois plus. Mais il manquait de place ».
Lettre de Olga Boznanska à Julia Gradowska le 20 décembre 1909.
Ne manquez pas l'énigmatique portrait de Madame de... au Musée d'Orsay. Petite confidence d'atelier : au verso de cette toile se cache une seconde œuvre, une figure espagnole peinte dans la pure tradition de Velázquez. Son titre, tout en retenue, fait écho au célèbre chef-d'œuvre de Max Ophüls‚ Madame de...
L'exposition se poursuit jusqu'au 5 juillet 2026. Bien que la scénographie soit un peu dense, elle offre une occasion rare de redécouvrir cette artiste majeure. Pour compléter la visite, les salles permanentes du XIXe siècle du Musée National abritent ses plus belles toiles, dont la célèbre composition Dans l'orangerie. Olga Boznańska est une grande peintre polonaise, figure de proue des artistes européens à l'époque...
Connue, reconnue puis méconnue, elle dormait dans les greniers du Musée National de Varsovie. Elle revoit enfin le jour pour son 160ème anniversaire nous éclairer de ses toiles de lumière pure, son voile de mariée à la peinture.
La Galerie d'Art du XIXe siècle à Varsovie consacre actuellement, et jusqu'au 5 juillet 2026, une rétrospective exceptionnelle à Olga Boznańska (1865-1940).
Cet hommage fait suite à la présentation, fin 2025, de trois de ses chefs-d'œuvre au Musée d'Orsay, une mise en lumière internationale qui s'inscrivait dans le cadre de « l'Année Olga Boznańska » décrétée par le Parlement polonais.
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