La Pologne fait son cinéma au 75e Festival de Cannes, côté compétition et côté jury !

Par Bénédicte Mezeix | Publié le 23/05/2022 à 00:00 | Mis à jour le 23/05/2022 à 06:19
Photo : Capture Festival de Cannes 2022, France TV, BRUT : conférence de presse EO Jerzy SKOLIMOWSKI
Capture conférence de presse EO Jerzy SKOLIMOWSKI Festival de Cannes 2022.2

Le Festival de Cannes est le plus grand événement cinématographique du monde et n’y voyez pas là un accès de chauvinisme mal placé, mais un fait : sa vocation est de révéler des talents multiculturels, de mettre en valeur des œuvres qui servent l'évolution du 7e art et favorisent le développement de l'industrie cinématographique à l’international.

Le Festival de Cannes a toujours soutenu les productions polonaises en distinguant les œuvres ou leurs réalisateurs : d’Andrzej Wajda, en passant par d’Andrzej Munk, Krzysztof Zanussi, Krzysztof Kieślowski ou Paweł Pawlikowski… Cette année, Jerzy Skolimowski, Agnieszka Smoczyńska, côté compétition ; Agnieska Holland et Joanna Kulig, côté jury, représentent la Pologne et sa vision du 7e art.

 

Cannes : des paillettes mais surtout, un marché du film !

Au-delà des paillettes, du tapis rouge qui au fil des années alimentent sa légende, rappelons en empruntant les mots d’André Malraux, que « Le cinéma est un art ; et par ailleurs, c’est aussi une industrie. » -  une dichotomie devenue l'essence même du Festival de Cannes, grâce à la création dès 1959, du 1er marché du film.

Aujourd’hui, ce marché réunit à lui seul plus de 12 500 professionnels du cinéma chaque année, pour présenter et découvrir près de 4000 films et projets dans les 33 salles de projection mises à leur disposition. C’est là que se joue la course aux financements du film à venir, la recherche de lieux de tournages, des rencontres - des partenaires aux producteurs issus du monde entier.

 

Du côté des réalisateurs

clap cinéma

   Jerzy Skolimowski, Compétition Officielle : une Palme d'Or à la clé ?

Agé de 84 ans, Jerzy Skolimowski a été le pilier de la nouvelle vague polonaise des années 1960. Après 7 ans loin des plateaux de tournage, il revient avec EO, adaptation du film français de 1966, Au hasard Balthazar de Robert Bresson, parabole qui suivait les vicissitudes d’une vie, celles de l'âne Balthazar et plus largement de la vie humaine - avec toute la brutalité et la douleur qu’elle comporte, de la naissance à la mort.

56 ans après le film de Bresson, Skolimowski insiste et alerte lui aussi sur les mauvais traitements infligés aux animaux en racontant l’histoire de l'âne EO, rejeté d’un cirque polonais qui devra faire faire face à la violence des hommes au cours de son errance jusqu'au Alpes, preuve s'il en est que le bien-être animal n'est toujours pas une évidence

Un film porté par casting 5 étoiles : Isabelle Huppert - qui apparait brièvement, au côté de stars polonaises comme Sandra Drzymalska et Mateusz Kościukiewicz.

Le film a été présenté mercredi 19 mai tard dans la soirée aux festivaliers. Pour raison de santé, le réalisateur Jerzy Skolimowski n’a malheureusement pas pu y assister, mais cela n’a pas empêché le public d’acclamer sa photo brandie dans l’Auditorium !

Jonathan Romney, journaliste au Screen Daily rapporte, après avoir vu le film : « La forte charge émotionnelle, la conscience écologique très contemporaine et la mise en scène, qui dans les meilleurs moments grésille même dans son étrangeté, distinguent EO des autres œuvres sur les animaux, en font un film qui tient sur ses propres sabots. »

Quant à Stéphane Gobbo, du quotidien suisse, Le Temps, il salue la performance des deux acteurs principaux qui, a tour de rôle ont incarné EO avec talent : « Il y a un prix que EO est sûr de ne pas obtenir, et c’est bien dommage. C’est celui de la meilleure interprétation, que l’on décernerait pourtant volontiers au héros du nouveau film de Jerzy Skolimowski : un âne. ».

Dans l’histoire du Festival de Cannes, seules deux productions polonaises ont déjà reçu la Palme d’Or jusqu’à présent :  L’Homme de fer d’Andrzej Wajda et  Le pianiste de Roman Polanski, souhaitons à Jerzy Skolimowski, d’être le fameux « jamais deux sans trois » !

 

 

Tous les films en compétition officielle pour la Palme d’Or

  • Holy Spider, d’Ali Abbasi (Danemark, Iran)
  • Les Amandiers, de Valeria Bruni Tedeschi (France)
  • Crimes of the Future (Les Crimes du futur), de David Cronenberg (Canada)
  • Tori et Lokita, de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique)
  • Des étoiles à midi, de Claire Denis (France)
  • Frère et sœur, d’Arnaud Desplechin (France)
  • Close, de Lukas Dhont (Belgique)
  • Armageddon Times, de James Gray (Etats-Unis)
  • Broker, de Hirokazu Kore-eda (Japon)
  • Nostalgia, de Mario Martone (Italie)
  • R.M.N., de Cristian Mungiu (Roumanie)
  • Triangle of Sadness (Le Triangle de la tristesse), de Ruben Ostlund (Suède)
  • Decision to Leave, de Park Chan-wook (Corée du Sud)
  • Showing Up, de Kelly Reichardt (Etats-Unis)
  • Leila’s Brothers, de Saeed Roustaee (Iran)
  • Boy From Heaven, de Tarik Saleh (Suède, Egypte)
  • Pacification, de Aldbert Serra (France, Espagne, Allemagne, Portugal)
  • Un petit frère, de Léonor Seraille (France)
  • La Femme de Tchaïkovski, de Kirill Serebrennikov (Russie)
  • Hi-Han (Eo), de Jerzy Skolimowski (Pologne)
  • Le Otto Montagne (Les Huit Montagnes), de Felix Van Groeningen et Charlotte Vandermeersch (Italie, Belgique, France)

 

clap cinéma   Agnieszka Smoczyńska concourt dans la catégorie : Un Certain Regard

Le deuxième film polonais (en réalité américano-britanniquo-polonais) qui est en compétition cette année est le premier film - en anglais d’Agnieszka Smoczyńska : Silent Twins, adapté du livre The Silent Twins de Marjorie Wallace, qui raconte une histoire vraie : celle des jumelles homozygotes June et Jennifer Gibbons, surnommées « les jumelles silencieuses ». Le film de Smoczyńska explore la vie des jumelles qui refusent de communiquer avec le monde extérieur. Pourtant, dans l’isolement de leur chambre, un autre dialogue se noue dans une langue inventée.

 

clap cinéma   Côté court-métrage, Olga Kłyszewicz de l’école de cinéma de Łódź !

N'oublions pas les talents de demain ! Pour sa 25e édition, La Cinef a sélectionné 13 fictions et 3 animations, réalisées par 6 réalisateurs et 10 réalisatrices, parmi les 1528 courts métrages présentés par des écoles de cinéma du monde entier. Quatre films proviennent d’écoles invitées pour la première fois et ces 16 courts métrages reflètent la diversité de l’enseignement du cinéma dans le monde.

La Polonaise, Olga Kłyszewicz de l’école de cinéma de Łódź (The Polish National Film School in Łódź ) concoure avec son film de 8 minutes : Nous ne sommes pas là demain - Jutro nas tam nie ma, dont vous pouvez découvrir un extrait.

 

 

 

Du côté des membres du jury

clap cinéma   Joanna Kulig, jury de la sélection Un Certain Regard

Joanna Kulig, au côté de Benjamin Biolay, fait partie du jury de la sélection Un Certain Regard, présidé par la comédienne italienne Valerio Golino - catégorie, où rappelons-le, concourt la compatriote de Kulig, Agnieszka Smocynska, avec Silent Twins

L’actrice polonaise a notamment joué dans le film Cold War de Paweł Pawlikowski, Prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2018, Ida, encore de Paweł Pawlikowski, Les Innocentes d'Anne Fontaine, co-production franco-polonaise qui revenait sur l'histoire vraie de religieuses polonaises violées par des soldats soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La sélection Un certain Regard, a été créée en 1978 par Gilles Jacob. Elle permet de découvrir des films originaux et audacieux, en récompensant des cinéastes encore inconnus ou peu connus.

 

L'ensemble du Jury de la sélection Un certain Regard

 

Tous les films présentés dans la sélection Un certain regard :

  • Les Pires de Lisa Akoka et Romane Gueret
  • Metronom d'Alexandru Belc
  • Retour à Seoul de Davy Chou
  • Sick of myself de Kristoffer Borgli
  • Domingo y la niebla (Domingo et la brume) d'Ariel Escalante Meza
  • Plan 75 de Chie Hayakawa
  • Beast de Riley Keough et Gina Gammell
  • Corsage de Marie Kreutzer
  • Butterfly vision de Maksim Nakonechnyi
  • Godland d'Hlynur Palmason
  • Rodéo de Lola Quivoron
  • Joyland de Saim Sadiq
  • The Stranger de Thomas Wright
  • Silent Twins d'Agnieszka Smocynska
  • Plus que jamais d'Emily Atef 
  • Mediterranean Fever de Maha Haj 
  • Le bleu du Caftan de Maryam Touzani 
  • Harka de Lotfy Nathan

 

clap cinéma   Agnieszka Holland, présidente du jury l'Oeil d'Or qui récompense le           documentaire

La réalisatrice et scénariste polonaise engagée, Agnieszka Holland, connue pour ses contributions politiques au cinéma polonais, préside le jury l’Oeil d’Or cette année. Elle a débuté sa carrière en tant qu'assistante des réalisateurs Krzysztof Zanussi et Andrzej Wajda. Liée à la France, elle y a émigré peu de temps avant l’imposition de la loi martiale en Pologne en 1981.

L’Œil d’or récompense le meilleur documentaire parmi les films de la sélection officielle - hors compétition, Un Certain Regard, Cannes Classics, et des sections parallèles - Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique.

Le jury de l’Oeil d’Or au complet :

Agnieszka Holland - Cinéaste - Présidente du Jury
Iryna Tsilyk – réalisatrice ukrainienne 
Pierre Deladonchamps – acteur français 
Alex Vicente – critique espagnol
Hicham Falah - directeur général marocain du Fidado

 

Rendez-vous le 28 mai, pour le connaître l'ensemble du palmarès du 75e Festival de Cannes !  

 

benedicte mezeix

Bénédicte Mezeix

Directrice et rédactrice en chef du site lepetitjournal.com/Varsovie, j'ai une longue expérience dans les médias : télévision, radio, presse écrite francophone et spécialisée. Mon premier voyage en Pologne date de 2010.
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