Paolo Modugno, professeur de civilisation italienne à Science Po Paris, vit en France depuis près de 20 ans. Sa connaissance croisée de la France et de l'Italie lui permet de porter un regard original sur la campagne électorale française
Comment suivez-vous la campagne ?
Je n'apprécie pas tellement la télévision, donc je m'informe par la radio et les journaux. J'écoute très régulièrement Radio France Internationale, France Info et France Culture. Et pour les journaux, je parcours les gratuits, Libération et La Croix. J'achète le Corriere della Sera et consulte son site ainsi que celui de La Repubblica tous les jours.
Quel regard portez-vous sur la campagne électorale française ?
Je la trouve très intéressante. Pour la première fois dans la Ve République, les deux figures de droite et de gauche n'ont jamais été ni Premier ministre ni président, d'où son caractère inédit. Le dynamisme et la personnalité de Nicolas Sarkozy suscitent pour nous, Italiens, pas mal d'admiration. Au-delà de son appartenance politique, c'est la performance de l'homme qui fascine, d'autant plus que la droite italienne actuelle se prépare à l'après Berlusconi. Je suis plus sceptique vis à vis des autres candidats. Pour moi, Ségolène Royal n'est pas très attractive, son langage et sa façon de se présenter ne me séduisent pas, j'étais beaucoup plus convaincu par Strauss-Khan. Mais son arrivée à ce niveau politique en tant que femme donne l'image d'une France plus moderne que l'Italie. L'image et l'impact sont forts. Quant à Bayrou, s'il est pertinent dans le traitement médiatique de la campagne, sa position me semble incongrue car le système français demeure bipolaire. Les extrêmes, de gauche comme de droite, représentent pour moi cette France qui n'arrive pas à s'adapter au monde tel qu'il est, aux réalités que sont la mondialisation et l'économie de marché.
Quelles différences voyez-vous entre le monde politique français et italien ?
L'Italie est indéniablement plus libérale que la France. Je m'amuse parfois à dire que le programme économique de Nicolas Sarkozy est plus à gauche que celui de certains partis de la coalition de Romano Prodi.
En Italie, la société civile prend beaucoup plus part au débat. Les partis sont plus puissants, comme le tissu associatif avec les écologistes, les consommateurs et l'Eglise catholique, très présente.
Contrairement à l'Italie, la France jouit d'un Etat fort et centralisé, qui semble davantage protéger la classe politique. Les affaires en Italie font davantage l'objet d'enquêtes et se trouvent à la Une des journaux pendant des semaines. En France, c'est plus rapidement classé.
Propos recueillis pour l'édition de Milan du 28 février par Nathalie ROUVEYRE (www.lepetitjournal.com - Rome) mercredi 18 avril 2007
A consulter sur lepetitjournal.com, Le Petit Journal de la présidentielle



































