Édition internationale

La première encyclique du pape Léon XIV : et l’Homme créa l’IA

Un an après son élection, le pape Léon XIV signe sa première lettre encyclique « Magnifica Humanitas » dans laquelle le souverain pontife appelle à protéger l’Humanité à l’ère de l’IA.

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© Wikimedia Commons Ricardo Perna
Écrit par Thomas Bidault
Publié le 26 mai 2026

Dans sa première encyclique publiée ce 25 mai, le pape Léon XIV traite des grands défis de notre temps dans une lettre composée de cinq chapitres. C’est aux côtés de Christopher Olah, cofondateur du chatbot Claude, que le pape a présenté ses réflexions sur l’intelligence artificielle générative et ses implications dans la société. Réputée plus déontologique, la plateforme est l’une des principales concurrentes de ChatGPT.

Un écho à son prédécesseur Léon XIII

Le Saint-Père signe ce texte 135 ans après le « Rerum novarum », soit « Des choses nouvelles » en français. Écrit par Léon III, il définit la doctrine sociale de l’Église en pleine révolution industrielle. A cette époque, la question sociale émerge avec l’accroissement des inégalités entre la bourgeoisie et la classe ouvrière. L’évêque de Rome réaffirme donc la position de l’Église énoncée par son prédécesseur sur la charité et la justice sociale.

La technologie comme reflet des hommes  

« La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble ». Tels sont les mots qui inaugurent la missive papale. Léon XIV alerte sur les usages dévoyés des nouvelles technologies.

Dès l’incipit, le souverain pontife dresse une analogie entre le mythe de la tour de Babel et l’intelligence artificielle. Dans le récit biblique, la tour de Babel manifeste la démesure des Hommes alors punis par Dieu. Ils sont condamnés à parler des langues différentes et l’Humanité se disperse. Pour le pape, les nouvelles technologies ne doivent pas servir l’hubris de quelques-uns. A ce titre, le Saint-Père rappelle les responsabilités qui incombent à chacun : « (…) elle (la technologie) prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent ».

Le risque de l’asservissement à l’ère du numérique

En rappelant la doctrine sociale de l’Eglise, le pape dénonce la marchandisation et la réification des personnes. « Lorsque les modèles commerciaux prospèrent sur la faiblesse humaine, la personne est traitée comme un moyen et non comme une fin », écrit-t-il. Comme le rappelle l’Organisation internationale du travail, les modèles d’intelligence artificielle sont entraînés par des travailleurs invisibles. Ces « crowdworkers » sont rémunérés à la tâche sur des plateformes de travail numérique. Ces travailleurs d’un nouveau genre sont fortement exposés à la précarité.

Le souverain pontife met aussi en garde celles et ceux qui utilisent les nouveaux outils numériques : « Il ne faut pas sous-estimer les formes les plus subtiles de dépendance liées à l’économie numérique de l’attention, où les plateformes et les services sont conçus pour capter le temps et le regard des utilisateurs », affirme-t-il. Selon le chef de l’État vaticanais, cette économie de l’attention menace la liberté d’arbitrage et de discernement de l’Homme.

Un appel à la conscience de chacun

Plus qu’une réflexion, l’encyclique de Léon XIV se dote d’une dimension prescriptive en interpellant la conscience de chacun. Le pape invite à être acteur « plutôt qu’un spectateur résigné face à des processus technologiques limitant sa liberté et sa responsabilité ». Il conclut sa lettre en appelant l’Humanité à « assumer un rôle actif » dans le « chantier de notre époque ». Outre les contours d’un usage éthique des nouvelles technologies, Léon XIV appelle de ses vœux l’avènement d’un ordre social plus juste et solidaire. 

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