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ANNIVERSAIRE – Rome et les Français dans l’unité italienne

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012



L'Italie fête ses 150 ans mais Rome ne fut la capitale que dix ans après l'unification. La ville demeura aux mains du Pape Pie IX, allié aux Français de Napoléon III. Mais le 20 septembre 1870, la brèche de Porte Pia mis fin à cette résistance

(Porte Pia, source: wikimedia)

L'Italie fête ses cent cinquante ans cette année. C'est exactement le 17 mars 1861 que Vittorio Emmanuel fut reconnu Roi d'Italie par les députés de tous les Etats italiens. Cependant, il fallut presque dix années de plus pour acquérir tous les territoires qui forment l'Italie que l'on connaît aujourd'hui. Les commémorations de 1861 fêtent Garibaldi et son armée qui venaient de s'emparer du Royaume des Deux-Siciles (Campanie, Basilique, Pouilles, Calabre et Sicile) aux mains des Bourbons et unir le Nord au Sud sous l'égide du Piémont. Il fallut ensuite attendre 1866 pour que la Vénétie n'intègre le Royaume. La région remportée par la Prusse avait été cédée aux Français qui n'y trouvaient aucun intérêt puisqu'il s'agissait d'une zone trop éloignée de ses frontières. Ils cédèrent la zone à l'Italie qui pouvait ainsi compléter son unité. La France voyait surtout d'un bon ?il la perte de la Vénétie pour l'Empire autrichien alors que l'Italie n'était pas un danger après une unification récente. Pourtant, Rome et sa région étaient encore dirigées par le Pape qui avait perdu beaucoup dans l'unification. La population romaine semblait favorable à un rattachement mais la mort de Cavour en 1861, peu de temps après la proclamation du Royaume d'Italie, avait tout remis en question. Vittorio Emmanuel II a bien essayé d'entamer des négociations avec Pie IX mais après des pourparlers polis, le Pape s'était brusquement rétracté. Ses Etats avaient déjà sensiblement diminué lors des opérations de l'Agro Romano commencée en 1867 mais un accord conclu avec la France alliée de la papauté empêchait toute autre progression. Cet accord stipulait que les Italiens ne devaient pas franchir les murs de Rome si les Français quittaient la Papauté. Les Italiens respectèrent l'accord au contraire des Français restés aux côtés du pape.

Garibaldi face aux Français
La France considérée comme la fille aînée de l'Eglise a toujours eu un rapport particulier avec la Papauté. Alors que l'Hexagone dirigé par Napoléon III avait laissé les Etats pontificaux se faire lentement grignoter, il fallait désormais les protéger face aux Italiens désireux de faire de Rome la capitale du Royaume. La France avait accepté dans un premier temps la diminution des territoires du pape  car cela réduisait son pouvoir. Dans son optique d'Empire, Napoléon III ne voulait pas se voir concurrencer dans son pouvoir temporel. Pourtant le neveu de Napoléon Bonaparte ne souhaitait pas pour autant voir disparaître totalement les Etats pontificaux.

 

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Garibaldi, soucre: wikimedia)

C'est Garibaldi qui désirait tant voir la Rome des papes devenir capitale de l'Italie mais la présence de la France a ralenti le cours des évènements. Après des études sur la Rome antique, Garibaldi consacra sa vie à essayer de sauver Rome de tout pouvoir, surtout de celui du Pape. Il était un féroce anticlérical comme le prouve cette déclaration dans ses mémoires "Si naissait une société du démon qui combatte les despotes et les prêtres, je m'engagerais dans ses rangs". En 1949, il avait déjà tenté d'instaurer une République romaine autonome du pouvoir religieux, mais avait échoué et avait même perdu sa femme Anita dans la bataille. L'Italie étant alliée à la France lors de la conquête de la Vénétie, Garibaldi eut du mal à s'affirmer dans sa volonté de faire de Rome la capitale du Royaume d'Italie. L'un des principaux Généraux de l'armée tricolore se rendit de nombreuses fois à Rome pour discuter d'une éventuelle intervention et pour s'imprégner du sentiment de la population. La légende prétend même qu'il se serait personnellement entretenu à ce sujet avec Cavour, Vittorio Emmanuel et consort à "l'Antico caffe greco", café qui existe toujours près de la Place d'Espagne.

La brèche de Porte Pia
La décision d'attaquer Rome arrive pourtant de France. Le 4 septembre 1870, la France s'effondre face à la Prusse après une ultime bataille à Sedan et l'Empire de Napoléon ne résiste pas à cette défaite. L'Italie y voit un signal car la France posait problème sur la question et la nouvelle Italie ne voulait pas s'opposer à la France plus puissante militairement. Après quelques jours de préparation militaire, l'assaut italien pris forme le 20 septembre 1870 face à 15 000 soldats volontaires pour la plupart. Les Italiens attaquèrent au Nord-est de la ville pendant près de cinq heures sans que la défense du pape ne soit particulièrement féroce. Après une brèche près de la Porte Pia, le Pape lâcha prise. Cette porte existe d'ailleurs encore aujourd'hui, non loin de l'arrêt Castro-Pretorio sur la ligne de métro B. Une stèle commémorative est d'ailleurs positionnée à l'endroit exact de la brèche pour rappeler les faits. Cette dernière a été réalisée par Benito Mussolini alors qu'il cherchait à glorifier le passé de l'Italie.

(Photo d'époque de la Porte Pia, source : wikimedia)

Le 3 février 1871, Rome devint ainsi capitale italienne en remplacement de Florence comme le souhaitait Garibaldi. Les autorités italiennes ont essayé de ne pas se mettre le Pape à dos en lui proposant les clés de la ville (valeur symbolique) mais Pie IX refusa catégoriquement. Accepter cette requête serait revenu à reconnaître l'autorité italienne et se soumettre à cette dernière. Pie IX excommunia donc Vittorio Emmanuel II et jeta une procédure de "non expedit". Elle interdisait tout Italien catholique de participer aux élections de l'Etat italien sous peine d'excommunication. Ce n'est qu'en 1929 que les deux camps trouvèrent un terrain d'entente avec les accords du Latran. Quoi qu'il en soit, c'est en 1870 que le Pape perdit tout pouvoir temporel et que Rome put devenir la capitale quelques mois plus tard. Pourtant, à cette époque la ville n'a rien d'une grande capitale européenne. On y compte à peine 250 000 habitants mais aucune bourgeoisie libérale et seuls quelques nobles ignorants garnissent ses rues. La foule de prêtres et de s?urs vivant de la mendicité ou des rentes des biens ecclésiastiques côtoie un peuple ignare et miséreux avec 70% d'analphabètes. La malaria et les brigands ne sont jamais loin des portes de la ville mais l'Etat italien fera tout pour redorer le blason d'une ville au passé si glorieux pour leur nouveau pays.

Jean-Marie Cornuaille. (www.lepetitjournal.com - Rome) Jeudi 17 mars 2011

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Publié le 17 mars 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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