Édition internationale

ACTUALITE - Libye : l’Italie en porte-à-faux

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

En raison du partenariat économique instauré entre les deux pays, les évènements sanglants qui bousculent la Libye peuvent avoir de fortes répercussions sur l'économie italienne. Retour sur les étapes de cette coopération économique, ses justifications et les enjeux de la révolution libyenne pour l'Italie

 

 

 

(source: wikimedia)

Une collaboration qui remonte au milieu du 20ème siècle
La collaboration entre l'Italie et la Libye commence en 1956, avec la signature d'un traité qui permet à la Libye de devenir propriétaire de toutes les infrastructures construites par les Italiens pendant les années de la colonisation (1911-1943), et d'obtenir le remboursement des dommages causés par l'occupation italienne.

Après le coup d'Etat de 1969, Mouammar Kadhafi arrive au pouvoir et relance le contentieux sur la colonisation. L'Etat italien est de nouveau considéré comme un ennemi, théorie portée par une propagande interne qui conduit à l'expulsion des Italo-libyens. L'Italie est dans l'impasse, elle se doit de maintenir des relations sereines, car depuis 1956 l'entreprise d'extraction de pétrole ENI est implantée sur le territoire libyen. De plus, la Libye pourrait se révéler un allié de poids dans la lutte contre le fondamentalisme et le terrorisme. La Libye confisque alors tous les biens appartenant aux Italo-libyens, biens qui atteignent alors une valeur de 400 milliards de lires, soit environ 206 millions d'euros. En 1998, les deux pays signent l'accord de Dini-Mountasser qui doit mettre fin au contentieux. En 2004, Silvio Berlusconi et le dictateur Kadhafi se rencontrent pour négocier le retour des Italiens sur le territoire libyen. Toutefois les Italo-libyens expulsés dans les années 1970 ne peuvent rentrer en Libye qu'après avoir atteint l'âge de 65 ans. Les relations italo-libyennes semblent s'apaiser dans les années 2000. Mais c'est en 2008 que la coopération économique entre la Libye et l'Italie s'approfondit, au point que la Libye devient l'un des principaux partenaires économiques de l'Italie.

Dès 2008, la Libye est fortement impliquée dans l'économie italienne
En 2008, Berlusconi et Kadhafi signent un traité d'amitié et de coopération à Bengazi, qui implique un partenariat économique poussé. Suite à cet accord, Kadhafi se rend à Rome en 2009 où il rencontre le président de la République, le président du Sénat, le président de la chambre, le Premier Berlusconi et les dirigeants de la Confindustria. A partir de ce moment, le dictateur Kadhafi se rend régulièrement sur le territoire italien et la Libye acquiert toujours plus de parts de marché dans les compagnies italiennes. Mais l'inverse est aussi vrai, ainsi quelques 150 compagnies italiennes sont implantées en Libye. Kadhafi prend part au G8 à l'Aquila en juillet 2009. Pourtant la coopération économique existe depuis longtemps et ENI signe avec la Libyan National Corporation (qui possède 1% des parts de ENI) un accord en 2007 qui prolonge la présence de la société italienne sur le sol libyen jusqu'en 2042 pour l'extraction du pétrole et 2047 pour le gaz.

La Libye possède aujourd'hui 7% du groupe Unicredit. Le groupe libyen Lafico possède 7,5% du capital actionnaire de la Juventus. 14,8% de Retelit, société de télécommunication italienne est contrôlée par un groupe libyen. Les Italiens ont investi 2,3 milliards d'euros pour la construction d'une autoroute côtière libyenne, la construction d'un palais des congrès et d'une infrastructure ferroviaire qui a été confiée à des entreprises italiennes (Impregilo et Ansaldo).

Le partenariat économique qui unit les deux pays est contesté sur la scène internationale à cause du statut politique de la Libye. Les événements libyens en cours déstabilisent toujours plus l'Italie divisée entre partenariat économique et politique européenne. Les conséquences sont importantes pour l'Italie qui a vu le cours d'Unicredit chuter à la bourse de Milan. De plus, une pénurie de carburant est à craindre car le premier fournisseur ENI a temporairement fermé ses raffineries.

La position inconfortable de l'Italie face aux démocraties occidentales
Les discours de Kadhafi sur les démocraties occidentales et les dictatures ne manquent pas de provoquer la colère de l'opposition italienne, mais aussi des pays occidentaux. En 2009, lors de sa visite à Rome, pendant laquelle il essaye d'ailleurs de convertir de nombreuses jeunes filles à l'Islam, il fait une déclaration inacceptable pour une démocratie : "les Etats-Unis sont terroristes comme Ben Laden, ils ont fait de l'Irak un pays islamique et les dictatures ne sont pas un problème si elle font le bien du peuple?. Parmi tous les manqués de l'Italie qui a accepté un comportement déplacé du dictateur sur le sol occidental, la plus grande critique qui lui est adressée est son manque de réaction face aux événements actuels. Quand éclate la révolution libyenne, et la répression qui fait plus de mille morts, Berlusconi ne veut "pas déranger" Kadhafi  et décroche son téléphone seulement quand le dictateur accuse l'Italie d'avoir fourni les armes aux insurgés. Quand l'Union Européenne déclare l'embargo sur la Libye et une condamnation au regard de la répression sanglante qui pourrait être considérée comme un crime contre l'humanité, le représentant italien Franco Frattini tarde à signer le document s'opposant initialement à la condamnation. Aujourd'hui, les préoccupations italiennes sont doubles : protéger les ressortissants italiens présents sur le sol libyen en les rapatriant de toute urgence et protéger les capitaux financiers et les entreprises implantées en Libye. L'Italie décide alors de s'aligner sur la ligne politique internationale et se détacher de la Libye. Le ministre de la Défense Ignazio La Russa a d'ailleurs annoncé samedi que le traité d'amitié est rompu, traité qui selon Pier Ferdinando Casini (leader de l'Union du Centre) n'aurait jamais dû être accepté.

Elise BONNARDEL (www.lepetitjournal.com / Rome) lundi 28 février 2011

lepetitjournal.com rome
Publié le 28 février 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos