

Peut-il y avoir une spiritualité sans Dieu ? A l'heure où la pratique religieuse diminue, peut-on concevoir une quête de l'esprit sans envisager une perte de sens. Le Centre Saint Louis de France organise lundi 21 janvier une conférence sur ce thème. Rencontre avec André Comte-Sponville, philosophe athée.
Pouvez-vous d'ores et déjà nous définir ce qu'est une spiritualité selon vous ?
La spiritualité, c'est la vie de l'esprit (spiritus, en latin, signifie esprit). Que je sache, les athées n'ont pas moins d'esprit que les autres. Pourquoi s'intéresseraient-ils moins à la vie spirituelle ? Au sens large, la spiritualité englobe les émotions affectives, de même que la connaissance ou la morale. En un sens plus restreint, la spiritualité est notre rapport à l'infini, à l'éternité. Elle culmine alors dans la vie mystique.
Une spiritualité avec ou sans Dieu, qu'est ce que ça change ?
Ca ne change pas grand chose en matière de morale : quand on n'a plus la foi, il reste la fidélité. Les mots foi et fidélité sont issus de la même racine latine fides, mais ont deux sens bien différents. La foi renvoie à la croyance. La fidélité relève d'un attachement à un certain nombre de valeurs. La fidélité, c'est ce qui reste de la foi quand on l'a perdue. Nous n'avons pas besoin d'un dieu pour avoir des valeurs ! L'Amour, avec ou sans Dieu, reste plus grand que la haine. Sous prétexte que notre société croit de moins en moins en Dieu, doit-on renoncer à toutes nos valeurs morales, culturelles ? Bien sûr que non ! Nous avons besoin de ces valeurs pour subsister de façon humainement acceptable.
En matière d'espérance, en revanche, croire ou pas en Dieu, cela change tout. Avec Dieu, l'espérance l'emporte : une autre vie, plus heureuse, après la mort. Avec l'athéisme, la vie se détache sur l'horizon du désespoir. L'objectif d'une spiritualité sans Dieu est de trouver une sagesse du gai désespoir : je ne vais pas attendre d'être mort pour être heureux !
Quelles sont les caractéristiques de la spiritualité sans Dieu ?
Dans le christianisme, il existe trois vertus théologales : la foi, l'espérance, l'amour. Avec l'athéisme, la foi disparaît. L'espérance, quant à elle, n'a pas de signification absolue pour l'athée. Tous ses espoirs viennent buter sur le fond très obscur de la mort. Ce qui reste ? L'amour, c'est-à-dire l'essentiel. La spiritualité sans Dieu relève donc d'une spiritualité de la fidélité plutôt que de la foi, et de l'amour plutôt que de l'espérance. Elle débouche sur une mystique de l'immanence, sur l'absolu de l'être. Nous sommes déjà dans le Royaume : l'éternité, c'est maintenant.
Une spiritualité sans Dieu a-t-elle besoin de l'apport des religions ?
Cela dépend des parcours individuels. Mon athéisme est nourri par ma culture judéo-chrétienne. Si j'étais né en Chine, je serai inspiré davantage par la sagesse bouddhiste. Nous nous construisons avec le passé de notre société, de notre culture. C'est la fidélité à des valeurs qui nourrit la spiritualité sans Dieu. Pour ma part, je reste attaché à la morale des Evangiles. Pas besoin de croire en Dieu pour être sensible à la grandeur humaine de ce message !
Propos recueillis par Sara Fredaigue (www.lepetitjournal.com - Rome) jeudi 17 janvier 2008.
Lundi 21 janvier, au Centre Saint Louis de France, à 18h, dans le cadre du cycle hommes et spiritualité, conférence Qu'est-ce qu'une spiritualité sans Dieu ? par André Compte-Sponville avec comme répondant R.P. Bernard Ardura, secrétaire du Pontificio Consiglio della Cultura. www.saintlouisdefrance.it
A. Comte-Sponville a publié en 2006 « L'esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu » édition Albin Michel.
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