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Hokusai au Palazzo Bonaparte : un voyage au cœur de l’art et du Japon éternel

De la célèbre Vague aux carnets du Manga, l’exposition Hokusai invite à découvrir le maître de l’estampe japonaise. Avec plus de 200 œuvres, le parcours retrace la carrière d’un artiste visionnaire.

De Shunrō à Manji en passant par Hokusai – resté le plus célèbre –, tout au long de sa vie, le peintre et graveur a adopté six noms d’artiste. Le changement fait partie intégrante de sa démarche : à chaque nouvelle orientation artistique correspond une nouvelle signature. Le Palazzo Bonaparte et Arthemisia rendent hommage à cet artiste mondial avec une exposition d’envergure exceptionnelle, sous la curation de Beata Romanowicz. D’une créativité inépuisable, Katsushika Hokusai (1760-1849) est connu pour ses estampes emblématiques, dans lesquelles paysages, éléments naturels et scènes de la vie quotidienne se transforment en images modernes. L’exposition, présentée pour la première fois, réunit plus de 200 œuvres prêtées par le musée National de Cracovie. La richesse des pièces présentées, en grande partie issues de la collection de Feliks Jasieński – collectionneur passionné d’art japonais – offre une vision complète de la carrière de Hokusai, des œuvres ancrées dans la tradition aux créations les plus novatrices.

 

La nature : l’eau et le mont Fuji

Parmi les grands thèmes de l’œuvre de Hokusai, l’eau occupe une place essentielle. Qu’elle soit déchaînée, calme ou en mouvement, elle devient chez l’artiste un véritable langage visuel. Non seulement dans la célèbre Grande Vague de Kanagawa – ici présentée dans l’une des premières impressions – mais dans les infinies variations avec lesquelles l’artiste l’observe, l’étudie et la réinvente. L’eau coule impétueusement dans la série Un voyage parmi les cascades de diverses provinces, se brise en tourbillons et en éclaboussures, s’étend en surfaces silencieuses ou devient pure énergie visuelle. Dans chaque image, le mouvement naît d’une précision du trait extraordinaire, capable de transformer la nature en rythme et en harmonie.

L’humain au cœur

Si la nature occupe une place centrale, c’est l’être humain qui constitue le véritable fil conducteur de l’œuvre de Hokusai. Le mont Fuji – dont les Trente-six vues sont présentées – s’efface souvent en arrière-plan pour laisser place aux gestes du quotidien : une silhouette au travail, un détail architectural, un paysage habité par l’activité humaine. Cette attention au réel confère à ses compositions une dimension à la fois poétique et profondément contemporaine.

Acteur central de la période Edo (1603–1868), les estampes de Hokusai ne sont pas de simples représentations : elles fonctionnent comme de véritables guides illustrés et comme des images d’un monde en mouvement. L’artiste y observe avec précision la vie quotidienne tout en intégrant une dimension symbolique, où nature et spiritualité cohabitent. Les Cinquante-trois stations du Tōkaidō sur lesquelles s’ouvrent l’exposition en sont l’exemple.

L’humain se glisse également au travers des récits de fantômes, qui occupent une place majeure dans la tradition japonaise. Hokusai s’en inspire dans la série Cent récits de fantômes, où le fantastique se mêle au théâtre et à la mémoire collective. Ces images explorent des figures emblématiques : spectres, esprits, apparitions liées à des récits populaires. Hokusai ne cherche pas seulement à effrayer, mais à raconter, en jouant sur la tension entre le visible et l’invisible.

L’humour

L’exposition met également en lumière une facette moins connue de l’artiste : son humour et son autodérision. L’estampe Autoportrait en pêcheur en est un exemple frappant, révélant un Hokusai joueur, libre et profondément humain. Cette légèreté s’exprime aussi dans les mots de l’artiste, qui témoignent de sa quête inlassable de perfection : « Tout ce que j’ai créé avant mes soixante-dix ans ne vaut rien… À quatre-vingt-dix ans, j’aurai pénétré le mystère de la nature. À cent ans, je serai un véritable artiste. »

Au-delà de la provocation, ces paroles traduisent une vision de l’art comme un processus sans fin, fait d’apprentissage, d’observation et de renouvellement constant. Ce n’est d’ailleurs qu’après soixante-dix ans que Hokusai réalise certains de ses chefs-d’œuvre les plus célèbres, dont La Vague. Dans ses dernières années, il signe souvent ses œuvres du nom de « Gakyōrōjin », que l’on peut traduire par « le vieux fou de peinture ».

 

Un pont vers la culture japonaise

Au-delà des œuvres de Hokusai, l’exposition propose également plus de 180 pièces issues de la culture japonaise : livres anciens, objets précieux, laques, armures, instruments de musique ou encore vêtements traditionnels comme le kimono ou le haori. Ces éléments viennent enrichir la visite en offrant une plongée dans le quotidien, les arts et la spiritualité du Japon, renforcée par une bande-son japonaise.

Le parcours s’inscrit également dans un dialogue avec l’Europe, en montrant l’influence profonde de Hokusai sur des artistes comme Claude Monet, Vincent Van Gogh ou encore Claude Debussy. L’exposition intègre un regard historique grâce aux clichés de Felice Beato, pionnier italien de la photographie au Japon, qui documente les transformations du pays. Ses images, présentées dans une vidéo dédiée, dialoguent avec l’univers de Hokusai.  Enfin, une section dédiée aux recueils de dessins Hokusai Manga rappelle l’influence notable de cet artiste qui a durablement marqué l’histoire de la culture visuelle et contribué à populariser le terme « manga ». La portée de l’art de Hokusai, au-delà des frontières du Japon, en a fait un emblème des relations diplomatiques entre l’Italie et le Japon qui célèbrent leurs 160 ans.

Maé BRAULT

Informations pratiques
Fini le29juin

Jusqu'au 29 juin à 19:00

Adresse

Piazza Venezia, 5
RM
Rome

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