

François Cheng, académicien français d'origine chinoise sera présent aujourd'hui à Rome dans le cadre d'une conférence organisée par le Centre Saint Louis de France, intitulée Beauté et Spiritualité. Avec des mots posés et une grande distanciation, il revient sur son itinéraire littéraire et son choix de la langue française
François Cheng (© Patrick Swirc)
LPJ : D'origine chinoise, vous vous êtes intéressé à la langue française dès votre arrivée en métropole, pourquoi ? Qu'est-ce qui vous a plu dans notre langue ?
François Cheng : Je n'ai pas choisi un beau jour la langue française. Je suis arrivé en France en 1949 et c'est seulement 20 ans après que j'ai commencé à écrire en français. Avant, j'ai connu toute une période de perdition causée par la solitude, le dénuement. Comme tout exilé, j'ai refait ma vie en France et j'ai suis né de nouveau à la vie en tant que quelqu'un de complètement transformé. En embrassant une autre langue, j'ai éprouvé cette ivresse de renommer les choses à neuf comme au matin du monde. Je pense que cela transparaît dans l'ensemble de ma poésie. Le chinois reste le substrat qui alimente mon imagination. Le français est une langue de distanciation. Grâce à cette double culture, je suis devenu un homme dialogal. J'ai élargi mon spectre et j'appréhende la vie de manière télescopique. Aujourd'hui, je m'estime heureux. J'ai bénéficié de la meilleure part des deux cultures que je possède.
Vous intervenez aujourd'hui lors d'une conférence intitulé Beauté et Spiritualité, en quoi ces deux concepts sont-ils intimement liés ?
Quels sont les auteurs occidentaux dont vous vous sentez proche ?
Tous les grands. Une liste trop limitée risque de réduire ma pensée. J'aime particulièrement les auteurs grecs, Dostoïevski, Proust, Shakespeare, Dante. Je me nourris de Dante. Il a apporté une spiritualité issue de la Grèce et de la tradition judéo-chrétienne. Dans La Divine comédie, il a essayé d'embrasser large, d'aborder aussi bien l'enfer que le paradis. Cette dimension ouverte ne peut plus être ignorée. J'essaie dans mon approche de la vie de suivre la même démarche.
Les manifestations contre la Chine sont encore récentes. Vous semblent-elles justifiées ?
Mon sentiment est celui de tout le monde. La Chine doit évoluer vers une forme de démocratie qui permette à tous les habitants de ce pays de jouir d'une vraie liberté, d'une vraie vérité d'être. En cela, la Chine doit dialoguer avec l'Occident. En ce sens, mon travail dans Cinq méditations sur la beauté et Pèlerinage au Louvre contribue à ce dialogue. La pensée chinoise possède cette potentialité. Elle est née d'une grande intuition. Une fois arrivée à s'épanouir, elle peut apporter sa part de lumière à l'humanité.
Propos recueillis par Sara Fredaigue. (www.lepetitjournal.com - Rome) lundi 9 juin 2008
Pour en savoir plus
Dans le Dialogue, une passion pour la langue française (traduit en italien), François Cheng a exprimé la longue maturation qui l'a mené à écrire en Français.
Dans Cinq méditations sur la beauté et Pèlerinage au Louvre, François Cheng s'interroge sur la notion de beauté.
Portrait de François Cheng sur le site de l'Académie française
Lundi 9 juin, à 18h, à l'Ambassade de France près le Saint-Siège (via Piave 23), entretien avec François Cheng - poète, romancier, membre de l'Académie française interrogé par Patrick Valdrini, directeur du Centre culturel Saint-Louis de France (traduction simultanée du français en italien). Inscription obligatoire (clos le 3 juin){mxc}

































