Dimanche 24 octobre 2021
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Onomatopées franco-italiennes : Tous les glouglous de la marmite

Par Françoise Danflous | Publié le 03/03/2021 à 23:33 | Mis à jour le 05/03/2021 à 13:09
onomatopées françaises italiennes

Les onomatopées ne sont pas des mots solitaires, servant uniquement à écrire un bruit. Elles ont une histoire et une géographie, notamment entre la France et l’Italie !


Crac ! Boum ! Hue ! Les onomatopées ne sont pas des mots solitaires et stupides, servant à écrire un bruit en toutes lettres et c'est tout.  Elles ont une histoire et une géographie.  Autrefois, en français, on criait ahi pour aïe, comme en italien d'aujourd'hui quand on se coinçait le doigt dans une porte et les clochettes sonnaient drelin au lieu de dring (drin en italien). Les moineaux parisiens et romains, qui ont la même tête, le même bec, poussent des cui cui sur la Seine et des cip cip sur le Tibre ; un goulu miam miam ici et gnam gnam là-bas; un patraque atchoum ou eccì. Mais le plus beau, c'est que certains mots qui n'ont pas l'air du tout de vouloir chanter, manger, éternuer, peuvent aussi avoir pour aïeule une onomatopée cachée.

Qui pourrait imaginer que le zigzag français (devenu zig-zag en italien) vient de zik, un bruit pour sonoriser un mouvement rapide et répété ? Que toucher et toccare viennent de toc pour un bruit sec et net ?  Et que le mot marmite qui, il y a très longtemps, voulait dire hypocrite, a pour origine bien des rumeurs plus ou moins secrètes ?

Quoi de plus placide pourtant qu'une bonne vieille marmite (la marmitta italienne en est directement issue) accroupie sur trois pieds rigolos, la bouille noircie par des générations de pitance mijotée. Sauf que n'importe qui, n'importe quoi peut se cacher sous son pesant couvercle. Ce qu'un lexicographe y découvre lorsqu'il l'entrouvre ? En lieu et place des pot-au-feu et bollito misto, voici un chat, un gamin, un rongeur des montagnes et un vieux singe.

Que de mondes nous ouvrent nos marmite et marmitta !

Les marmite et marmitta remontent à une racine marm très ancienne. Quatre lettres qui ne font pas encore un mot, juste une parole à l'état brut, une onomatopée que l'on retrouve aussi dans le marmonnement du matou ravi et apaisé (mite étant le nom populaire du chat). Ce qui bout dans la marmite ressemble donc à un ronronnement et parle bas. C'est sans doute pourquoi la marmitta italienne désigne aussi l'extrémité du tuyau d'échappement d'un moteur destiné à en atténuer le bruit. Moins flegmatique, plus impatiente, la marmitta des cuisines italiennes ne ronronne pas mais borbotta, c'est-à-dire qu'elle glougloute et gargouille d'un bruit confus et sourd venu d'un estomac qui a faim. Notre marmite a aussi donné le mot marmot, passé en italien sous la forme de marmocchio. Pourquoi appeler l'enfant marmot ? C'est qu'il marmonne comme la marmite et marmotte comme sa cousine étymologique la marmotte, tandis que la marmotta italienne borbotta, grommèle et bredouille dans ses babines entre chaque sifflement. 
Tiens, tiens : estomac, bambin, marmite... elle ne sentirait pas un peu la chair fraîche, notre histoire ? Bon, il n'y a pas vraiment d'ogre alentour mais un vilain y couve quand même : tout à l'origine le marmot désignait un gros singe disgracieux, aux langage confus et mimiques continuelles.

Que de mondes nous ouvrent nos marmite et marmitta depuis leurs braises. C'est à se demander si on ne devrait pas toujours les écrire à la manière des crac ! boum ! hue ! de bande dessinée, en lettres bedonnantes et criardes suivies d'un gros point d'exclamation. Car on aurait bien tort de laisser croire que les onomatopées sont des hochets avec deux trois bruits dedans alors qu'elles nous ont donné une marmite et des pot-au-feu-bollito misto à se lécher les babines.

 

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