Vendredi 3 juillet 2020

Minute franco-italienne : La java du « farniente »

Par Françoise Danflous | Publié le 30/06/2020 à 22:37 | Mis à jour le 01/07/2020 à 10:59
Photo : Photo : G. Doré, illustration des contes de Perrault, 1862
etymologie franco italienne

L'étymologie se plaît bien à cultiver le rebondissement. Tentez de rapprocher le farniente italien à son équivalent français...

Les mots sont des créatures peu recommandables. On croit pouvoir se fier à leurs apparences et les cerner du premier coup d'œil et d'oreille et crac, un petit rien vient chambouler nos convictions. Prenons l'exemple du farniente, en grande vogue dès les premiers beaux jours, les plages et les siestes sous les tonnelles. Farniente. Ah, les Italiens, connus partout, au diable le cliché, pour leur légendaire et naturelle propension à la dolce vita, il n'y avait qu'eux pour inventer un mot pareil. Heu. Oui. Enfin, presque. Tout d'abord, farniente ne vient pas d'un mot italien mais... de deux, fare (faire) et niente (rien), qui, par ailleurs, sont arrivés en français avec un trait d'union, encore bien séparés. Mais surtout, le mot farniente n'existe pas en italien. En fait, pour que l'expression prenne tout son sens, il faut lui ajouter un troisième mot. Bref, et c'est le comble, farniente ne se dit pas farniente en italien mais dolce far niente, ce qui, pour nous, a de sacrées allures de pléonasme !

Entre farniente et fainéantise

L'étymologie se plaît bien à cultiver le rebondissement et si nous rapprochons notre farniente à nous du mot fainéant qui veut dire exactement la même chose (fait et néant, « qui ne fait rien »), nous voici repartis pour un tour de piste. Parce que farniente et fainéantise ne sont pas synonymes ; disons mieux, ils auraient plutôt tendance à se repousser. Ce serait comme citer le bien et le mal, le bon et le mauvais, opposer la douce oisiveté de nos dictionnaires devenue désormais véritable art de vivre et incitation au bonheur, à un gros défaut antipathique et récurrent que l'on situe en bonne place des sept péchés capitaux.

Sauf que (on vous l'avait bien dit que l'étymologie avait la bougeotte) fainéant ne devrait pas exister tel que nous le connaissons car il figure l'aboutissement d'une mauvaise prononciation de feignant, du verbe feindre, « celui qui fait semblant de faire quelque chose ». Le fainéant, donc, un tire-au-flanc. L'adepte du farniente, qui ne feint rien de rien, sans aucun doute un grand sage qui s'ignore. Et même si notre propos d'aujourd'hui nous conseille la lenteur et l'apaisement, reconnaissons que ce farniente-là raconte une histoire bien agitée pour un mot qui nous dit de ne rien faire du tout !

 

 

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